Le Cirque des Nouveaux Nez à la Tohu - Le cirque du bonheur

À souligner: l’équipée des cyclistes fous (Benny et Jacques) et le solo de ce dernier, qui pousse l’audace jusqu’à sauter en bécane sur un trampoline. Source: La compagnie des nouveaux nez
Photo: À souligner: l’équipée des cyclistes fous (Benny et Jacques) et le solo de ce dernier, qui pousse l’audace jusqu’à sauter en bécane sur un trampoline. Source: La compagnie des nouveaux nez

La Tohu est en train d'établir une agréable habitude de fin d'année avec ses spectacles de cirque pour tous. La grande salle circulaire du nord de Montréal a lancé la belle affaire avec Typo, du jongleur des mots et des choses Jamie Adkins, en 2004. L'an dernier, elle rebelottait avec le délicieux Circus Inferno de la canadienne Daredevil Opera Company. Cette fois-ci, le témoin de l'excellence se transfère à la troupe française des Nouveaux Nez. Une tradition s'instaure donc dans cet antre du cirque contemporain, ce dont personne ne se plaindra.

Les Nouveaux Nez, donc. À vrai dire, ils ne sont pas tous si jeunes et si frais que ça, ces saltimbanques, avec quelques cocos dégarnis et des rides bien apparentes, signes d'une évidente expérience, elle-même gage de qualité chez les clowns. Il faut avoir vécu et travaillé très, très fort pour parvenir au degré de maîtrise exceptionnelle observé et adoré mardi soir, à la première.

À l'origine, ils étaient trois: Nicolas Bernard (alias Georges Pétard), Alain Reynaud (Félix Tampon) et Roseline Guinet (Mme Françoise). Une sorte de famille dysfonctionnelle et déjantée à souhait, où le premier joue le clown blanc, le deuxième, la figure autoritaire, et la troisième, la zélatrice assidue du jeu de mots facile. Après avoir beaucoup roulé ses bosses nasales, le trio de clowns a invité neuf autres artistes à participer à la création du Cirque des Nouveaux Nez. Ils y intègrent leurs numéros acrobatiques avec une terrible efficacité.

Le résultat dure deux bonnes heures de grand bonheur. Mieux encore, il convient à tous les membres de toutes les familles élargies, reconstituées, tricotées serré ou autres. Les enfants crient de joie. Les parents gloussent de plaisir. Les aïeux remercient Patof et Adonaï d'avoir vécu assez vieux pour rigoler devant ça.

Les numéros s'avèrent parfaitement imbriqués entre les délires clownesques un peu dadaïstes, très surréalistes et passionnément délirants. Certains se démarquent et suscitent encore et toujours plus d'admiration, notamment le duo de main-à-main unique en son genre, avec une minuscule mais musclée Aurore et un très élancé Antoine. Soulignons aussi l'équipée des cyclistes fous (Benny et Jacques) et le solo de ce dernier, qui pousse l'audace jusqu'à sauter en bécane sur un trampoline, puis l'époustouflante performance de Marc, le fildefériste en équilibre sur des sabots hollandais à quelque huit mètres du sol, sans harnais de sécurité. Ils sont fous, ces Nouveaux Nez!

Et quoi encore? Il faut mentionner les prestations musicales, surtout celle des deux clowns en culottes, le Pétard s'exécutant avec un certain talent sur une demi-douzaine d'instruments. Peu reconnaissants, ses acolytes placent le pauvre bougre multidoué dans une poubelle et le catapultent avec une machine crypto-romaine d'un bout à l'autre de la piste. D'ailleurs, la disposition scénique ajoute au plaisir avec une vraie de vraie piste respectant les proportions traditionnelles.

Avant de se pointer en entrevue de plogue lors du service avant-vente, le boulet humain refusait l'enfermement dans les catégories habituelles des spécialistes du cirque: le contemporain, le moderne ou le traditionnel, l'avant-garde ou le populaire. «On fait du cirque et puis c'est tout», a-t-il clamé, en gros. La chose se confirme au-delà des espérances. Les Nouveaux Nez font du cirque, du très bon cirque, tout simplement.

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- Le Cirque des Nouveaux Nez, à la Tohu jusqu'au 31 décembre, supplémentaires les 26 et 29 décembre à 15h. Pour les six ans et plus.