Un campus sur le Plateau

La façade de la future maison permanente du Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal, vue par Saïa Barbarese Topouzanov architectes.
Source: Saïa Barbarese Topouzanov architectes
Photo: La façade de la future maison permanente du Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal, vue par Saïa Barbarese Topouzanov architectes. Source: Saïa Barbarese Topouzanov architectes

L'édifice Henri-Julien, cet immeuble de style brutaliste sis au coeur du Plateau Mont-Royal, se transformera d'ici 2008 en un campus entièrement dédié aux études supérieures. L'immeuble verra sa ceinture de béton percée de fenêtres, son intérieur redessiné puis lambrissé de bois, et son toit parcouru de jardins qui, à terme, formeront une grande couverture végétale sur ce qui deviendra la maison permanente du Conservatoire de musique et d'art dramatique de Montréal.

Comme l'a révélé Le Devoir hier, la ministre de la Culture et des Communications a en effet abandonné l'idée de construire une Maison des conservatoires flambant neuve sur le quadrilatère de la Place des Arts. Line Beauchamp estime plutôt que c'est dans les murs de l'édifice Henri-Julien qu'il sera le mieux servi, bien que le conservatoire l'occupe à reculons depuis qu'il a été chassé du Vieux-Montréal, il y a cinq ans.

Parlant d'une «solution idéale», la ministre Beauchamp a insisté hier sur la nécessité de donner aux étudiants une «maison permanente sur mesure». «C'est la solution idéale. Et je pèse mes mots. Ce projet répond à l'ensemble des besoins ciblés par les professeurs et les étudiants. [...] Même le projet initial sur l'îlot Balmoral ne remplissait pas tout le programme des besoins du conservatoire.»

À 45 millions de dollars, la transformation de l'édifice Henri-Julien coûtera de surcroît beaucoup moins cher que la construction d'une nouvelle maison au centre-ville, qui avait été évaluée à 100 millions, a fait valoir la ministre Beauchamp. Pour cette somme, le conservatoire pourra se déployer du sous-sol au 3e étage, lui qui était principalement confiné au sous-sol et au rez-de-chaussée. Les deux étages restants seront réservés à l'École nationale d'administration publique (ENAP).

L'idée d'aménager le conservatoire de manière permanente au 4750, avenue Henri-Julien est venue du propriétaire de l'édifice, l'Université du Québec (UQ). À l'automne dernier, le départ de la Télé-Université avait libéré 5000 m2. «D'autres auraient vu une crise dans ce départ, l'UQ y a vu une possibilité», a expliqué hier son président, Pierre Moreau.

En tant que propriétaire de l'édifice, c'est donc l'Université du Québec qui agira à titre de maître d'oeuvre du chantier, en collaboration avec la Société immobilière du Québec. Si tout va comme prévu, les locaux destinés à la formation musicale seront prêts en août 2007 et ceux de la formation en art dramatique, l'été suivant.

La firme d'architectes Saïa Barbarese Topouzanov a prévu des locaux d'enseignement et de répétition de calibre professionnel, des ateliers spécialisés, une bibliothèque, une salle de concert de 200 places, un salle de récital de 100 places et un théâtre pouvant accueillir 200 personnes.

Un dénouement salué

Il y a cinq ans, la réclusion dans l'édifice Henri-Julien avait été très critiquée. Mais hier, les doléances ne tenaient plus pour Isolde Lagacé, la directrice du Conservatoire de musique de Montréal. «On ne s'est jamais plaint de la localisation de l'endroit. Ce qu'on déplorait, c'était le fait que nous étions confinés au sous-sol dans des locaux sans lumière, exigus, à l'acoustique et à la scénographie déplorables.»

Même son de cloche du côté du directeur du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, Gilbert Lepage. «Tout ce qui a été rêvé par les professeurs et les étudiants se retrouve dans le cahier de besoins et le projet répond à 100 % à ces besoins, qu'ils soient immédiats ou futurs. On ne peut pas demander plus.»

Le député de Mercier et porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture et de communications, Daniel Turp, s'est dit lui aussi «heureux» du dénouement. Il aurait cependant préféré que Québec suive les plans initiaux qui auraient permis au conservatoire de partager des locaux avec l'Orchestre symphonique de Montréal sur le quadrilatère de la Place des Arts.

Gilbert Lepage, lui, ne regrette pas l'îlot Balmoral. Selon lui, le Plateau Mont-Royal est un choix «naturel». «C'est, à mon avis, plus heureux que l'îlot Balmoral, qui est un quartier de spectacles, un quartier de professionnels pour de la diffusion. Nous, nous faisons de la formation.»

Le dévoilement des plans s'est fait dans la bonne humeur hier, à l'édifice Henri-Julien, mais l'absence des étudiants, rentrés chez eux pour l'été, a étonné quelques observateurs. Les principaux intéressés n'ont été invités à prendre part à l'annonce que la veille, une initiative qui a soulevé l'ire de certains étudiants.

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