Ventes aux enchères - Deux oeuvres de la collection Stern mises en vente à Cologne

Scène de marché sur la place Navona à Rome, une huile sur toile de 49,5 X 41 cm, signée par Mathijs  Naiveu, datée de 1691. L’oeuvre appartenant au Dr Max Stern a fait l’objet d’une vente forcée à Cologne en 1937 et se retrouve aux enchères
Photo: Scène de marché sur la place Navona à Rome, une huile sur toile de 49,5 X 41 cm, signée par Mathijs Naiveu, datée de 1691. L’oeuvre appartenant au Dr Max Stern a fait l’objet d’une vente forcée à Cologne en 1937 et se retrouve aux enchères

Deux oeuvres spoliées au Dr Max Stern dans les années 30 doivent être mises aux enchères demain à Cologne, en Allemagne, malgré les protestations fermes des institutions chargées de retracer la collection dilapidée du célèbre galeriste. Les universités Concordia, McGill et de Jérusalem ont joint leur voix à celle du Holocaust Claims Processing Office (HCPO) du New York State Banking Department pour réclamer l'interdiction de la vente et la restitution des oeuvres.

Les deux toiles retracées, deux scènes de marché à Rome, sont de la main du peintre baroque hollandais Mathijs Naiveu (1647-1721). La vente est annoncée pour demain matin à la maison Van Ham. Le site Internet de l'entreprise (van-ham.com) ne fournit aucun détail sur la provenance des peintures de petits formats évaluées à plus de 26 000 $ chacune. Pourtant, l'encanteur a été averti, et deux fois plutôt qu'une, du litige entourant ces deux lots.

Le Dr Stern (1904-87), un marchand d'art juif allemand, dirigeait la galerie familiale de Düsseldorf quand les nazis ont forcé sa liquidation lors d'une vente publique tenue le 13 novembre 1937 à Cologne, là où deux oeuvres du fonds familial réapparaissent maintenant. Environ 200 pièces, surtout des toiles de vieux maîtres européens, avaient alors été bradées.

Détectives de l'art

Arrivé au Canada en 1941, le Dr Stern prit en main la galerie Dominion de Montréal avec sa femme, dont ils firent rapidement la galerie la plus importante du pays. Le couple sans enfant a cédé sa fortune à des musées et aux trois universités maintenant impliquées dans le travail de restitution. Celle de Concordia a lancé le Max Stern Art Restitution Project. L'équipe de détectives de l'art mandatée pour la traque mondiale a découvert qu'au moins une quarantaine de toiles de la collection allemande des Stern sont réapparues sur le marché de l'art au cours des deux dernières décennies, la plupart en Allemagne.

«Il y a un certain rejet de l'histoire dans les maisons d'encan allemandes», dit Clarence Epstein, qui dirige le Max Stern Art Restitution Project. Il cite un article sur le sujet paru la semaine dernière dans le magazine allemand Spiegel. «Ce blocage les empêche de poursuivre dans la voie morale, la seule acceptable.» Il a été impossible hier d'obtenir un commentaire de la galerie Van Ham.

L'alerte est lancée

Clarence Epstein ajoute que la maison Sotheby's d'Amsterdam a refusé de mettre en vente les deux Naiveu. Le Projet de restitution a écrit à deux reprises à la Van Ham Kunstauktionen pour lui demander d'annuler la vente. L'ambassade du Canada à Berlin et celle d'Israël pourraient s'immiscer dans le dossier dès aujourd'hui. Les médias de Cologne ont également été alertés. Un mandataire de la succession sera présent en salle, à Cologne, demain, pour dévoiler aux éventuels acheteurs le pedigree des tableaux litigieux.

La galerie FOFA de l'université Concordia vient de terminer la présentation de Auktion 392: Revendiquer les oeuvres de la Galerie Stern, sur la vente forcée de 1937 et le contexte sociopolitique de cette ignominieuse action. La succession a conclu une première restitution cet automne. Elle concerne une toile de 1689 du peintre français Émile Lecompte-Verne, récupérée en partie grâce à la vigilance des experts de la maison Sotheby's, à New York, et qui se trouve à présent au Musée des beaux-arts de Montréal.