Ottawa dit non à Oka

Le fédéral rejette la demande d'aide financière de la Corporation de l'abbaye d'Oka (CAO). L'organisme veut acquérir le domaine des pères trappistes pour le mettre en valeur au profit de divers projets récréotouristiques, agroalimentaires, culturels et éducatifs.

La CAO demandait trois millions de dollars à Développement économique Canada. Cette agence, qui a pour mission de stimuler le développement économique du Québec à long terme, a répondu par lettre le 5 décembre que le plan d'acquisition du complexe conventuel, bien qu'il «comporte beaucoup de mérite», ne s'inscrit pas dans sa «programmation».

«L'acquisition de bâtiments existants ne cadre pas dans nos programmes», a résumé Carole Hart, directeur régional (Laval, Laurentides, Lanaudière) pour Développement économique Canada. C'est elle qui a signé la lettre négative envoyée à la CAO.

Québec a récemment promis trois millions pour cet achat qui nécessite quatre autres millions. La CAO regroupe 11 partenaires, dont la Commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Îles. Elle veut notamment y poursuivre les activités agroalimentaires sur ce site qui comprend plus de 200 hectares de terres agricoles et y développer un important volet touristique.

«Le projet de l'abbaye d'Oka en péril», titre le communiqué émis hier par la CAO. Vérification faite, l'acheteur potentiel se désole de la mauvaise nouvelle mais ne désespère pas. «C'est un premier refus, a dit Yvan Patry, maire d'Oka et président de la CAO. Une porte se ferme, mais il reste des chances de voir le fédéral participer autrement à notre projet.»

M. Patry a déjà contacté des ministres conservateurs pour tenter de trouver des solutions. Il a écrit au premier ministre Stephen Harper, qui sera d'ailleurs au Québec la semaine prochaine.

Le conseil d'administration de l'organisme s'est réuni lundi. Son offre d'achat ne tient que jusqu'à minuit ce soir et la CAO n'a pas l'intention de revenir à la charge avec une nouvelle demande de prolongation. «Le fédéral doit aussi comprendre cette réalité. Les pères attendent depuis longtemps. Ils ont leur propre agenda et il faut respecter leurs contraintes.»

La communauté établie depuis le XIXe siècle à Oka souhaite vendre son grand domaine pour se faire construire une nouvelle abbaye dans la région de Lanaudière. Idéalement, les travaux d'infrastructures débuteraient au printemps prochain.

«Nous n'avons reçu aucune demande de prolongation de la proposition d'achat», a confirmé frère Lucien, porte-parole de sa communauté. Il a ajouté que les relations établies depuis environ deux ans avec la CAP ont forcément affecté les rapports avec d'autres acheteurs potentiels. «Nous ne pourrions pas nous retourner facilement s'il fallait tout recommencer.»