Festival - Dix ans de Grandes Gueules à Trois-Pistoles

Cela a commencé dans une forge, une vraie forge de Trois-Pistoles où les clients venaient passer une heure, une journée, pour se conter l'air du temps et celui du village. Aujourd'hui, le forgeron est mort, mais le festival des Grandes Gueules de Trois-Pistoles a racheté sa forge, et cette fête de la parole, ce rendez-vous des conteurs, célébrera son 10e anniversaire avec de grandes pointures du conte, dont Fred Pellerin, Michel Faubert et Jocelyn Bérubé.

Pour Jocelyn Bérubé, le festival des Grandes Gueules est une occasion de célébrer les 30 ans de la parution de son premier album, Nil en ville, en 1976, dans lequel il relatait la fermeture de son village de Saint-Nil, en Gaspésie,

à 40 kilomètres de Matane, à l'intérieur des terres. C'était l'époque où l'on vidait ces villages de la colonisation, ouverts au temps de la crise, en indemnisant les citoyens pour qu'ils aillent vivre ailleurs. Le village de Saint-Nil est ainsi disparu. Mais d'autres se sont battus pour leur survie et ont obtenu des plans de réaménagement. C'est le succès des Opérations dignité qui a épargné à certains villageois de devoir brûler leur maison.

À cette époque, le jeune Jocelyn Bérubé gagne la ville, joint la bohème montréalaise. Et il profitera cette année du festival de contes pour célébrer quelques autres anniversaires: les 40 ans d'un texte des Cantouques, de Gérald Godin, qu'il interprète avec des musiciens, ou encore les 50 ans du jour où Rocket Richard a été nommé capitaine, autre sujet de conte. C'est aussi l'occasion de marquer les 20 ans du décès d'Aurélien Jomphe, violoneux et conteur qui a influencé le jeune Bérubé, conteur en devenir.

Trente ans après Nil en ville, donc, Jocelyn Bérubé ne peut que saluer un regain du conte, qui attire désormais un public de jeunes et des jeunes conteurs de grand talent. «Dans les années 80, je pensais que cela allait mourir. À cette époque-là, ce n'était pas juste le conte, mais toute la chanson francophone qui était délaissée. Je me disais que le conte était une vieille, vieille parole. Et maintenant, malgré l'informatique qui est arrivée, on constate que le conte n'est pas une mode, c'est comme une braise. Le feu a repris et est parti pour rester, pour grandir», dit-il. Maintenant, Bérubé prend ses influences à même la parole des jeunes, celle de Fred Pellerin, par exemple, coqueluche de l'heure. Et cette année, à Trois-Pistoles, un autre infernal trio, celui de Jean-Marc Massie, d'André Lemelin et de François Robitaille, racontera la formidable histoire du Sergent Recruteur, ce haut-lieu du conte de Montréal des dernières années.

Pour sa part, le festival des Grandes Gueules de Trois-Pistoles est né sous l'impulsion de Maurice Vaney, passionné de la langue, de littérature et de tradition orale. Il a choisi la forge de Louis-Philippe Bérubé, lieu de rencontre par excellence du village, pour camper les premières rencontres. «Le forgeron était quelqu'un de très rassembleur. Il aimait beaucoup recevoir, et surtout, il était très, très fier de sa forge», raconte Frédéric Lagacé, qui s'occupe des relations publiques de l'événement. Au programme, au fil des ans, on a vu apparaître un concours de menteries, et aussi des numéros des petites gueules, ces enfants qui sont emmenés, à travers leur travail en classe, à devenir eux-mêmes de conteurs d'un soir. Au fil des ans, le festival s'est développé. Certaines petites gueules sont devenues grandes. Et de fil en aiguille, des gens de Trois-Pistoles se sont intégrés au réseau de conteurs existants.

Et ce réseau, il est vaste. S'ajouteront notamment aux conteurs québécois des conteurs des quatre coins du globe, d'Afrique, du Moyen-Orient, de France et aussi du

pays basque.

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Le Rendez-vous des grandes gueules

du 29 septembre au 9 octobre

À la vieille forge de Trois-Pistoles

www.contes-recits.ca