Parachute fermé

La revue Parachute, la plus prestigieuse publication en art contemporain au Canada, cesse de paraître après trois décennies d'existence et quelque 125 numéros. La décision s'explique essentiellement par des raisons budgétaires.

«J'aime mieux parler d'une suspension de la parution», précise Chantal Pontbriand, fondatrice de la revue. Elle a devancé d'une journée la diffusion de son communiqué après avoir reçu une demande d'entrevue du Devoir. La rumeur de la fermeture circule depuis quelques jours dans le petit milieu montréalais spécialisé.

Le prochain et dernier numéro, le 125e, va paraître en janvier. La petite équipe de Parachute va également participer comme prévu à la prochaine Dokumenta de Kassel, à l'été 2007, puisque la prestigieuse rencontre internationale portera sur les magazines d'art les plus influents du monde. «Mais ce n'est vraiment plus possible de poursuivre l'aventure de la revue dans les structures financières actuelles, dit Mme Pontbriand. Je le répète depuis longtemps aux organismes subventionnaires qui maintiennent leur faible participation ou réduisent leur subvention. Nous sommes rendus à l'os.»

Parachute fonctionne avec environ 200 000 $ par année des différents conseils des arts. Les revenus autonomes (publicité, abonnements et vente) permettent de doubler le budget. Seulement, la directrice affirme avoir besoin de 100 000 $ de plus pour survivre.

Elle est également connue pour son autre grande passion, la danse contemporaine. Chantal Pontbriand a fondé et dirigé le Festival international de nouvelle danse (FIND), jusqu'à sa disparition, il y a deux ans, pour des raisons budgétaires. C'est donc la deuxième institution culturelle québécoise qu'elle saborde en peu de temps.

«J'ai répété que le FIND n'était que la pointe de l'iceberg. Maintenant, même Alain Simard du Festival international de jazz de Montréal dit que ça va mal à Montréal.»

La décision radicale montre aussi à quel point Montréal manque d'argent en art contemporain, alors que ce secteur connaît un boum exceptionnel ailleurs dans le monde. «La nécessité d'avoir recours au privé dans un pays où le mécénat n'est pas encore très développé dans notre domaine et où il y a peu de galeries privées qui peuvent encore s'y consacrer ne favorise pas la poursuite de nos activités», commente la directrice.

Tout de même, n'aurait-elle pas pu tout simplement passer la barre au lieu de saborder le navire? «Si je n'y suis pas arrivée avec tout le bagage d'expériences accumulées, je ne vois pas comment une nouvelle équipe aurait pu y arriver dans le même contexte budgétaire», répond Mme Pontbriand qui a fait entériner sa décision par le conseil d'administration de la revue.

La publication bilingue existe depuis 1975. Un numéro annuel est maintenant consacré à une ville émergente et, depuis le 25e anniversaire, chacune des parutions se concentre sur un thème majeur, comme l'idée de communauté (trois numéros) ou les mouvances de l'image. Mme Pontbriand et ses collaborateurs ont aussi organisé une dizaine de colloques internationaux.

La publication fait appel à des penseurs de divers horizons et a accumulé un bassin d'environ 400 collaborateurs canadiens et de 125 collaborateurs étrangers. Elle a couvert des centaines d'artistes de renom et est diffusée largement à l'étranger. Parachute compte autour de 1200 abonnés d'une trentaine de pays et totalise un tirage de 5000 exemplaires.