Entrée en vigueur de la loi obligeant le dépôt légal - Le patrimoine cinématographique et télévisuel québécois sera désormais sauvegardé

Une centaine d'années après la naissance du cinéma au Québec, les films font l'objet d'un dépôt légal à partir d'aujourd'hui, tout comme les émissions de télévision.

Yolande Racine, directrice générale de la Cinémathèque québécoise à Montréal, où les films devront maintenant être déposés, constate que plusieurs oeuvres du patrimoine cinématographique québécois sont malheureusement disparues. Mais c'est une situation qui ne pourra plus se reproduire, avec l'entrée en vigueur aujourd'hui de la loi 69.

Cette loi a été adoptée par l'Assemblée nationale en décembre 2004 pour permettre la fusion de deux grandes institutions, la Bibliothèque nationale du Québec et les Archives nationales du Québec (qui seront dirigées par Lise Bissonnette). La fusion a été officiellement complétée hier avec la création d'une nouvelle institution, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ).

La nouvelle entité a pour mission de rassembler, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois publié (même hors de ses frontières), archivistique et, ce qui est nouveau, le patrimoine filmique.

La BANQ a donc confié à la Cinémathèque québécoise le mandat de conserver les documents sur films, et les producteurs sont maintenant tenus de déposer gratuitement une copie de leur oeuvre à la Cinémathèque, dans les six mois suivant la première présentation au public de la version définitive du film.

La loi couvre les productions qui ont reçu un financement public, ce qui représente «environ 98 % de toutes les productions», explique Yolande Racine. La Cinémathèque s'attend à recevoir annuellement environ 35 films, 1400 «éléments de télévision», dit-elle, et un nombre indéterminé de vidéos d'artistes.

Il faut toutefois signaler que Radio-Canada et Télé-Québec sont tenues de conserver les émissions qu'elles produisent elles-mêmes. Les oeuvres télévisuelles déposées en dépôt légal sont celles qui proviennent des producteurs indépendants (ce qui représente la grande majorité des oeuvres diffusées à la télévision).

Gestion d'espace

Le gouvernement québécois a accordé à la Cinémathèque un budget annuel supplémentaire de 500 000 $ pour remplir ce mandat.

Les oeuvres seront conservées dans l'actuel entrepôt de la Cinémathèque à Boucherville. «Nous savons que nous avons de la place pour environ cinq ans, explique Yolande Racine, mais il faudra ensuite penser à un agrandissement.»

Dans le passé, les oeuvres étaient envoyées à la Cinémathèque sur une base volontaire. Même si beaucoup d'oeuvres sont disparues au fil des ans, la Cinémathèque possède tout de même 100 000 «éléments audiovisuels», selon Mme Racine, et environ 50 000 attendent d'être traités. «Nous découvrons toujours de nouvelles oeuvres, ajoute-t-elle, par exemple quand un laboratoire ferme et qu'un camion plein nous arrive tout à coup!»

Forte des expertises et des ressources combinées des deux anciennes institutions, la BANQ a également le mandat d'offrir aux citoyens un accès démocratique au patrimoine documentaire et d'encadrer les organismes publics dans la gestion de leurs archives.

Dans cet esprit, les neuf centres régionaux des Archives nationales, dont ceux de Montréal et de Québec, deviennent les répondants régionaux de la nouvelle institution. Ils continuent donc de desservir la population québécoise, qui n'aura plus à frapper à deux portes différentes pour ses recherches. «Pour donner un exemple, ce sera maintenant un guichet unique pour toutes les recherches en généalogie», indique au Devoir Colette Proulx, porte-parole du ministère de la Culture et des Communications.