Festival Juste pour rire - Une ratatouille coquine ouverte sur le monde

Chanteuse au déhanchement envoûtant, numéros de mains et mains et même de contorsion, font partie du monde imaginaire de La Clique.
Photo: Chanteuse au déhanchement envoûtant, numéros de mains et mains et même de contorsion, font partie du monde imaginaire de La Clique.

Deux grands rideaux se ferment sur la ville qui s'éteint de l'autre côté d'immenses fenêtres datant d'une autre époque. Dans la salle enfumée, les lumières se tamisent. Et le silence s'installe pour faire place à quelques notes de piano.

Descendant du couvercle de l'instrument, une chanteuse au déhanchement envoûtant rejoint une petite scène centrale dans le faisceau lumineux d'un projecteur de poursuite. En entonnant en anglais La Valse à mille temps de Jacques Brel... avec des pointes d'hystéries donnant l'impression qu'elle a trop bu. Ou qu'elle est complètement fêlée du ciboulot.

Folie naturelle ou éthylique? Les premières mesures livrées par Camille O'Sullivan sur la partition de ce drôle de cabaret donnent très vite le ton. Une tonalité que le reste de sa Clique viendra soutenir durant les deux heures suivantes, entracte compris, pour rythmer cette soirée franchement débridée que propose, chaque soir au 5e étage du Musée Juste pour rire, le chapitre anglophone du Festival portant le même nom.

Avec un numéro de mains à mains époustouflant mettant en vedette deux athlètes au flegme british, sur fond de Pump and Circumstance, avec une avaleuse de sabre, clown à ses heures, ou encore avec une onduleuse de cerceaux à la plastique délicieuse, La Clique — c'est le nom de ce cabaret — pose très vite le cadre de sa relecture de l'univers des cabarets européens des «années sandwich». Et comme à l'époque, la bonne dose de coquinerie qui vient avec, fait que les enfants ne sont pas vraiment les bienvenus à bord.

Dans ce monde imaginé à Édimbourg en Écosse lors du Festival Fringe par deux Australiens, David Bates et Brett Haylock du Famous Spielgeltent, la célèbre artiste burlesque londonienne Ursula Martinez s'effeuille en mêlant prestidigitation et espièglerie jusqu'à une limite qui doit en laisser plusieurs perplexes.

Un homme élastique

Le Norvégien Captain Frodo, également bien nommé Rubber Man, lui, fait plutôt sourire avec son numéro de contorsion coloré par les musiques du grand Burt Bacharach. Difficile d'en être autrement d'ailleurs quand un homme élastique affronte deux raquettes de tennis, sans tamis pour mieux passer toutes les parties de son corps à travers, «en faisant croire qu'il n'est pas en contrôle de son affaire», fait remarquer à voix basse une jeune fille dans l'assistance.

Le contrôle, David O'Mer, Allemand d'origine, n'en manque certainement pas en profitant d'une baignoire et d'un agrès suspendu au plafond pour exposer son torse musclé, sa dextérité et son côté taquin. Le tout dans un numéro d'acrobatie aéro-aquatique visant à enflammer les sens de l'auditoire féminin. Entre autres choses.

Véritable ratatouille mondialiste mariant les arts du cirque avec ceux de la danse, de la chanson, du burlesque et de l'effeuillage, cette Clique promet dès les premières minutes, sans ambages, un voyage dans l'ivresse d'un groupe de drôles d'oiseaux cultivant dans la marge un déséquilibre rafraîchissant. Et la promesse, en plusieurs tours de piste, est facilement tenue.



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- La Clique, Musée Juste pour rire, 5e étage, du mardi au dimanche à 21 heures. Jusqu'au 30 juillet.