Documentaires musicaux à la Cinémathèque québécoise - La musique selon Monsaingeon

À compter de ce soir et jusqu'au 9 mars, la Cinémathèque québécoise programme un hommage à Bruno Monsaingeon. Onze soirées seront consacrées au maître du documentaire musical, à commencer par ce soir, à 18h30, avec la projection en avant-première mondiale d'Au-delà du temps, son nouveau film sur Glenn Gould.

La carrière de Bruno Monsaingeon est très intimement liée au nom du pianiste canadien, qu'il avait rencontré en 1972 pour une série intitulée Chemins de la musique de la télévision française. Monsaingeon attribue à la première diffusion de ces films, le 30 septembre 1974, sur tous les écrans télévisés de France en raison d'une grève qui avait imposé un «programme minimum», l'engouement pour un artiste alors négligé. Des quatre émissions, il a tiré un film, L'Alchimiste. La rencontre n'en resta pas là puisqu'elle déboucha sur deux séries majeures: trois films d'une heure sur Bach et un marathon documentaire de près de 11 heures à partir des archives de la CBC, bouclé en 1987.

Il est vrai que le sujet Gould est fascinant. D'abord par le personnage lui-même et ses visions musicales. Ensuite par la somme de matériel audiovisuel existant. Il a donc été tout à fait possible pour Bruno Monsaingeon, 20 ans après 12 films de 52 minutes, de revenir sur son sujet fétiche avec un long métrage d'une heure 45, nourri d'entrevues, de documents d'époque, de séquences filmées avec le pianiste, de lectures de lettres et de brèves séquences où interviennent des personnages contemporains, dont une émouvante mamma italienne ayant découvert Gould après sa mort. Monsaingeon récuse le qualificatif de «témoignages» à leur propos, pensant qu'un documentaire avec des témoignages «peut faire de la bonne télévision mais pas un film».

Le film porte indéniablement la griffe Monsaingeon: recherche documentaire majeure, respiration, surprises, poésie (les mains gantées de Gould dessinant des arabesques lors d'un trajet en train) et cette manière d'aller vraiment au but en enchaînant tout comme un mécanisme d'horlogerie. En conférence de presse, le réalisateur, qui voit son film comme «une évaluation de Gould aujourd'hui», avoue avoir pris six années, dont un an de montage.

Le résultat est admirable: les archives, les rushs de ses films précédents, les nouvelles séquences tournées sans rupture esthétique, les «images sans son, les sons sans images», le tout rapporté à un format 16/9, s'imbriquent cinématographiquement et, sur le plan documentaire, avec une maestria sans grand équivalent. Lorsque Bruno Monsaingeon déclare que «les archives ne sont pas illustratives mais font partie d'une polyphonie narrative», ce ne sont pas de vaines paroles.

Le film est admirable également parce qu'à travers la lecture en voix off de la correspondance de Gould, ce dernier semble raconter sa propre histoire. Beaucoup de Gould est aussi révélé dans une brève séquence où on le voit recomposer le premier mouvement de la Sonate K. 331 de Mozart sous prétexte, dit-il, de «forcer les gens à réagir» parce que, à une «époque où l'essentiel a déjà été dit pour la postérité», il faut «faire quelque chose de différent.» Ce credo — «Il est important quand on enregistre d'éclairer l'oeuvre sous un angle totalement nouveau, de la recréer» — énonce parfaitement le postulat qui explique la fascination exercée par Gould, celle de l'inouï. Il explique aussi les réserves qu'on peut légitimement avoir à son égard, même s'il s'agit d'un artiste hors normes.

Le parcours «Hommage à Bruno Monsaingeon» de la Cinémathèque permettra de voir les grands films documentaires du réalisateur, à commencer par une trilogie fondamentale: Richter l'insoumis, son chef-d'oeuvre, demain à 19h, suivi, vendredi, de David Oïstrakh, artiste du peuple? et, samedi, de Dietrich Fischer-Dieskau, la voix de l'âme. Après cela, vous serez sans doute convaincu que Monsaingeon est un des rares cinéastes à avoir su filmer la musique.

Collaborateur du Devoir

Hommage à Bruno Monsaingeon

À la Cinémathèque québécoise du 8 février au 9 mars.

Renseignements: (514) 842-9768, www.cinemathèque.qc.ca.