Le Publicité Club de Montréal est sauvé

Le Publicité Club de Montréal (PCM), fondé en 1959, ne se sabordera pas. La proposition de dissolution a été rejetée par 48 des 62 membres présents à l'assemblée générale spéciale convoquée hier dans un hôtel du centre-ville.

Le conseil d'administration recommandant l'autodestruction de l'organisme a démissionné en bloc, à l'exception de deux membres. Un «comité de transition», formé de 13 membres, est maintenant en place pour tenter de redonner de la vigueur à la structure. Il organisera dès lundi une première réunion de travail.

«Selon les termes de notre métier, nous pouvons dire que nous amorçons un repositionnement stratégique et que nous allons définir un plan d'action», a ensuite expliqué au Devoir Daniel Tardif, président du comité de transition. «Le Publicité Club a des racines profondes, des représentants dans tous les milieux du marketing, de la publicité ou des communications. Ces avantages devraient lui permettre de passer à travers la crise.»

Le président Tardif, lui-même un ancien président du Publicité Club, pense que la réunion d'hier a clairement démontré la volonté du milieu de sauver l'organisme. N'empêche, il ne cache pas qu'il faudra concrètement prouver cette prétention au cours des prochains mois. «Nous allons dresser l'état des lieux et prendre le pouls des membres comme du milieu, a-t-il dit. Après tout, nous sommes bien équipés pour réaliser ce genre d'enquête. Si, à la suite des analyses, nous constatons que la volonté du milieu n'est pas là pour sauver le Publicité Club, nous devrons peut-être conclure nous aussi à la nécessité de sa disparition.»

Le PCM a été fondé par Jacques Bouchard il y a 47 ans pour réunir des professionnels de ce secteur alors à peine développé au Québec. La structure a accompagné la croissance fulgurante de l'industrie en distribuant des prix convoités (les Coqs d'or) et en organisant des séances de formation, des conférences et un tournoi de golf annuel très couru. Dans ses meilleures années, il y a plus d'une décennie, le PCM comptait jusqu'à 1500 membres. Ils ne sont plus qu'environ 800 de nos jours.

Le conseil d'administration recommandait la dissolution du PCM au prétexte de son inutilité croissante dans un milieu en apparence mieux desservi par des organismes comme Infopresse, qui relaie l'information sectorielle et organise maintenant son propre concours de prix d'excellence. Les partisans du PCM répliquaient qu'au contraire, le milieu avait plus que jamais besoin d'un lieu pour défendre ses intérêts, les grandes agences québécoises étant presque toutes passées sous contrôle étranger. Certains déploraient même le silence jugé honteux de la direction du Publicité Club pendant le scandale des commandites.

Retenu chez lui par la maladie, Jacques Bouchard, président-fondateur du PCM et de la célèbre agence BCP, n'a pas pu assister à la rencontre d'hier. Il a toutefois fait diffuser un message aux participants.

«J'ai peine à imaginer que les publicitaires qui font métier de trouver des idées neuves, d'apporter des solutions à des problèmes complexes de marketing, n'arrivent pas à donner au Publicité Club l'élan de sa survie, une orientation qui répondrait à ses aspirations actuelles», dit le message dont Le Devoir a obtenu copie. «Le Club n'a pas besoin de 1000 membres — quelques dizaines qui ont le feu sacré et le goût de partager avec les autres —, cela suffit amplement. [...] Notre industrie vient de vivre une année difficile. Est-ce vraiment le moment de baisser les bras, de passer pour des losers?»

Le comité de transition souhaite organiser un tournoi de golf l'été prochain. Le sort des Coqs d'or sera jugé au cours des prochaines semaines. Le milieu de la publicité québécois aurait clairement affirmé par sondage son souhait de ne pas voir les récompenses se multiplier.