Patrimoine - Une nouvelle vie pour le Moulin à vent de Pointe-aux-Trembles

Ce sont les Sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, qui ont fait ériger le moulin par le maçon Jean-Baptiste Larose, en 1719, sur la terre d’André Poudret dit Lavigne.
Photo: Jacques Grenier Ce sont les Sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, qui ont fait ériger le moulin par le maçon Jean-Baptiste Larose, en 1719, sur la terre d’André Poudret dit Lavigne.

Récemment débarrassé de sa vilaine coquille jaune datant des années 1970, le Moulin à vent de Pointe-aux-Trembles s'apprête à connaître une nouvelle vie. Le Devoir a en effet appris que deux appels d'offres seront lancés dans les prochaines semaines afin de restaurer le moulin datant de 1719 et d'aménager le parc et les berges qui l'entourent.

Classé bien patrimonial par Québec en 1983, le moulin à vent domine le fleuve Saint-Laurent depuis maintenant 287 ans, ce qui en fait l'un des moulins les plus anciens au Québec. Le hic, c'est qu'il a été longtemps laissé à l'abandon. Dans les années 1970, on a même construit sur ses flancs un imposant salon funéraire qui a par la suite été reconverti en entrepôt sans charme.

L'automne dernier, le gros bâtiment de briques jaunes a été démoli après que la Ville de Montréal et l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles-Montréal-Est aient convenu d'évaluer le potentiel historique et archéologique du site. Le mandat a été confié à la firme d'architectes Ethnoscop, qui a remis son rapport préliminaire il y a quelques semaines après six mois de travail intense.

La firme est à mettre la dernière main à son rapport final, de pair avec les gens du Service de la mise en valeur du patrimoine de Montréal, qui ont demandé quelques éclaircissements. «La phase de l'inventaire est terminée, mais pour la suite on attend des nouvelles de la Ville. Tout ce que je puis dire, c'est que le moulin et son parc ont une valeur patrimoniale indéniable», raconte Jean Poirier, de la firme Ethnoscop.

À la Ville, on confirme que le rapport final est attendu très prochainement et qu'on enclenchera le processus de restauration dès sa réception. «Il est certain qu'on va en appel de propositions dès l'été, atteste Jean-François Circé, responsable des communications à l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles-Montréal-Est. Deux appels seront transmis: un pour la restauration du moulin lui-même et un autre pour l'aménagement du parc.»

L'arrondissement, qui s'occupera du parc, affirme n'attendre plus que le feu vert de la Ville. «Avec ses trois étages, l'entrepôt était ni plus ni moins qu'un rempart pour le moulin. Il a donc fallu stabiliser la structure et éclairer et chauffer le moulin pour le garder en bon état avant les travaux. [...] Maintenant que c'est fait, les travaux sont en suspens», affirme M. Circé.

La prochaine étape sera la restauration en bonne et due forme du moulin et l'aménagement du parc attenant. À la Ville de Montréal, la chargée de communications Amélie Régis estime que les travaux devraient débuter dès l'automne.

Le défi est grand, le poids des ans ayant pesé lourd sur ce lieu de mémoire, prévient M. Circé. «Il ne faudrait pas s'attendre à retrouver l'ensemble des pièces mécaniques de l'époque. Il n'y a que le moulin de Lotbinière et deux ou trois autres au Québec qui ont eu la chance d'avoir des pièces en assez bon état pour être restaurées. Ici, ce n'est pas le cas. Il n'y avait plus rien quand on en a pris possession.»

Situé à l'angle de la 5e Avenue et de la rue Notre-Dame, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, le Moulin à vent de Pointe-aux-Trembles compte trois étages. Ce sont les Sulpiciens, seigneurs de l'île de Montréal, qui l'ont fait ériger par le maçon Jean-Baptiste Larose, en 1719, sur la terre d'André Poudret dit Lavigne.

Ce moulin de 13 mètres venait remplacer un premier moulin construit dans les années 1670 à 30 pieds de la rive, mais rapidement rendu inutilisable par la crue des eaux. Là où il était planté, le premier moulin serait aujourd'hui carrément dans le fleuve, au bout de la rue Sainte-Anne.