Mois Multi à Québec - L'inclassable Claudie Gagnon

Le Mois Multi présentera également, à compter du 16 février, une nouvelle installation d’Émile Morin et Jocelyn Robert intitutlée Espèces
et quasi-espèces.
Source: Ivan Binet
Photo: Le Mois Multi présentera également, à compter du 16 février, une nouvelle installation d’Émile Morin et Jocelyn Robert intitutlée Espèces et quasi-espèces. Source: Ivan Binet

Québec — Le Mois Multi a beau être la grand-messe du multimédia et des nouvelles technologies, son lancement se fera ce soir sous les auspices d'une véritable prêtresse du low tech, l'inclassable Claudie Gagnon.

L'imaginaire de la dame est si particulier qu'on s'en veut longtemps d'avoir manqué ne serait-ce qu'une seule de ses audaces. On était justement passé à côté de sa dernière installation, Potirons et verroterie (2004), à la campagne, dans le comté de Lotbinière. La légende raconte qu'on y présentait notamment une colonie de citrouilles géantes...

Et voilà que Claudie Gagnon est de retour en ville le temps de trois prestations qui feront sûrement salle comble. Difficile de ne pas se laisser charmer par l'univers de cette artiste inclassable. Dans la pièce Amour, délices et ogre, les enfants se promenaient dans un gâteau gigantesque regorgeant de sucreries et de curieux personnages. Ses Petits miracles misérables et merveilleux, vus au FTA en 2001, mettaient en scène des tableaux vivants où se croisaient des références à Alfred Hitchcock et aux contes de Perrault.

Les tableaux vivants servent cette fois-ci l'imagerie des saturnales, les fêtes romaines de l'hiver. «Ce sont des fêtes où on renversait les rôles. Les femmes étaient des hommes, les esclaves étaient des maîtres, explique-t-elle. Je m'intéresse à la fête avec un grand F, dont l'esprit se perd de plus en plus. Et pourtant, c'est essentiel. La fête, c'est un moment de catharsis sociale. Dans ce cas-ci, c'est une célébration où l'extrême noirceur appelle la lumière.»

À propos de la forme que cela prendra, l'artiste reste évasive afin de ne pas gâcher l'effet des surprises au coeur du spectacle. On sait quand même que neuf personnes se partagent tous ces rôles silencieux, auxquels deux «musiciens bruiteurs» (Martin Bélanger et Frédéric Lebrasseur, alias Rancho Banjo) prêteront leur voix. «C'est une série de saynètes sans trame narrative, sans mode d'emploi. Il n'y a pas de programme. Cette fois, j'ai aussi fait appel à un chanteur lyrique, Karl Vincent. Il a pris le train des fous!»

À mi-chemin entre les arts visuels et le théâtre, les oeuvres de Claudie Gagnon visent justement à casser la routine de la représentation artistique. «Je viens des arts visuels, et il y a quelque chose de monastique là-dedans qui me laissait insatisfaite. Un vernissage avec un verre de vin, ça ne me suffisait pas comme contact avec les gens. Dans le fond, j'ai essayé de mettre les arts visuels sur scène, mais je n'ai pas la prétention de faire du théâtre.»

L'artiste tient beaucoup à ce que ses oeuvres demeurent sans prétention, justement, et c'est avec une sorte de fierté qu'elle nous dit «qu'il n'y a pas eu beaucoup de répétitions pour conserver le côté brut du spectacle». On aura compris que Claudie Gagnon ne souffre pas beaucoup du stress des premières. «Non, je n'ai pas ce problème-là... Il ne faut pas oublier que c'est juste un spectacle et que si tu situes ça dans l'univers, ce n'est pas grand-chose!» Quand même, on ne se permettra pas de le manquer.

- Saturnales, de Claudie Gagnon, ce soir, demain et vendredi à 19h30 à la salle Multi de Méduse (591, rue Saint-Vallier Est) à Québec. www.moismulti.org.

Collaboratrice du Devoir