Cure de rajeunissement pour le 1253 McGill College

L’édifice conçu par Ross & Macdonald accuse ses 78 ans.
Source: Polaris Immobilier
Photo: L’édifice conçu par Ross & Macdonald accuse ses 78 ans. Source: Polaris Immobilier

Le dernier immeuble à bureaux d'époque de la rue McGill College, le 1253, situé entre Sainte-Catherine et Cathcart, connaîtra une seconde vie. Polaris Immobilier a annoncé hier son intention de revitaliser complètement l'édifice conçu en 1927, une initiative qui a été chaudement saluée par le chien de garde du patrimoine architectural, paysager, urbain et social de la métropole, Héritage Montréal.

Pour l'organisme indépendant, ce geste montre que son message de préservation fait des petits du côté du privé. «Depuis quelques années, on sent qu'il y a un vent en faveur de la rénovation, mais qu'on le fasse avec autant d'affirmation, ça, c'est inhabituel», a lancé d'entrée de jeu le directeur des politiques d'Héritage Montréal, Dinu Bumbaru.

L'édifice conçu par Ross & Macdonald — la firme à laquelle on doit l'ancien grand magasin Eaton et l'hôtel Château Laurier à Ottawa — accuse ses 78 ans. Si sa façade reste relativement inchangée, celui qu'on a longtemps appelé le Confederation Building montre aujourd'hui de nombreuses cicatrices. Par exemple, ses plafonds en sont venus à masquer la partie supérieure des fenêtres au fil des modernisations.

Polaris Immobilier aurait pu se contenter de moderniser l'immeuble, mais le promoteur a plutôt choisi d'investir 20 millions dans un projet complexe de revitalisation qui fera passer l'édifice de la catégorie C à la catégorie A. «Notre objectif est double: conserver les charmes d'antan de l'édifice tout en comblant les besoins des locataires de demain», explique son directeur de marketing et location, André Cassis.

Question de faire le pont avec le passé, Polaris a confié les travaux de la façade à la firme Duschesne & Fish/D.F.S. inc architectes, née des cendres... de la Ross & Macdonald! Son mandat consiste à redonner à la façade son élégance d'autrefois en préservant son style européen. Les travaux vont déjà bon train et devraient être parachevés au printemps.

La transformation intérieure a pour sa part été confiée à la firme Lemay associés, qui s'est illustrée à Montréal avec l'hôtel W. Même si une touche new-yorkaise a été retenue, la préservation restera la priorité de la firme. «On veut garder le plus d'éléments possibles, de manière à préserver ce qui donne à l'édifice tout son caractère», a précisé hier le directeur du projet, Pierre Brais. À terme, le 1253 McGill offrira 150 000 pieds carrés d'espace à bureaux modulables sur neuf étages ultra-modernes.

Cette volonté d'une firme privée de conserver les richesses patrimoniales de son parc immobilier devrait servir d'exemple aux institutions publiques, a estimé hier Dinu Bumbaru. «Les investisseurs privés font attention à leur argent tandis que ceux qui dépensent l'argent du public le font souvent sans discernement.»

À Héritage Montréal, on s'inquiète de voir que les principaux projets architecturaux viennent du public, un secteur où le souci d'exemplarité est très souvent évacué, sinon absent. «Prenez seulement le nouveau pavillon de l'UQAM. Il a beau être vert, il a quand même été construit sans permis!», rappelle M. Bumbaru.

Selon l'organisme, Montréal aurait avantage à se doter d'un registre des investissements privés dans ce domaine. «La Ville a développé des cadres juridiques et scientifiques pour préserver son patrimoine, mais elle n'a aucun outil financier à proposer aux investisseurs», a déploré Dinu Bumbaru.