Montréal doit acheter la maison La Fontaine, selon Serge Joyal et Phyllis Lambert

La maison Louis-Hippolyte La Fontaine.
Photo: Jacques Grenier La maison Louis-Hippolyte La Fontaine.

Exceptionnellement, le Conseil du patrimoine de Montréal a accepté d'entendre aujourd'hui le sénateur Serge Joyal et la directrice du Centre canadien d'architecture Phyllis Lambert, qui militent depuis plusieurs années pour sauver la maison Louis-Hippolyte-La Fontaine. Ceux-ci veulent convaincre le conseil de recommander à la Ville de se porter acquéreur de cette maison laissée à l'abandon depuis le début des années 90.

Le projet d'acheter la maison de l'îlot Overdale est déjà dans les cartons de l'arrondissement Ville-Marie qui devrait en faire l'annonce sous peu. Mais Serge Joyal et Phyllis Lambert ne veulent pas jouer de chance dans ce dossier qu'ils défendent sans relâche depuis 1987. «Selon la procédure, l'arrondissement recommande l'expropriation à la Ville, mais c'est à la Ville que revient la décision finale, voilà pourquoi on s'adresse directement au conseil», explique le sénateur libéral.

Et le temps presse pour les défenseurs de cette maison qui reste le dernier témoin de la période historique qui a vu naître le gouvernement responsable au Canada. Le comité consultatif d'urbanisme de l'arrondissement Ville-Marie a en effet émis un avis favorable à un projet de rénovation et d'agrandissement en juillet dernier. Invité à examiner ce projet soumis par le privé, le Conseil du patrimoine a émis des réserves ce mois-ci, estimant que l'«importance de cet édifice» commandait une analyse plus approfondie.

Le sénateur Joyal estime pour sa part qu'il faut plutôt préserver cet héritage historique et le rendre accessible aux Canadiens. Selon lui, tant Montréal que Québec et Ottawa, sont intéressés à prendre part à un projet destiné à faire de cette maison le centre d'interprétation du gouvernement responsable. «Il faut simplement partir le mouvement, il faut qu'il y en ai un qui fasse le premier pas. Et ce premier pas ne peut être fait que par Montréal», estime-t-il.

Pour convaincre le conseil montréalais, M. Joyal et Mme Lambert ont rédigé un mémoire qu'ils déposeront cet après-midi même. Ceux-ci espèrent éventuellement voir la maison La Fontaine être intégrée à un projet présentement à l'étude chez Parcs Canada. L'agence est en effet à rédiger un plan dédié à la mise en valeur des maisons George-Étienne Cartier, rue Notre-Dame, et Louis-Joseph Papineau, rue Bonsecours.

«L'objectif est d'intégrer la maison La Fontaine dans ce circuit-là, explique le sénateur Joyal. La mise en valeur de la maison Papineau se concentre sur la période pré-rébellion, rébellion, alors que la maison Cartier se concentre sur la période Canada-Uni, pré-confédération. Selon nous, la maison La Fontaine s'inscrit en droite ligne dans cette trame historique à titre de témoin de la naissance du gouvernement responsable.»

La Commission des monuments historiques pourrait être intéressée par un tel scénario, croit le sénateur. Si la maison était achetée par la Ville, la commission pourrait alors intervenir et s'avérer en effet d'une aide précieuse. «La ville a une expertise limitée dans la restauration et l'opération de musée, elle a bien quelques musées, mais lorsqu'il s'agit de mettre en valeur un site dont le contenu doit nécessairement faire appel à l'intégration dans une trame historique, c'est un autre contexte», fait valoir M. Joyal.

Québec pourrait aussi participer indirectement au projet par le biais de son tout nouveau Fonds du patrimoine culturel qui donne désormais à Québec la latitude juridique et financière nécessaire pour accompagner la Ville dans d'éventuelles démarches.