Mois Multi à Québec - Images imposées

Québec — Temps fort du septième Mois Multi, la pièce House of no More présentée par le collectif new-yorkais Big Art Group s'attaque à la manipulation de l'image permise par notre soif de divertissement.

Conçu par Caden Manson et Jemma Nelson, House of no More est le dernier volet du projet conceptuel Real-Time Trilogy. Dans cette trilogie, les créateurs se sont employés à explorer les champs de narration en jouant sur les limites entre le véridique et le faux. Îuvre coup-de-poing où la démonstration fait office de réflexion, House of no More dénonce l'abrutissement des individus abreuvés d'illusions par les médias.

La scénographie présente un studio de production vidéo. Écrans, projecteurs, caméras, on voit même les trois régisseurs qui se chargent de tout faire fonctionner. Les murs et le plancher sont peints de ce vert qui permet le montage vidéo (blue screen). Sous le regard captif des spectateurs, on crée en direct une oeuvre de fiction télévisuelle.

Dans ce studio, les comédiens jouent le drame frénétique de Julia qui court à la recherche de sa fille disparue. Toujours séparés sur scène, les personnages sont réunis à l'écran par l'entremise du montage vidéo. Télé-réalité au sens propre, l'exactitude chorégraphique et l'ingéniosité de la mise en scène déployées dans l'exercice surprennent et captivent.

Rapidement, les pistes narratives sont brouillées. Personnages troubles, personnalités multiples, multiples acteurs jouant le même personnage, la clarté de l'histoire est volontairement contaminée par les divers médiums employés. Big Art Group ne fait pas dans la nuance. Le rythme frénétique de l'oeuvre pousse le spectateur au bout de sa capacité d'écoute. Saturé d'information, il finit par se fermer aux enjeux dramatiques pour devenir un récepteur passif d'images et de sons.

C'est à ce moment que la démonstration faite par Manson et Nelson frappe. Julia s'est transformée en une espèce de natural born killer sous amphétamines. Pour avoir le sentiment d'exister, elle doit être connue... retransmise par les médias. Quel meilleur moyen d'être à la une que de devenir meurtrière? Et le public, devenu passif, accepte ce qu'on lui sert et en redemande.

Contrairement à ce spectacle où rien n'est vrai, la réflexion sur l'univers de la manipulation par l'illusion proposée par Big Art Group est bien tangible. Comme le serpent qui se nourrit de sa propre queue, le jeu des médias nous pousse à notre propre perte. Et le spectateur peut difficilement le réfuter: il vient tout juste d'être pris en flagrant délit de passivité!

- House of no More: aujourd'hui et samedi à 20h à la salle Multi de Méduse (591, rue Saint-Vallier Est, à Québec). Également à l'affiche à l'Usine C, à Montréal, du 16 au 18 février

Suite du Mois Multi

En plus de House of no More, le Mois Multi présente cette fin de semaine Epiderm de Scoltz_Kolgen. En explorant l'infinitésimal, ce duo montréalais cherche à traverser la frontière entre le visible et l'invisible afin de dévoiler l'expansion du monde vers l'intérieur. Dès 23h, le cabaret audio sera animé ce week-end par Magali Babin.

Collaborateur du Devoir