Immortels Zapartistes

François Patenaude et François Parenteau
Photo: Jacques Grenier François Patenaude et François Parenteau

«On veut pas le savoir, on veut le voir», disait Yvon Deschamps dans un de ses fameux monologues. Les Zapartistes l'ont pris au mot. La bande d'alterhumoristes qui sème ses satires politiques engagées à gauche depuis 2001 vient de lancer son premier DVD, d'après son plus récent spectacle Les Invasions lucides.

Les enregistrements sonores du cabaret Les Zapartistes contre l'Empire en 2004 leur avaient déjà donné une seconde vie. Voilà qu'avec l'image en plus, les Zapartistes se payent une portion d'éternité tout en offrant un cadeau de Noël à leur fidèle public.

«Ce sont les spectateurs qui nous l'ont demandé», explique en entrevue François Patenaude. «C'est aussi que notre spectacle est long et il n'y avait plus assez de place sur un CD pour les bonus», renchérit François Parenteau. Bref, un DVD pour se faire plaisir et se faire connaître, et une idée de cadeau de Noël (30 $ chez un disquaire indépendant près de chez vous — voir la liste sur www.leszapartistes.com) qui tombe à point.

L'étoffe des gags du quatuor, qui traque sans relâche les mensonges et hypocrisies du discours néolibéral dominant (dans la foulée du manifeste Pour un Québec lucide), mérite certainement qu'on s'y replonge dans l'intimité du salon. Et voir un François Parenteau incarner Stephen Harper sous un casque de mobylette déclenche tout autant l'hilarité que les discours sirupeux qu'il lui prête, dans un français boiteux habilement imité.

Ce sont les représentations montréalaises du cabaret Les Invasions lucides, au Lion d'Or en septembre dernier, qui ont fait l'objet d'une captation. «C'est "live", en direct; il n'y a pas eu de montage», signalent les deux François. La réalisation maison à peu de frais («sans aucune subvention de quelque palier de gouvernement que ce soit, donc "vous avez pas déjà payé pour"», peut-on lire à l'endos du coffret) souffre parfois de la répétition des mêmes prises de vue ou d'un montage sommaire. Mais la mise en scène minimaliste, voire un peu brouillonne, a toujours fait le charme des Zapartistes. Qu'à cela ne tienne si elle se prolonge dans la facture visuelle de la captation.

«On a toujours mis l'accent sur le contenu», souligne Patenaude. «Notre absence d'esthétique est une esthétique», complète Parenteau. La simplicité des moyens héritée de L'Aparté, café-bar qui a vu naître le groupe, permet une spontanéité à laquelle tiennent mordicus les quatre membres fondateurs des Zapartistes (Nadine Vincent et Christian Vanasse en plus des deux François).

«Le fait de faire des lectures [comme les lecteurs de nouvelles qu'ils parodient souvent], ça nous a donné l'utilisation des lutrins et le droit à la fraîcheur, rapporte Parenteau. On était à Rouyn samedi: la victoire de [Stéphane] Dion [à titre de chef du Parti libéral] était annoncée à six heures et demie et à huit heures, on faisait un sketch sur lui. On a inventé le concept de la répète payée devant public...»

Les spectateurs leur servent effectivement de meilleur juge. Un gag tombé à plat sera rapidement rayé de leurs notes en cours de spectacle...

Zapper l'année

L'«accouchement» du DVD à quelques jours de Noël ne clôt pas tout à fait l'année pour le quatuor, qui propose aussi sa désormais traditionnelle revue de l'année, Zap 2006, au Spectrum, du 26 au 29 décembre.

Les quatre mousquetaires ont eu trois rencontres de brainstorming, Christian Vanasse a déjà écrit une chanson sur Dion, mais une bonne part du spectacle reste encore à écrire. Les politiques Jean Charest, Stephen Harper et André Boisclair feront sûrement risible figure dans cette rétrospective déballée mois par mois. Les alterhumoristes comptent notamment souligner l'anniversaire du Manifeste pour un Québec lucide (qui a servi de matière essentielle au dernier cabaret) et l'élection-surprise de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral. Mais ils en profiteront aussi pour se tourner un peu plus vers l'actualité étrangère: l'élection de Ségolène Royal à la direction du Parti socialiste français, l'anniversaire des émeutes dans les banlieues de Paris, la visite du pape en Turquie, le conflit au Liban, la guerre en Irak et en Afghanistan... Ironie du sort, des sujets refont surface comme l'Afghanistan, permettant une ou deux reprises de sketchs passés encore d'actualité.

Comme ils connaissent déjà le thème autour duquel tournera le prochain cabaret, ils risquent de mettre certaines idées à l'épreuve dès la rétrospective. «Ça va tourner autour de la religion, de l'"accommodement raisonnable", indique François Patenaude, sujet très présent cette année avec la crise des caricatures [de Mahomet], ce qui s'est passé au YMCA de l'avenue du Parc, etc.»

Parmi les projets de développement, les Zapartistes veulent notamment offrir davantage de matière dans leur site Internet, forts de leur expérience de captation vidéo. «On veut essayer de faire des Têtes à claques de nous-mêmes», dit en riant François Parenteau, clin d'oeil admiratif aux fameux clips d'animation humoristiques de www.teteaclaques.tv qui font ravage auprès des internautes depuis l'été.

Chose certaine, la formule cabaret des Zapartistes fonctionne très bien, merci. «On a un public d'hyperfidèles; à chaque "show", la salle est remplie aux trois quarts», relève M. Parenteau. Il raconte d'ailleurs que le quatuor fait l'objet d'une question dans le jeu télévisé L'union fait la force, diffusé sur les ondes de Radio-Canada. «La question est "pouvez-vous nommer l'un des deux François du groupe des Zapartistes?", mais personne ne peut répondre», lance-t-il en s'esclaffant devant l'ironie de la situation... «parce que, comme le rappelle judicieusement le slogan des Zapartistes, rire est une si jolie façon de montrer les dents!»

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