Ouverture du Festival d'été de Québec - «Sacrée rencontre» entre Vigneault et Les Charbonniers

Le grand poète entouré des membres du groupe légendaire: «Un spectacle où tout le monde est sur la scène tout le temps.»
Photo: Le grand poète entouré des membres du groupe légendaire: «Un spectacle où tout le monde est sur la scène tout le temps.»

Depuis hier, et jusqu'au 16 juillet, Québec vit au rythme du Festival d'été, qui promet cette année bien des moments forts, dont ce concert présenté ce soir par Gilles Vigneault et Les Charbonniers de l'enfer.

Québec — C'est une rencontre de géants. Entre un groupe légendaire et le répertoire d'un grand poète dont la parole fait frémir les foules depuis plus de 40 ans. Véritable hommage à nos racines, cette «sacrée rencontre» entre Vigneault et Les Charbonniers pourrait bien passer à l'histoire.

«Avec une gang de matelots comme ça, plus mes musiciens, ça va avoir du punch, du chien!», nous disait Gilles Vigneault lors d'un entretien au Festival de la chanson de Tadoussac. L'idée d'une réunion avec les cinq chanteurs a capella — Michel Bordeleau (voix, pieds), Michel Faubert (voix), André Marchand (voix, pieds), Jean-Claude Mirandette (voix) et Normand Miron (voix) — est née d'un concert improvisé à Trois-Rivières, l'an dernier. «Nous nous connaissions déjà parce que nous avons déjà fait ensemble le disque Si on voulait danser sur ma musique et ils avaient chanté déjà une de mes chansons; nous étions devenus des amis. Et quand, mes musiciens et moi, on a appris qu'ils jouaient en même temps que nous à Trois-Rivières, on a offert de présenter un spectacle sur la même scène. Ça s'est fait presque spontanément. On a répété sur place et puis ç'a tellement bien marché qu'on a décidé d'aller plus loin.»

Les Charbonniers de l'enfer se sont donc mis au travail en fouillant dans le gigantesque répertoire du poète de Natashquan, qui regroupe plus de 600 chansons! «Ç'a été merveilleux, mais ç'a été beaucoup de recherche! Ce n'était pas évident, se rappelle André Marchand. Ce sont des mélodies qui modulent un peu différemment de la musique traditionnelle mais, finalement, ça sonne comme des Charbonniers. On a choisi des pièces plus connues, comme Berlu. On a fait un montage à partir d'une chanson qui s'appelle La Tite Toune. Ça parle de la détresse de l'être humain. Mélangé avec Tout l'monde est malheureux, ça donne quelque chose d'assez particulier et original.» Mais le plus dur était à venir. «On était dans nos petits souliers quand on lui a présenté ça... mais ç'a tout l'air qu'il est enchanté du résultat!»

Gilles Vigneault et ses racines

Le spectacle a déjà été présenté à Saint-Eustache, à Terrebonne et à Gatineau. Après Québec, il se rendra à Sherbrooke le 12 puis à Joliette le 13. André Marchand le décrit non sans plaisir: «C'est un spectacle où tout le monde est sur la scène tout le temps. On passe d'une chose à l'autre, le public ne sait pas trop ce qui s'en vient. Est-ce que Vigneault va chanter du folklore où est-ce que Les Charbonniers vont chanter du Vigneault? [...] On est organisés sur scène exactement comme dans nos spectacles a capella. On a nos cinq microphones, nos deux planches pour les pieds. Là, on va être assis en demi-cercle derrière lui et l'orchestre nous entoure complètement en arrière.»

Quand on lui fait remarquer que cela est sûrement impressionnant pour le public, le Charbonnier répond que c'est plutôt lui qui est impressionné. «On a l'habitude de chanter du Vigneault à la fin des veillées. On connaît beaucoup son répertoire, on écoute ça depuis longtemps. Pour nous, c'était plutôt un rêve. C'est un cadeau de la vie.»

Et ce n'est pas fini: il y a peut-être un projet de disque dans l'air... «C'est pas impossible qu'on sorte un album Les Charbonniers chantent Vigneault, confie-t-il. On a tellement de travail à faire que c'est difficile à prévoir, mais disons que c'est certain que cette collaboration-là, on ne peut pas la passer sous silence. Dans notre histoire à nous, c'est trop important.»

Cet échange est riche à plus d'un niveau. La lecture des Charbonniers permet à Vigneault de retrouver ses inspirations du folklore, à travers ses propres chansons. Déjà, son album Si vous voulez danser sur ma musique (2005) était une collection de «reels», et de nombreux musiciens traditionnels, dont Les Charbonniers, y avaient participé.

Quand on lui demande s'il effectue un retour aux sources, M. Vigneault nuance: «Ce n'est pas un retour vers la musique traditionnelle parce que je ne l'ai jamais quittée. J'ai toujours été prêt de ça. Mais puisque vous parlez de retour, je dirais que j'ai toujours eu envie d'y retourner parce que c'est ce qui m'a construit. Ce que j'appelle ma musique, qui m'a fait oser trouver des mélodies. Alors, c'est un retour facile. Ça va tout seul, de retourner à ses racines, et il est précieux d'en avoir.»

André Marchand abonde dans ce sens. «M. Vigneault a déjà travaillé dans les archives de folklore dans les années 1950 et il a une grande connaissance du répertoire. C'est quelque chose qu'il chérit beaucoup et, dans ce sens-là, il y a quelque chose d'organique dans cette rencontre. Ce n'est pas forçant!» Ainsi, Gilles Vigneault a trouvé cinq grandes voix pour «chanter sur sa musique». Ne nous reste plus qu'à danser sur ses paroles... On finira bien par trouver les pas!

Collaboratrice du Devoir

- Au parc de la Francophonie à Québec ce soir à 21h30.