Vitrine du disque

Soul - PEOPLE GONNA TALK, James Hunter, Go! - Rounder (Universal)

Van Morrison n'en revient pas: «One of the best voices, and one of the best-kept secrets, in British r'n'b and soul... » Dans mon oreille gauche (la moins sourde), le collègue Claude Côté n'en revient pas non plus: «C'est bon comme du Sam Cooke!» Deux recommandations qui comptent. J'écoute. Une minute de la chanson-titre suffit: sang et tripes, c'est vrai! Fantastique! Ce disque est un extraordinaire anachronisme, enregistré début 2006 mais sorti tout droit de 1963-65. Du genre que nous donnait un Georgie Fame ou un Chris Farlowe: de la musique afro-américaine urbaine manière Drifters et Sam Cooke, mais jouée avec le sens des rythmes syncopés et des arrangements fins de la Cool Britannia. Ce Hunter, dont c'est le troisième disque et le premier à parvenir en Amérique, est un vocaliste fabuleusement soulful et un guitariste brillamment économe, et il a écrit toutes ces nouvelles anciennes chansons incroyablement rafraîchissantes. Et si c'était ça, l'avenir? Machines arrière, toutes! À voir et à entendre ab-so-lu-ment, samedi à 20h et à 22h, aux portes du Complexe Desjardins.

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Jazz - Continuo

Avishai Cohen, Étiquette Razdaz - Nocturne

Ceux qui ont apprécié les spectacles de Masada et de Yussef Lateef en compagnie des frères Belmondo, autrement dit ceux qui apprécient le jazz mâtiné de notes arabisantes et africaines, devraient être séduits par ce nouvel album du contrebassiste Avishai Cohen. On connaît Cohen pour sa longue fréquentation des pianistes Chick Corea et Danilo Perez. On connaît beaucoup moins ses talents, véritables, de compositeur. À l'évidence, l'homme aime écrire des pièces qui ont du souffle, qui sont denses. Pour ce compact, il a fait appel à ses compagnons habituels, soit Sam Barsh au piano et Mark Guiliana à la batterie, auxquels s'est joint Amos Hoffman, joueur de oud. Depuis le succès de Thimar, paru sur étiquette ECM, le oud connaît une popularité qui ne cesse d'augmenter. Toujours est-il que sur la moitié des morceaux, tous écrits par Cohen, Hoffman glisse ses notes claires et lentes qui font l'essentiel du charme de cette production. On ne sait trop comment dire, mais il y a quelque chose qui tient de la gourmandise, voire qui l'aiguise. Plaisant de bout en bout.

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Monde - Froots

Afrodizz, C4 - DEP

L'étiquette C4, qui nous a habitués depuis plusieurs années à du rock sale comme on l'aime, vient d'ajouter une corde à son arc, celle de l'afrobeat de la formation québécoise Afrodizz. Rien à redire sur ce choix, d'autant plus qu'avec leur deuxième album, intitulé Froots, les huit membres du groupe ont réussi à faire craquer notre carapace parfois trop hermétique aux rythmes du monde. Leur musique, héritée du maître du genre, Fela Kuti, nous a instantanément fait bouger la tête et taper du pied, nous pourtant si peu porté à la danse. Est-ce à cause de cette guitare funky à souhait, de cette basse qui nous soulève de terre, de ces cuivres qui rugissent? On ne sait trop dire. La rythmique y est certainement pour beaucoup, la batterie battant la mesure comme un métronome endiablé. Ici et là, quelques textes enrobent les neuf pièces de Froots, en français un peu (la très gainsbourgienne Fashion terroriste) mais en anglais surtout. Peu de mots, la musique fait l'essentiel du boulot, même si elle est au bout du compte un peu répétitive. Froots reste un essentiel pour l'été, à côté de la glacière sur le bord de la piscine.

