Gothiques, métal et autres hip-hopeurs exposés à Paris

Stéphanie Hamel, qui travaille à la boutique Cruella, à Montréal, arbore le style gothique.
Photo: Stéphanie Hamel, qui travaille à la boutique Cruella, à Montréal, arbore le style gothique.

Qui sont les gothiques, métal et autres hip-hopeurs? Ces jeunes dont l'allure provoque les passants et inquiète les parents se voient consacrer une exposition à Paris. «Les adolescents intègrent ces "tribus" de plus en plus tôt [vers 12 ans] pour en sortir de plus en plus tard, parfois bien après 20 ans», expose le sociologue de l'adolescence Michel Fize.

Tout de noir vêtus, souvent issus d'un milieu favorisé, les gothiques sont les descendants des punks. «À 14 ans, on aime le romantisme: manteaux noirs, longues jupes... avant d'arborer un look moyenâgeux, avec bagues-armures et bracelets de cuir», explique David, 19 ans, alias Crimson («couleur du sang séché au soleil» en breton). «Vers 16 ou 17 ans, on passe au "gothique XVIIe", avec vêtements d'époque et goût plus prononcé pour les vampires. À moins qu'on ne s'oriente dès le début vers le style "indus", repérable à ses accessoires fluorescents.»

Manière de s'habiller et provocation font partie des rites de l'adolescence. «En s'identifiant à une forme vestimentaire ou musicale, les adolescents se déchargent d'une angoisse identitaire. Ils se démarquent ainsi des enfants et des adultes, qu'ils considèrent comme ringards et dont la vie les effraie», analyse le psychiatre Patrice Huerre.

En 2006, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) avait mis en garde contre la possibilité de «déviance» des gothiques vers le satanisme. En réalité, il semble que rituels satanistes, scarifications et sacrifices d'animaux soient minoritaires chez eux.

«Leur fascination pour la mort leur permet de s'interroger sur leur propre existence, explique le Dr Huerre. Ils peuvent cacher des fragilités psychologiques, mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter tant qu'ils ne se mutilent pas et continuent d'avoir des loisirs et des amis hors de la tribu.»

«Nous aimons la fête»

Certains jeunes gothiques fréquentent en même temps la tribu métal, du nom de cette musique popularisée dans les années 90, aux paroles nihilistes et antireligieuses. Parmi eux, les filles sont désormais presque aussi nombreuses que les garçons.

Présents dans tous les milieux sociaux, les métal portent treillis et t-shirts à l'effigie de leurs groupes favoris ou de figures révolutionnaires comme Che Guevara. «La musique est notre mode de vie... Et, contrairement aux idées reçues, nous aimons la vie et la fête!», s'exclame Laure, 17 ans. Pas d'affolement tant que l'adolescent reste ouvert à d'autres formes de loisirs et de culture. «Comme les gothiques, ils suscitent la peur chez les adultes: leur propre violence, du coup, les effraie moins», explique le Dr Huerre.

Cette violence se retrouve aussi dans la tribu des hip-hopeurs. Héritier de la musique noire américaine, ce courant a colonisé les banlieues à partir des années 80. Les filles y sont minoritaires, malgré le succès récent de la rappeuse Diam's. Coiffés de casquettes ou de capuches, vêtus de jeans ou de survêtements, certains se tournent vers la violence, mais d'autres préfèrent s'exprimer par la danse ou le slam. «Contrairement aux autres tribus, assure Yoann, 17 ans, nous sommes actifs dans la société.»

- 29 portraits d'adolescents européens, par Catherine Balet. À la FNAC des Halles, à Paris, jusqu'au 23 février