Montréal ne protégera pas un des grands graffitis du vieil échangeur du Parc-des Pins

L’oeuvre de quatre mètres sur quatre, intitulée Specter’s, du nom de son créateur, est un des derniers graffitis à ne pas encore avoir été détruits. Il se trouve sur le mur de droite de l’entrée du tunnel de l’avenue du Parc, direction no
Photo: Jacques Nadeau L’oeuvre de quatre mètres sur quatre, intitulée Specter’s, du nom de son créateur, est un des derniers graffitis à ne pas encore avoir été détruits. Il se trouve sur le mur de droite de l’entrée du tunnel de l’avenue du Parc, direction no

La Ville de Montréal ne sauvera pas un graffiti-témoin de l'échangeur du Parc-des Pins, comme le lui demande une coalition d'organismes communautaires et de défense du patrimoine. Le disgracieux et dangereux enchevêtrement de voies de circulation datant de quatre décennies est en plein chantier pour l'aménagement d'un carrefour de surface beaucoup plus convivial.

Le graffiti en question s'intitule Specter's, du nom de son créateur. Il représente des fantômes (des spectres) blancs sur fond rouge et a été réalisé au tournant de la décennie. L'oeuvre de quatre mètres sur quatre est un des derniers à ne pas encore avoir été détruits. Il se trouve sur le mur de droite de l'entrée du tunnel de l'avenue du Parc, direction nord.

«Sans être un chef-d'oeuvre comme le concluait une évaluation artistique faite par la Ville en 2004, il s'agit tout de même d'une belle réalisation, bien équilibrée, complète, frappante et saisissante», écrivait la Coalition pour le démantèlement de l'échangeur des Pins dans une lettre envoyée en novembre dernier au responsable de l'aménagement urbain et du transport collectif de la Ville. Le texte, dont Le Devoir a obtenu copie, est cosigné par Jean Décarie, du CDEC du Centre-Sud-Plateau, et d'une dizaine d'organismes, y compris Héritage Montréal, Les Amis de la Montagne, Sauvons Montréal et la Société de développement du boulevard Saint-Laurent. Il propose de préserver «un des derniers et des plus intéressants» graffitis réalisés sur les murs de béton de la structure honnie «pour en rappeler moins le souvenir comme tel que l'importance d'éviter à l'avenir de telles erreurs urbaines». La demande a été répétée plus tôt cette année.

Le verdict municipal est tombé la semaine dernière. «En tout respect, écrit Rachel Laperrière, directrice générale adjointe de l'administration, la Ville n'a pas l'intention de donner suite à cette requête. Il existe trop de besoins non comblés en matière culturelle pour consacrer des fonds publics à un geste du genre.» L'administratrice ajoute que la photographie pourra aider à conserver le souvenir de cette murale. En entrevue, Claire Rocher, chargée de communication de la Ville, a rivé le clou à la proposition de sauvegarde en expliquant que l'administration n'a tout simplement pas l'intention de cautionner les graffitis illégaux.

«Je ne chicanerais pas la Ville dans les circonstances», a à son tour commenté Jean Décarie, à l'origine de la démarche de sauvegarde. Il compte maintenant sur la bonne volonté de l'entrepreneur pour sauver ce pan de mur et d'histoire. «C'est notre dernier espoir, a-t-il dit. Nous allons lui demander de s'impliquer et d'associer son nom à cette sauvegarde.»

Il a été impossible d'obtenir un commentaire de l'entreprise interpellée, Louisbourg Construction limitée. Le réaménagement de l'échangeur coûtera environ 27 millions de dollars. Le découpage, le déplacement et la réinstallation du pan de mur graffité de spectres coûteraient 25 000 $ selon ses défenseurs culturels mais jusqu'à 100 000 $ selon d'autres estimations.

Le chantier de l'échangeur, ouvert l'an dernier, enregistre des retards sur l'échéancier. La troisième et dernière phase, portant sur l'aménagement comme tel, ne sera pas complétée avant le printemps 2007 alors que le programme prévoyait une livraison complète l'automne prochain. Par contre, la circulation dans le système routier revu et corrigé se fera dès septembre.

Le monument à George-Étienne Cartier, au nord du futur carrefour, fait lui aussi l'objet de travaux de réaménagement et de restauration. «C'est un autre élément majeur de notre décision, a expliqué Claire Rocher. Nous essayons d'enrichir et de préserver notre collection d'art public. Les budgets sont limités et il faut établir des priorités.»