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DVD - THE BEST OF THE BEAT CLUB VOL. 1 et 2

Artistes divers, Eagle Vision

Ach! Ces Allemands! Pour le pire comme le meilleur, ils ont toujours eu le sens de l'archivage. Ils gardent et classent tout, au cas où. Jugez plutôt: ce sont aujourd'hui les fournisseurs attitrés d'images de performances télévisées de groupes rock d'hier et d'avant-hier. Eagle Vision, pilier du marché DVD rock, a ainsi obtenu en licence le matériel des émissions Beat Club (années 60) et Musik Laden (années 70): voici les deux premiers volumes d'une série de courtes compilations où, sans transition, on passe de Jethro Tull à Johnny Rivers et des Hollies à Kiki Dee. C'est parfois consternant (Alice Cooper, quel clown!), occasionnellement édifiant (Ten Years After, comprend-on, c'était Cream en moins bon), et souvent formidable (les Doobie Brothers, quel groove!). J'en parle aujourd'hui parce qu'on y retrouve aussi Canned Heat, avec l'as guitariste Harvey Mandel, et que le Mandel en question jouera en compagnie d'autres grands anciens du blues psychédélique au sein de l'équipe d'étoiles Chicago Blues Reunion, vendredi 14 juillet à 21h30 place D'Youville, dans le cadre du Festival d'été de Québec. Danke.

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Monde - Musique brésilianisée

Bombolessé, Indépendant - Bros

Il y a le Brésil de toutes les traditions régionales et des batteries de percussions, celui plus littéraire d'un Veloso ainsi que cet autre, brassé dans les nouvelles synthèses électro-acoustiques. Puis, il y a Rio, sorti de sa bossa sensuelle ou vivant bien encore un peu avec: Rio, cité de Dieu, sa rue torride, sa musique plus sale, plus funky à la Gorge Ben, et ses grands rassemblements populaires autour d'une samba de pagoge chantée le plus simplement du monde, accompagnée de quelques accords. De cet univers, le groupe montréalais Bombolessé se réclame, tout en «brésilianisant» l'espace sonore de sa terre d'adoption, en globalisant la musique brésilienne avec funk, rock reggae et ska à l'appui, en portant son âme altermondialiste en portugais et en français, en invitant Karim de Syncop ou Doriane et Momo de Dobacaracol. Mené par Julien Thomet, chanteur qui prend un malin plaisir à casser le français pour le rythmer différemment, également connu à titre d'artisan de pointe de la musique métisse dans notre île, le groupe taquine aussi le manouche, le funky house et le jazz. Plus important encore, il prend tout son essor dans la fête. À voir ce soir au parc des Festivals dans la série Tropiques du FIJM.

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Classique - HAYDN

Orlando Palatino. Patricia Petibon (Angelica), Michael Schade (Orlando), Christian Gerhaher (Rodomonte), Werner Güra (Medoro), Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt. DHM 2 CD 82876 73370 2

Les opéras de Haydn n'ont pas mauvaise presse; le problème est que personne n'en a cure! Même si Antal Dorati les a tous enregistrés pour Philips, on a en général vaguement entendu parler du Monde de la lune, qui sera présenté l'an prochain par l'Atelier de l'OdM. C'est tout. Il fallait qu'un grand chef tel que Nikolaus Harnoncourt vienne mettre son nez dans ce corpus lyrique pour réhabiliter un ouvrage majeur, ce «drame héroïco-comique» dans lequel Haydn et son librettiste utilisent l'épopée de l'Arioste (1516), qui donna naissance à tant d'opéras des XVIIe et XVIIIe siècles, en l'assaisonnant d'un zeste de bouffonnerie débridée. Ainsi dirigé et chanté, Orlando Palatino n'est rien moins qu'un opéra précurseur de Rossini composé dix ans avant la naissance de Rossini! Entre les mains du compositeur le plus drôle de l'histoire de la musique, l'histoire devient un feu d'artifice. Elle est confié ici à une distribution parfaite, où s'illustrent notamment Patricia Petibon, Michael Schade et Christian Gerhaher. Ce miracle est probablement le disque d'opéra de l'année.