Art - L'Autriche renonce à racheter «ses» Klimt, trop chers, qu'elle va restituer

Un des célèbres portraits d’Adèle Bloch-Bauer, de Gustav Klimt, est exposé à la galerie du Belvédère de Vienne.
Photo: Agence Reuters Un des célèbres portraits d’Adèle Bloch-Bauer, de Gustav Klimt, est exposé à la galerie du Belvédère de Vienne.

Vienne — L'Autriche a indiqué hier qu'elle renonçait à racheter cinq chefs-d'oeuvre du peintre Gustav Klimt, jugés trop chers, et qu'elle les restituerait, conformément à une décision de justice, à l'héritière américaine d'une famille juive spoliée par les nazis.

«La république n'a pas les 250 millions d'euros [environ 375 millions $CAN] exigés pour garder les tableaux dans les collections publiques», a déclaré la ministre de la Culture, Elisabeth Gehrer, à l'issue du conseil des ministres à Vienne.

«Les tableaux seront immédiatement mis à la disposition» de Maria Altmann, 89 ans, une Américaine d'origine autrichienne qui avait obtenu début janvier d'un tribunal arbitral la restitution de cinq tableaux de Klimt volés par les nazis à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Exposés à la galerie (musée) du Belvédère de Vienne, ceux-ci sont considérés comme des oeuvres majeures de Klimt (1862-1918), une figure clé de l'Art nouveau et du symbolisme viennois et un des fondateurs de la Sécession viennoise en 1897.

Il s'agit notamment de deux célèbres portraits d'Adèle Bloch-Bauer de 1907 et de 1912, d'un Pommier de 1912, d'une Forêt de hêtres de 1903 et des Maisons à Unterach sur l'Attersee de 1916.

«Mme Altmann ne voulait vendre qu'à l'État autrichien, mais nous ne disposons pas, dans le budget, des sommes exigées», a confirmé le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel. «Nous ne pouvons pas racheter et ne le voulons pas», a-t-il ajouté. Mme Altmann, qui vit à Los Angeles, pourra désormais mettre les tableaux aux enchères en salle de vente.

«C'est une perte immense pour les collections publiques et pour le pays, a commenté le directeur du Belvédère, Gerbert Frodl. La ministre de la Culture a fait appel à des mécènes, mais sans pouvoir réunir les sommes» exigées, a-t-il regretté. En 2005, le budget des acquisitions des musées autrichiens s'était élevé à 70 millions d'euros (environ 105 millions $CAN).

«Il est compréhensible qu'à un tel niveau de prix, le gouvernement ait renoncé à racheter», a pour sa part déclaré Wilfrid Seipel, directeur général du Kunsthistorischen Museum, le plus grand musée de Vienne. «Le prix [demandé par Mme Altmann] a dépassé toutes les estimations les plus folles, a-t-il ajouté. Dans ces conditions, racheter aurait frisé l'irresponsabilité. Même les mécènes ont renoncé devant les exigences» de Mme Altmann, selon lui.

Parmi les mécènes envisagés figuraient la Banque centrale, une chaîne de supermarchés et l'ancien vice-chancelier et homme d'affaires Hannes Androsch.

«C'est dommage, mais le prix demandé était vraiment déraisonnable, a indiqué à l'AFP le marchand d'art viennois Karl-Heinz Essl. On verra le prix que les oeuvres atteindront sous le marteau du commissaire-priseur», a-t-il ajouté.

Au Parlement, l'opposition sociale-démocrate (SPÖ), qui avait fait du rachat des Klimt un «devoir moral», s'est indignée de l'«humiliation» que le gouvernement fait subir aux Autrichiens.

«Cinq oeuvres majeures du patrimoine artistique national vont partir alors que le gouvernement avait la possibilité de régler toute cette affaire à l'amiable», a déclaré le chef du groupe parlementaire SPÖ, Josef Cap.

En 1999, Mme Altmann avait fait à l'Autriche une proposition d'accord amiable que Vienne avait laissée sans réponse. Elle avait alors engagé aux États-Unis une procédure judiciaire, laquelle a occasionné quelque 3,5 millions d'euros (environ 5,25 millions $CAN) de frais à la république alpine.