Gad Elmaleh en tournée nord-américaine - À pieds joints dans les clichés

Il va falloir revisiter ses préjugés. Les Québécois ne seraient pas tous gentils, contrairement à ce que les Français aiment colporter. Que nenni! «Je connais un Québécois méchant. Je peux même vous donner son adresse. Il habite sur le boulevard Édouard-Montpetit [à Montréal] et il fait vraiment partie des gens qu'il faut éviter de fréquenter.»

À l'autre bout du fil, l'humoriste français Gad Elmaleh rit en lançant ce petit bout de vérité. Et il se promet bien sûr de le faire rebondir une fois de plus sur la scène du théâtre Saint-Denis où, à compter de ce soir, il pose ses valises pour deux représentations de son spectacle L'autre, c'est moi! Drame comique en un acte manqué, dans le cadre de sa tournée nord-américaine qui vient de l'amener à Miami, Los Angeles et New York.

«Jouer en français dans des pays anglophones, j'ai déjà fait ça en Angleterre, explique l'artiste joint au téléphone par Le Devoir. C'est très amusant de rejoindre ces communautés francophones.»

À Montréal, Elmaleh arrive en terrain connu. Il y amène aussi une fois de plus ce one man show qui se veut une série d'observations du quotidien et, au passage, un pavé lancé dans la mare des préjugés circulant sur les Français et les Québécois, en France comme au Québec, deux zones culturelles que ce drôle de comique connaît intimement. Il a vécu en effet ici de 1988 à 1992, où il a «fait de la figuration dans des écoles», dit-il. La plupart de sa famille y vit toujours d'ailleurs.

«Cette gentillesse que les Français accolent toujours aux Québécois, c'est presque du racisme, lance Gad Elmaleh. Cela témoigne d'une ignorance crasse et d'un complexe de supériorité qui fait que l'on accorde à l'autre quelque chose de positif pour mieux se valoriser. À l'inverse, les Québécois sont aussi pleins de préjugés. Ils trouvent par exemple que parler le français de France, c'est un affront. On dirait qu'entre ces deux cultures, il y a toujours des comptes à régler. Mais cela se fait sur un registre intéressant»... et drôle à exploiter pour un artiste en quête de paradoxes.

Sujets chauds et cadeaux

Avec ces sujets chauds, mais aussi des «commentaires machistes» sur les femmes du Québec, annonce-t-il, Gad Elmaleh espère donc en deux soirs seulement, s'en donner à coeur joie avec le public montréalais qu'il «aime», comme le veut la formule consacrée. Et pour la cuvée 2006 de ce spectacle en fin de course qu'il promène depuis trois ans, l'homme évoque même quelques cadeaux pour accrocher le client: la mise au rancart de vieux sketchs, par exemple, pour «essayer devant le public québécois du nouveau matériel de [son] prochain spectacle», lance-t-il sans plus de détails.

Le stratagème vise sans doute à attirer vers lui ses nombreux fans — des jeunes filles pour la plupart, emportées par la douceur de son timbre de voix et le bleu de ses yeux qui, avec un talent incontestable, sont à l'origine des nombreux succès rythmant sa vie depuis quelque temps. «C'est le Da Vinci Gad», résume-t-il, lorsqu'on lui parle de la bonne étoile qui visiblement brille au-dessus de sa tête et que l'on évoque l'engouement pour sa personne.

L'année Gad Elmaleh

Elmaleh a effectivement de la chance. Au-delà de ses réussites sur les planches, il vient d'être en effet «pignonisé» dans le dernier film de Francis Veber, La Doublure, dont la sortie est prévue au Québec vendredi prochain. Il y campe le rôle de François Pignon, «personnage emblématique du cinéma français», dit-il. Et ce, après des têtes d'affiche comme Daniel Auteuil, Jacques Villeret, Pierre Richard ou Jacques Brel qui ont fait vivre à l'écran ce perdant sympathique aux multiples visages.

Comme si ce n'était pas assez, ce «Chouchou» (son personnage le plus populaire) du public va prochainement se frotter à Audrey Tautou, sur pellicule s'entend, dans Hors de prix de Pierre Salvadori, une comédie romantique qui pourrait arriver au Québec ce printemps. Autre aveu: il tiendra aussi le premier rôle, celui de d'Artagnan, dans le prochain film réalisé par Alain Chabat, une comédie de cape et d'épée mettant en vedette Les Trois Mousquetaires. Le tournage devait avoir lieu cet été. «Mais il a été reporté parce que le scénario est en réécriture», dit-il.

Ce contretemps a été d'ailleurs à l'origine d'un premier voyage à Montréal programmé cet été. Elmaleh comptait y présenter son spectacle dans le cadre du Festival Juste pour rire. Un accident de motomarine aurait forcé l'artiste à annuler ses prestations seulement trois jours avant, attristant ainsi ses inconditionnels. Deux mois plus tard, ils ont désormais deux bonnes raisons d'arrêter de pleurer.

- Gad Elmaleh, L'autre c'est moi! Drame comique en un acte manqué. 25 et 26 septembre, Théâtre Saint-Denis à 19h.