Art contemporain - Un seul Québécois dans le top 200 des collectionneurs d'ARTnews

Un seul Québécois figure sur la liste mondiale des 200 collectionneurs d'art contemporain les plus importants du magazine ARTnews. Il s'agit en fait du couple Blema et Arnold Steinberg, des passionnés d'art moderne et contemporain qui vivent une partie de l'année à New York, selon le magazine américain. La famille Steinberg a vendu son empire du commerce alimentaire en 1989. Arnold Steinberg gère maintenant des sociétés et des fonds d'investissement.

Le catalogue 2006 des mégacollectionneurs paraît dans l'édition de juillet d'ARTnews, qui arrive en kiosque aujourd'hui. On y retrouve les plus grandes fortunes éclairées du monde (celles des Pinault, Lauder, Riggio, Saatchi, Wynn et compagnie) avec un léger avantage des États-Unis sur l'Europe et quelques grandes métropoles aux avant-postes, dont New York, Londres et Paris, évidemment. L'étude souligne la fluctuation, sinon des fortunes, du moins des dépenses: 122 collectionneurs, soit près des deux tiers du lot, ne figuraient pas sur la liste en 1996.

L'exercice annuel révélait alors immanquablement deux ou trois Montréalais parmi les acheteurs compulsifs aux moyens illimités ou presque. En 2004, on y retrouvait par exemple Herbert Black, roi de la ferraille du boulevard Henri-Bourassa Est et grand amateur d'art moderne et de meubles traditionnels. Il y a dix ans, la liste des happy few intronisait aussi le couple Michal et Renata Hornstein, qui possède une des plus importantes collections du monde consacrée aux maîtres hollandais et flamands du XVIIe siècle. Le pavillon nord du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) porte leurs noms. Phyllis Lambert, héritière de la société Seagram et fondatrice du Centre canadien d'architecture, a aussi figuré en bonne place sur les listes annuelles jusqu'à la chute de l'empire familial, au début du siècle.

Les Québécois francophones brillaient et brillent toujours par leur absence. Même les Desmarais de Power Corporation ne font pas le poids parce qu'ils consacrent leurs achats sur des productions locales ou nationales qui intéressent peu ou pas les compétiteurs étrangers.

Faut-il d'ailleurs voir dans la disparition de ces gros bonnets un signe supplémentaire de la marginalisation croissante de Montréal sur la scène mondiale du marché de l'art? La ville ne compte qu'une seule grande galerie de classe internationale, Landau Fine Arts, rue Sherbrooke, près du MBAM. En art contemporain, la Galerie René Blouin jouit toujours d'une très enviable réputation nationale et représente de belles grandes signatures québécoises et canadiennes, sans toutefois pouvoir rivaliser avec ses concurrentes de classe mondiale. Malgré l'immense qualité de ses poulains, René Blouin ne peut pas par exemple se payer une participation aux grandes foires de référence, à Bâle ou à Miami.

La déchéance de Montréal doit aussi être rapportée à la stabilité de Toronto. La métropole du Canada compte trois collectionneurs de classe mondiale dans la liste d'ARTnews: Ydessa Hendeles (art contemporain et photographie), Toby et Joey Tanenbaum (art européen du XIXe siècle) et David Thomson (Constable, Ruskin, futurisme italien et art contemporain). Jusqu'à l'an dernier, Kenneth Thomson, le père de David, figurait sur la liste. Il est décédé en juin dernier. Thomson Corporation vaut au bas mot 8,5 milliards de dollars et son ancien propriétaire se passionnait pour l'art médiéval et les maîtres anciens.

Très discret, Ken Thomson s'était engagé à donner presque toute sa collection d'oeuvres au Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO), soit plus de 3000 oeuvres d'art et objets d'origine canadienne et européenne. M. Thomson a également donné des fonds pour la transformation du bâtiment par l'architecte Frank Gehry et prévu une dotation pour son fonctionnement continu.

Par contraste, la faiblesse des collectionneurs montréalais aura des conséquences à moyen et long terme sur la qualité des collections muséales de la ville. Les institutions publiques n'ont plus les moyens d'acquérir des oeuvres contemporaines internationales, dont les prix gonflent d'année en année. Elles comptent sur les dons de collectionneurs privés pour compenser. Encore faut-il qu'il s'en trouve, évidemment...