Joe Dassin aux couleurs de l'été indien

Stefie Shock
Photo: Jacques Grenier Stefie Shock

Le disque s'intitule Salut Joe!, et tout un tas de chanteurs, de chanteuses et de groupes d'ici y perpétuent les rengaines déjà persistantes du fils à Jules Dassin (le metteur en scène de Touchez pas au grisbi). Stefie Shock s'y paie Le Moustique en mambo, Guy A. Lepage et Marc Labrèche y partagent Salut les amoureux, Pierre Lapointe s'y perd très volontairement Dans les yeux d'Émilie, et ainsi de suite.

Cette compile de refontes des tubes de Joe Dassin, le gérant de Stefie Shock en avait rêvé, déclare le codirecteur artistique Stefie Shock de l'autre côté de ma table de salle à manger. Pratique, c'est l'an dernier, l'année des 25 ans de la disparition dudit, que la fée des songes agita sa règle à calcul. L'idée, cela dit, n'était pas neuve: dès 1993, des Français formaient L'Équipe à Jojo, disque-hommage plus que sympa au même Dassin. À la fin des années 90, Monique Giroux animait tous les mois un Cabaret des refrains pareillement consacré au corpus ravivé d'un grand de la chanson. Qui plus est, la mode est depuis deux ans aux hommages sur CD, sur DVD ou les deux, Ferland et son Petit Roi en tête. Qu'à cela ne tienne: une bonne idée fait toujours des petits, légitimes ou pas.

«Ce qui est drôle, c'est qu'on a raté l'anniversaire [en août dernier] et que tout se met à sortir en 2006», précise Stefie sans rire. Tout, c'est aussi la comédie musicale que prépare pour l'automne l'Équipe Spectra, désormais détentrice des droits sur le nom. C'est également le spectacle d'un soir que les artistes de la compilation Salut Joe! présenteront en mars. «En espérant que les artistes soient disponibles», interjette Mathieu Dandurand, réalisateur de l'album. «Dans ce genre de projet, les questions de disponibilité, ça fout toujours un peu le bordel.»

Explication

Ce genre de projet commence toujours de la même façon: directeur artistique, producteur et réalisateur établissent une liste idéale d'interprètes et de chansons. L'épreuve de réalité suit, la liste rétrécit. À la fin, on a qui on peut. Parfois pour le mieux. «Les Cowboys Fringants devaient faire Dans les yeux d'Émilie, révèle Dandurand sans gêne. Pour Pierre Lapointe, on pensait à Champs-Élysées. Les Cowboys se sont désistés. C'est à Pierre qu'est revenue Émilie. On a été gagnants: c'est une super version.» On avait aussi pressenti Mes Aïeux pour reprendre Les Dalton. Chou blanc. «Simple question d'horaire.»

Du côté heureux des choses, il y a les artistes qui, non seulement disponibles, avaient déjà des chansons en tête. «Les Breastfeeders sont arrivés avec leur version toute faite de Bip-Bip, évoque Dandurand. Personne ne connaissait la chanson. Mais c'était tellement Breastfeeders! Une belle surprise.» Stefie: «Moi, c'est Le Petit Pain au chocolat, ma belle surprise. Elle n'était pas sur la liste, mais Sébastien Lacombe la sentait. Et il me l'a fait aimer.» Belle liberté d'action compte tenu de l'objectif de base: vendre un max de petites rondelles avec un trou au milieu. «C'était la beauté de l'exercice, commente Stefie. On voulait ramasser large parce que le public de Joe Dassin est large, mais on voulait aussi quelque chose de cool parce que Joe Dassin est en même temps un artiste culte.» D'où les Breastfeeders, Dobacaracol. D'où Mario Pelchat, Éric Lapointe.

Stefie fournissait les musiciens au besoin. «Mon band joue sur la majorité des tounes. Mais ce n'est pas homogène pour autant. Chaque chanson avait son approche, et on ne cherchait ni à faire moderne ni à reproduire le son d'époque de Dassin. On voulait jusque que ce soit le fun à écouter.» Le plaisir n'est jamais plus palpable que dans L'Été indien, où Stefie assure les récitatifs et Mara Tremblay les parties chantées. «Mara, là-dedans, me donne des frissons. T'as les deux côtés d'elle qui ressortent: son côté petite fleur et son côté "dark". Et puis, j'aime comment on a détourné la chanson avec une finale un peu apocalyptique, dans le genre d'I Want You (She's So Heavy) des Beatles.»

Un tel disque, c'est aussi le bonheur de travailler avec des artistes de qualité supérieure. «Voir Patrick Norman faire sa toune [Dans la brune du matin, adaptation d'Early Morning Rain] en une prise, guitare et voix, c'était quelque chose», rappelle Dandurand. Stefie renchérit: «Ç'a été fait avec quatre musiciens, en prise directe, comme les sessions d'Elvis, let's go! Très impressionnant. Et le plus beau là-dedans, c'est que Patrick va jouer la chanson dans ses spectacles. Notre vraie récompense, c'est ça. Le trip qui continue après le disque.» Rien de mieux qu'un rêve éveillé.

Collaborateur du Devoir