400e anniversaire - Le Louvre débarque à Québec

Paris — Les milliers de Québécois qui visiteront le Musée national de Québec en 2008 auront le sentiment que la célèbre pyramide du Louvre s'est transportée au beau milieu du parc des Champs-de-Bataille. Pas moins de 276 oeuvres du plus grand musée du monde, dont plusieurs chefs-d'oeuvre qualifiés d'exceptionnels, seront exposées du 5 juin au 26 octobre 2008 dans quatre salles du musée québécois à l'occasion du 400e anniversaire de la fondation de Québec.

C'est en présence de l'ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, président du comité français des fêtes du 400e, et de la ministre québécoise des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, que les directeurs des deux musées ont dévoilé hier une partie des oeuvres qui traverseront l'Atlantique. Les 276 peintures, sculptures, objets d'art et dessins de toutes les époques ont été choisis par les commissaires français et québécois afin d'illustrer d'abord des scènes de la vie quotidienne. Sur le thème «Les arts et la vie», les visiteurs seront invités à contempler des antiquités égyptiennes, grecques, étrusques, romaines et orientales de même que des toiles du XVIIe au XIXe siècle.

«C'est la première fois qu'une telle exposition exploite l'ensemble des collections du Louvre, explique le directeur du Musée national de Québec, John Porter. Jamais le Louvre n'a fait un prêt aussi ambitieux et aussi généreux. Les visiteurs pourront admirer des oeuvres qui viennent des huit départements du Louvre et qui couvrent plus de 3000 ans d'histoire.»

On ne fera évidemment pas voyager la Joconde ou La Victoire de Samothrace. Mais les 276 oeuvres prêtées en exclusivité à Québec ont toutes été puisées parmi les 35 000 oeuvres actuellement exposées. Elles ne viennent donc pas des volumineuses réserves du musée. On y trouve quelques pièces exceptionnelles, comme L'Atelier de Corot, une toile illustrant l'atelier du peintre à Paris, le vase de Barberini, exécuté pour un prince syrien et offert au pape Urbain VIII, et L'Offrande du coeur, une tapisserie du XVe siècle sur le thème de l'amour courtois.

Les conservateurs ont fait le choix d'une exposition qui ne porte pas sur l'époque de la fondation de Québec. «On n'a pas voulu illustrer l'époque de la colonisation», dit John Porter. Au contraire, «nous avons voulu adopter une approche plus universelle qu'historique, explique la conservatrice québécoise, Line Ouellet, qui travaille depuis trois ans sur le projet. C'est une exposition de stature internationale qui pourrait être vue à Rome ou en Espagne». Seules quelques pièces rappelleront l'époque d'Henri IV, sous le règne de qui fut tout de même fondé Québec. Le souvenir du bon roi gascon sera évoqué par un médaillon, une plaque de bronze et un plat montrant respectivement le souverain à côté du dieu Mars, entrant dans Paris et avec sa famille.

Le visiteur sera ensuite invité à parcourir les pièces puisées dans toutes les collections du Louvre. Celles-ci ont été regroupées autour de thèmes liés à la vie quotidienne. Zéphyr et Psyché, une oeuvre néoclassique gracieuse du sculpteur belge Joseph Ruxthiel, illustrera le thème «Aimer et mourir». Elle ne sera pas très loin de la plaque d'un sarcophage grec mettant en scène Dionysos et Ariane. Le thème «Apprendre et oeuvrer» comptera principalement des peintures et des oeuvres sur papier. Ces dernières, qui ne peuvent être exposées plus de trois mois, seront renouvelées en cours d'exposition. La salle «Habiter et embellir» regroupera un grand nombre d'antiquités orientales et égyptiennes.

«Nous sommes particulièrement fiers de la sélection d'art islamique que nous prêtera le Louvre, dit Line Ouellet. Il s'agit d'une opération majeure comme il n'y en a jamais eu au Canada.» Par le passé, le Louvre a néanmoins fait des prêts de cette ampleur en Corée, au Japon, en Australie et aux États-Unis. Mais c'est la première fois qu'un tel prêt concerne l'ensemble des collections et non pas une époque particulière.

Cette exposition apparaît néanmoins comme un jalon de plus dans la stratégie inaugurée depuis quelques années par le président du Louvre Henri Loyrette. Récemment, la vénérable institution de la rue de Rivoli a «prêté» (moyennant rétribution) 142 oeuvres majeures au musée d'Atlanta pour une période d'un an. Le Louvre a aussi créé un musée en Jordanie, rénové les salles des musées de Khartoum et de Damas et décidé de construire un Louvre II, qui ouvrira en 2009 à Lens, dans le nord de la France. Le musée caresse aussi le projet de construire et de meubler avec ses propres oeuvres un tout nouveau musée à Abou Dhabi, un des émirats du Golfe. Comme celles d'autres grands musées, les oeuvres du Louvre ont pris le virage de la mondialisation.

Les conservateurs québécois sont particulièrement fiers de l'approche thématique, moins pratiquée en France, qu'ils ont proposée au musée du Louvre. «Au Québec, parce que nous avons moins de chefs-d'oeuvre, nous avons développé une grande expertise dans l'approche thématique qui permet de mettre en rapport des oeuvres de différentes époques, dit Line Ouellet. C'est particulièrement nouveau pour nos collègues français.»

Les visiteurs aveugles, mais aussi les autres, pourront visiter une «galerie tactile» composée de moulages en plâtre et en résine de sculptures du Louvre. Créée en 2001, cette installation vise à illustrer comment les oeuvres grecques et romaines ont été copiées par les sculpteurs occidentaux depuis le Moyen Âge.

Les oeuvres seront transportées par avion dans le plus grand secret et la sécurité la plus complète, précise Line Ouellet. L'exposition sera présentée au Musée national de Québec en même temps qu'une autre grande exposition mettant en vedette les oeuvres d'une vingtaine d'artistes majeurs du Québec.

Correspondant du Devoir à Paris