Mois de l'histoire des Noirs - Un devoir de mémoire et d'ouverture

De Mathieu Da Costa, premier Noir a avoir posé le pied en sol canadien en qualité d'interprète de Samuel de Champlain, en 1604, à l'entrée fracassante de Michaëlle Jean à Rideau Hall, l'an dernier, l'histoire de la communauté noire au Canada a connu bon nombre de chapitres qui méritent d'être revisités, les bons comme les plus douloureux.

Voilà pourquoi les Montréalais ont été invités à prendre part au Mois de l'histoire des Noirs, lancé officiellement à l'hôtel de ville hier. Cette année, ses organisateurs veulent inscrire l'événement dans l'actualité en faisant d'«une mémoire vivante qui témoigne de notre époque» le thème central de cette célébration qui a longtemps été perçue comme un strict devoir de mémoire.

Mais à la Table ronde du Mois de l'histoire des Noirs, on veut aussi écrire l'histoire à venir, explique sa présidente, Élisabeth Dembil. «Le mois sert d'abord à ouvrir le dialogue. On ne veut pas reprendre les récriminations habituelles, on veut avant tout dresser des ponts.» Au sein de la communauté noire, bien sûr, mais aussi avec tous les Montréalais.

À cet égard, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a rappelé hier l'adoption en janvier d'une charte montréalaise des droits et responsabilités qui garantit l'égalité des droits des personnes. «Montréal est la première des grandes villes canadiennes à adopter un tel guide», a rappelé le maire.

Ce mois est aussi l'occasion de souligner les bons coups qui sont souvent éclipsés par le chômage, le profilage ou la violence qui minent la communauté noire. «On a voulu mettre l'accent sur le changement qu'on sent dans le domaine politique. On a eu une gouverneure générale, on a deux députés au Bloc, une autre à Québec», rappelle Mme Dembil.

Cette année sera aussi l'occasion de mettre en avant la contribution des femmes, précise la présidente. «Les femmes passent mieux. On a des commissaires, une juge, des avocates, des médecins. Elles sont plus tenaces et plus persévérantes. Mais il n'est pas question ici de discréditer les hommes, nous voulons simplement saluer cet effort.»

Cette visibilité se traduit dans les hommages qui seront rendus cette année. Outre la gouverneure générale, l'organisme honorera la mémoire de celle qu'on a appelée la mère des droits civiques aux États-Unis, Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale au pays de l'oncle Sam.

Même constat sur le tableau des 12 lauréats 2006. Pas moins de neuf femmes y figurent, notamment Muna Mingole, jeune artiste de la relève québécoise originaire du Congo, Lutumba Ntetu, directrice du département des sciences humaines à l'Université du Québec à Chicoutimi, et Violet Grant States, première femme noire membre d'un orchestre symphonique à jouer au Carnegie Hall.

Grâce au réseau des maisons de la culture de la Ville, les Montréalais pourront découvrir les diverses facettes de la culture des communautés noires tout au long du mois de février. Mentionnons entre autres la pièce de théâtre Haïti, 200 ans... un nouveau chapitre, mise en scène par Maka Kotto, les concerts de jazz de Harold Faustin et Dawn Tyler Watson, l'hommage rendu à Léopold Sédar Senghor et à Aimé Césaire ainsi que la projection du film Angélique 1734, qui retrace la vie de Marie-Josèphe Angélique, cette jeune esclave noire exécutée sur la place publique de Montréal en 1734.