Zone de guerre: le golfe du Saint-Laurent

Pom-pom et équipe de pièce à bord du NCSM Morden. Ce canon, qui était la principale arme antiaérienne sur les corvettes canadiennes, pouvait tirer 60 salves à la minute. Son feu lourd et sourd lui a valu le surnom de «pom-pom».
Photo: Pom-pom et équipe de pièce à bord du NCSM Morden. Ce canon, qui était la principale arme antiaérienne sur les corvettes canadiennes, pouvait tirer 60 salves à la minute. Son feu lourd et sourd lui a valu le surnom de «pom-pom».

Le 11 mai 1942, la Seconde Guerre mondiale fait soudainement irruption au Canada lorsqu'un U-boote allemand torpille un cargo dans le golfe du Saint-Laurent. Durant les deux années suivantes, la guerre fera partie de la vie quotidienne des habitants du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Ce chapitre méconnu de notre histoire est raconté dans une exposition intitulée Alerte au Canada! - La bataille du Saint-Laurent (1942-1944), réalisée conjointement par le Musée naval de Québec et le Musée de la Gaspésie, qui prend l'affiche vendredi au Musée canadien de la guerre.

À l'époque, toutes sortes de rumeurs circulaient dans les villages de la côte: on racontait que des sous-mariniers allemands débarquaient la nuit pour s'approvisionner en eau et en vivres, que des combats avaient lieu sur les plages et que les espions fourmillaient... En vérité, il y eut bien quelques tentatives d'infiltration par des espions allemands, mais l'action se déroulait principalement sur le Saint-Laurent, où des sous-marins ennemis faisaient la chasse aux navires marchands canadiens chargés d'approvisionner la Grande-Bretagne.

Une quarantaine d'artefacts rappellent qu'à cette époque, la zone de guerre commençait à l'Isle-Verte: c'est dans ce village que les voitures devaient faire halte afin qu'on peigne le haut de leurs phares en noir, pour respecter l'ordre de black-out. C'est aussi à partir de là que les habitants devaient couvrir leurs fenêtres de stores ou de rideaux opaques et que les navires voyageant en convois devaient masquer leurs hublots. Malgré ces précautions, la bataille du Saint-Laurent fit 375 victimes, dont les 137 passagers et membres d'équipage du SS Caribou.

Pour ceux qui perdirent des proches, cette bataille fut aussi pénible que celles qui se déroulaient dans l'Atlantique et en Europe. Ainsi, l'exposition raconte l'histoire de Maureen Spence-Hall: âgée d'à peine deux mois lorsque son père mourut dans le torpillage du SS Frederika Lensen, elle entreprit près de 60 ans plus tard des recherches pour retracer les derniers moments de la vie de son père et découvrit ainsi qu'il était mort tout près de chez lui, en face de Grande-Vallée.

Parmi les autres événements relatés, certains sont plutôt cocasses: on apprend par exemple que l'espion Alfred Langbein fit la belle vie à Ottawa durant plus de deux ans avant de se rendre de son plein gré à la police canadienne, alors que son compatriote Werner von Janowski fut appréhendé quelques jours à peine après son débarquement parce qu'il avait en sa possession des coupures de monnaie désuètes et une pochette d'allumettes belge, ce qui avait éveillé les soupçons de l'aubergiste qui l'hébergeait.

Mais le clou de l'exposition est certainement la torpille découverte à Saint-Yvon, en Gaspésie, par Roch Côté le 5 septembre 1942. Après que l'engin eut été étudié par les autorités militaires, M. Côté acquit une certaine renommée en exposant «sa torpille» dans une cabane-musée et en invitant les touristes de l'époque à se faire photographier à ses côtés. Souvenirs d'une bataille peu connue qui eut lieu tout près de nous...

Pour plus de renseignements sur la bataille du Saint-Laurent, on peut consulter le site du Musée naval de Québec: www.mnq-nmq.org.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Marc A. Vallée - Inscrit 21 décembre 2006 21 h 16

    Bravo!

    Cette exposition illustre le rôle statégique du fleuve Saint-Laurent dans la défense du Canada, qu'il eût tout au long de son histoire, et qu'il a encore aujourd'hui, quelque soit l'évolution technologique.