Entretien - Les spectacles en solo «c'est terminé!»

Yvon Deschamps n’annonce pas sa retraite. Mais on sent dans ses propos une distance, un désir de prendre du recul et de profiter du temps qui passe.
Photo: Yvon Deschamps n’annonce pas sa retraite. Mais on sent dans ses propos une distance, un désir de prendre du recul et de profiter du temps qui passe.

Pour une des rares fois dans sa vie, Yvon Deschamps n’a pas de projet précis. Et il ne semble pas s’en porter plus mal! Les spectacles en solo, «c’est terminé», dit-il. Pas de projet de télévision et pas d’intérêt à jouer dans un film. Mais d’étonnantes idées d’écriture

«Ce que j’aimerais maintenant, explique-t-il, c’est être un auteur et que mes textes soient joués par d’autres. J’aimerais retravailler certains de mes monologues pour qu’ils puissent être interprétés par des comédiens. Je pense que c’est du bon matériel!»

De prime abord, on ne pense pas aux monologues de Deschamps comme à des oeuvres qui peuvent être jouées sur scène par d’autres. Et pourtant... pourquoi pas?
«J’avais pensé le faire il y a une dizaine d’années et j’en avais parlé à des acteurs comiques qui étaient intéressés, révèle-t-il. Mais, à l’époque, je n’avais pas le temps de retravailler les textes. Maintenant que je n’ai rien en chantier, je pourrais le faire. Certains monologues peuvent être traités comme des pièces à un personnage. On pourrait sûrement le faire avec les monologues de 1968 à 1972 autour du “gars d’la shop”, qui est vraiment un personnage type.»

Les textes d’Yvon Deschamps interprétés par des acteurs comme des oeuvres de répertoire, ce serait un amusant clin d’oeil à sa propre carrière, puisque, avant d’être «découvert» en 1968 avec L’Osstidcho, Deschamps tentait de faire carrière comme comédien depuis 1957... sans grand succès, admet-il.
Lundi prochain, Yvon Deschamps lancera le quatrième et dernier coffret DVD de son oeuvre. Un coffret qui couvre les années 1990 à 2000, avec ses animations et monologues au Festival Juste pour rire, son spectacle au Manoir Rouville-Campbell, son spectacle Comment ça, 2000. Plus de six heures de matériel sur deux DVD, y compris différentes entrevues télévisées accordées pendant cette période.
Ce coffret vient donc terminer un cycle amorcé à l’automne 2004: les quatre coffrets DVD couvrent maintenant plus de 40 ans de carrière, des années 60 à aujourd’hui. Une anthologie impressionnante, avec plusieurs monologues carrément passés à l’histoire.

Alors, on fait quoi maintenant? Yvon Deschamps n’annonce pas sa retraite. Mais on sent dans ses propos une distance, un désir de prendre du recul et de profiter du temps qui passe. «Je suis ouvert à tout... mais s’il arrive rien, c’est pas grave!», lance-t-il de son grand rire si caractéristique.
On ne s’en rend pas toujours compte, mais depuis six ans «j’ai fait de 500 à 600 shows», dit-il. La publication définitive de son anthologie lui permet de prendre maintenant un vrai temps d’arrêt. «Je ne dis pas non à la scène, mais il faudrait que ce soit en groupe, ou avec un projet d’écriture collectif, explique-t-il. Je ne veux plus partir en tournée seul, je m’ennuie... » Pour son tout dernier spectacle, il partageait la scène avec sa femme, Judi Richards, et l’expérience lui a visiblement plu.
Quant à l’engagement social et politique, les convictions sont les mêmes, mais on sent aussi un certain recul. L’actualité l’inspire-t-il encore? «En vieillissant, je me sens plus détaché, je trouve qu’on se répète, avec les mêmes chicanes de clocher.» Mais il ne faut pas compter sur lui pour annoncer qu’il ne croit plus en la souveraineté du Québec. «Je ne suis plus engagé comme je l’ai déjà été et il faut que d’autres portent le discours aussi, dit-il. Mais nous avons toujours besoin d’un territoire à nous. Ce qui me fatigue, c’est toute la sémantique: on est une nation ou pas une nation? On est un peuple ou non? Le problème, ce n’est pas la sémantique, c’est la survie, et la réalisation de notre culture, et de notre langue. Et pour le faire, on a besoin d’un territoire. Le Canada devrait reconnaître ça. Mais ils ne veulent pas!