David Fray: la jeunesse mûre

«Au fou!», pourrait-on crier à voir David Fray, un jeune artiste de 24 ans, se lancer dans le bain discographique avec la Wanderer-Fantasie de Schubert et la Sonate en si mineur de Liszt. Quelques références? Maurizio Pollini et Alfred Brendel dans la première oeuvre, Vladimir Horowitz, Claudio Arrau et Krystian Zimerman dans la seconde! Le combat est-il perdu d'avance? Non, car combat il n'y a pas.

Pour David Fray, il n'est pas question de joute, ni avec d'hypothétiques concurrents, fussent-ils légendaires, ni avec le piano. Son programme, il l'avait «exsudé» il y a tout juste un an, le 1er février 2005, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur dans un concert tétanisant, une des dix grandes soirées classiques de la saison passée. Les sessions d'enregistrement au Domaine Forget, une semaine plus tard, l'ont apparemment vu rassuré par ce rendez-vous pacificateur.

En concert cette semaine

À l'occasion du retour à Montréal de David Fray pour une série de concerts avec l'Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin, qui commence ce soir au théâtre Hector-Charland de L'Assomption et qui fera halte au théâtre Maisonneuve lundi, ATMA publie mardi ce CD qui témoigne de cette sérénité et de cette maturité.

David Fray, élève de Jacques Rouvier au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, a vu sa carrière propulsée par le Concours musical international de Montréal en 2004. Il y a glané «seulement» le deuxième prix parce que l'enseignement de la musique en France ne prépare pas les meilleurs éléments à l'épreuve du concerto, déterminante dans les concours. En ce soir de finale, dans le Concerto en sol de Ravel, il jouait pour la première fois avec orchestre! Mais le talent était palpable, évident.

Ce jeune homme, passablement nerveux mais imprégné de son art, a depuis lors connu tous les honneurs dans sa patrie et a eu l'occasion, avant de rejouer quatre fois en une semaine le Concerto en sol de Ravel à Montréal, de s'aguerrir à la discipline, notamment en compagnie de Christoph Eschenbach et de l'Orchestre de Paris. Il nous donnera également l'occasion d'entendre sa vision des Nuits dans les jardins d'Espagne de Manuel de Falla.

Une force simple

Pour en revenir au disque, ce que nous entendons est empreint d'une force simple, à l'image de ces nuances fortissimo jamais «claquées». C'est bien la plus belle qualité musicale dont on puisse témoigner dans deux oeuvres où les pianistes qui font bing bang sur leur clavier sont fort nombreux, pour une part parce que beaucoup ne voient pas au-delà du tapage virtuose mais aussi parce que c'est ce qui marche auprès du public.

David Fray aborde ces chaînons essentiels du répertoire pianistique en musicien. Il clarifie les structures et expose le texte musical. À ce titre, ses passages fugato dans les deux partitions sont particulièrement bien construits. Dès le début des oeuvres, où l'artiste prend garde de ne pas les attaquer trop fort ni trop abruptement, la maturité musicale est patente.

Pour faire le lien entre la Wanderer-Fantasie et la Sonate de Liszt, David Fray a choisi deux lieder de Schubert transcrits par Liszt: l'apaisé Du bist die Ruh et Der Doppelgänger, qui sonde les tréfonds de l'âme humaine. La hauteur de vue de son jeu y glace le sang.

Pour risquée qu'elle fut, l'entrée en matière discographique de cet artiste est pour le moins éloquente.

David Fray:

- Au disque: Schubert et Liszt. ATMA ACD2 2360. À paraître le mardi 7 février.

- En concert: David Fray et l'Orchestre Métropolitain, en concert les 3, 6, 7 et 10 février. www.orchestremetropolitain.com; % (514) 598-0870.

Collaborateur du Devoir