Relocalisation des conservatoires de musique et d'art dramatique - Daniel Turp et les conservatoires de Montréal déplorent l'inertie gouvernementale

L'opposition officielle dénonce l'immobilisme du gouvernement dans le dossier de la relocalisation du Conservatoire d'art dramatique et du Conservatoire de musique de Montréal. Daniel Turp, porte-parole de l'opposition pour la culture et les communications, entend déposer aujourd'hui même à l'Assemblée nationale, au lendemain du discours inaugural de la nouvelle session parlementaire, une pétition signée par les étudiants et les professeurs des deux institutions.

«Nous exigeons que le gouvernement fasse preuve de transparence dans ce dossier, dit le député péquiste de Mercier. Nous voulons qu'il rende accessible l'information sur ce projet. Nous voulons qu'il fasse part, dans les meilleurs délais, de ses intentions à l'égard de ce projet et de son échéancier de réalisation.»

La pétition circulait hier au milieu de professeurs et d'une cinquantaine d'étudiants des deux institutions réunis par le député Turp pour une manifestation devant leur immeuble du Plateau-Mont-Royal, à Montréal. Expulsés de l'édifice Cormier du Vieux-Montréal par la Cour d'appel du Québec, les quelque 400 employés et étudiants des conservatoires occupent le 4750 de la rue Henri-Julien depuis bientôt cinq ans. Le «déménagement sera temporaire» avait alors assuré Sylvain Simard, président du Conseil du trésor du dernier gouvernement péquiste. Pour comble de malheur, l'immeuble de verre et de béton a partiellement brûlé le 7 décembre dernier. Un chantier de rénovations rajoute aux problèmes depuis.

«Nos conditions de travail déficientes ne se sont pas améliorées depuis l'incendie, a déclaré Jean Vallières, porte-parole des professeurs de musique. Nous travaillons toujours dans un sous-sol mal éclairé et mal ventilé. Maintenant, la bibliothèque et une partie de la formation ont déménagé rue Esplanade.» Il a ajouté que la concurrence se fait sentir avec les autres institutions de formation de la ville, notamment les facultés universitaires, toutes installées dans de nouveaux locaux.

Sabrina Bisson, représentante des étudiants d'art dramatique, a distribué une chronologie préparée avec le député de Mercier. Le document rappelle que les institutions nomades ont occupé plusieurs lieux depuis 1954: Archambault Musique, le Monument national, la bibliothèque Saint-Sulpice, le Palais du commerce, le Théâtre national, le 100 Notre-Dame Est et maintenant l'ancienne polyvalente de la rue Henri-Julien.

Le temps d'agir

Le projet péquiste liant des espaces administratifs et la salle de l'OSM aux maisons des conservatoires a été abandonné en 2003 par les libéraux. Ils l'ont ensuite remplacé par une idée de partenariat public-privé, le premier PPP palpable du gouvernement. La chronologie cite toutes les fois où, depuis un an, la ministre de la Culture a déclaré publiquement que «le processus était enclenché» ou que les annonces seraient faites «très bientôt». Il y a un mois encore, elle désignait ce dossier comme «toujours actif et prioritaire».

Son vis-à-vis de l'opposition n'y croit plus. «Je crains que rien ne se fasse alors qu'il est plus que temps d'agir, dit-il. Depuis avril 2003, on n'entend que des annonces pour... annoncer... éventuellement quelque chose. Il n'y a aucun échéancier précis pour lancer les travaux et rassurer les conservatoires. À vrai dire, il n'y a même pas d'information. Ce n'est pas normal que même moi je ne sache pas ce que fait la Société immobilière du Québec [le bras immobilier du gouvernement] ou l'Agence des partenariats public-privé. Il y a une obligation de la ministre d'informer la population.»

Ce à quoi la porte-parole du ministère de la Culture et des Communications réplique en affirmant que les péquistes sont en partie responsables de la situation pénible des étudiants comme des professeurs. «Ce sont eux qui les ont envoyés dans le sous-sol», commente Véronik Aubry, attachée de presse du cabinet de Line Beauchamp, qui renouvelle encore la promesse. «Cela dit, la ministre comprend les mécontentements et elle va livrer son projet.»

Hier, le premier ministre Jean Charest n'a pas mentionné l'OSM ou les conservatoires dans son discours inaugural. Les retards proviendraient maintenant des dépassements de coûts anticipés. La firme new-yorkaise Artec, spécialisée dans la conception de salles de concert, a évalué l'an dernier que le seul projet pour l'OSM coûterait environ 125 millions au lieu des quelque 70 millions souhaités par le gouvernement libéral pour son PPP.

«Nous ne voulons pas de dépassement de coûts, dit alors Véronik Aubry. Nous voulons respecter les paramètres financiers à chacune des étapes du chantier. Nous avons donc demandé aux firmes intéressées de retourner aux tables à dessin.»

En fait, même l'emplacement de la future salle et des nouveaux conservatoires ne semble pas encore arrêté. Les étudiants et les professeurs confiaient hier ne pas être consultés, ne serait-ce que sur le programme de leurs besoins. L'OSM ne croule pas non plus sous les informations, même si ses exigences, notamment en matière acoustique, semblent mieux connues. «Le ministère de la Culture nous a fait savoir avant les Fêtes que le dossier suivait son cours, a déclaré laconiquement au Devoir Marie-Josée Desrochers, porte-parole de l'orchestre. C'est tout ce que j'ai comme information à communiquer.»

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