Musique - Un rappeur musulman qui dérange

Londres — Musulman d'origine pakistanaise, le rappeur britannique Aki Nawaz suscite la controverse avec un nouvel album dont les thèmes et paroles provocateurs ne sont pas du goût de sa propre maison de disques.

All is War (The Benefits of G-Had) (Tout est guerre, les bienfaits du Jihad) devait sortir le 17 juillet sous la signature de son groupe Fun-Da-Mental. Mais la nature controversée des textes, à l'avenant du titre, a poussé les deux directeurs de son label, Nation Records, à menacer de démissionner si le disque sortait.

Parmi les morceaux de résistance, dans les deux sens du terme, figurent en effet des titres tels que I reject («Je rejette», énumération de «valeurs» supposées de l'Occident), Electro G-Had, ou encore Cookbook DIY. Ce dernier morceau raconte la journée d'un kamikaze, qui pourrait être l'un de ceux qui ont fait exploser leurs bombes dans le métro londonien il y a juste un an.

Aussi en cause, un morceau qui met en regard des discours de Che Guevara et de Ben Laden, et cherche à montrer qu'ils ont plus de choses en commun (la résistance à l'impérialisme) que de différences. Il précise que le discours en question date d'avant le 11-Septembre, quand l'ordre du jour de Ben Laden était de renverser les autocrates saoudiens, plutôt que d'exporter la Guerre Sainte.

Très occupé depuis que l'affaire a été rendue publique, Aki n'en est pas moins disponible. Celui que le New Musical Express a qualifié de «plus fort qu'un Johnny Rotten [le guitariste des Sex Pistols] pakistanais, un Colonel Kurtz», en référence au psychopathe d'Apocalypse Now, argumente posément.

Il réclame simplement le droit de défier l'entendement commun, et la propagande de l'establishment.

«Je sais très bien ce que je fais», explique-t-il à l'AFP. «Je revendique juste le droit de débattre, de m'élever contre l'injustice, avec les moyens de l'art. On écrit des livres, on fait des films sur ces questions épineuses, et moi je n'aurais pas le droit de les aborder en musique ?» Et d'évoquer les contestataires historiques, et la licence qui leur fut accordée, et qui lui est refusée, parce qu'il est musulman, donc suspect, dit-il.

«Harold Pinter [Prix Nobel de littérature 2005] estime que Blair est un criminel de guerre avec du sang sur les mains. Moi, je ne dis rien d'autre. Et parce que je suis musulman, mes arguments auraient moins de valeur? Vivons-nous sous un régime qui applique la démocratie aux Blancs, et le fascisme à tous les autres?» Il s'attend à voir le débat tourner autour de la question de l'incitation — à la violence, au terrorisme... et à se voir accusé d'en faire l'apologie.

Lui incite seulement à réfléchir sans barrières. «On doit poser des questions à la civilisation occidentale, à ceux qui prétendent que les massacres du passé, que l'Holocauste, ne pourraient plus se produire aujourd'hui. Ils se produisent partout, des centaines de milliers de civils meurent en Irak, en Afghanistan, en Afrique... et personne n'élève la voix. Moi je réclame le droit d'ouvrir le débat, d'évoquer ensemble le terrorisme et le terrorisme d'État.»

Il ne sortira pas son album chez Nation Records si cela doit pénaliser les autres artistes de l'écurie. Il préfère trouver une autre distribution. Mais il promet de ne pas céder, même s'il reçoit la visite des forces de sécurité quelque peu sur les dents en ce moment (dans un raid bâclé dans l'est de Londres, la police avait blessé, le 2 juin, un musulman innocent).

Sans peur et sans reproche, Aki lance: «Ce que je dis, l'homme de la rue le sait. Mon disque, c'est la bande originale du monde tel qu'il est.»