• Gabriel RACLE - Inscrit 5 mai 2008 07 h 54

    Tensions en Géorgie

    Pour bien comprendre ce qui se passe en Géorgie, il faut faire un petit retour en arrière, car les problèmes actuels tirent leur origine bien en arrière. Il faut d'abord rappeler que lors de leur rencontre à Saint-Pétersbourg, en juillet 2006, à l'occasion du sommet du G8, les présidents Bush et Poutine se sont entretenus en tête-à-tête et ont «parlé essentiellement de la Géorgie», comme l'a indiqué le président russe. On ignore ce qui s'est dit, mais l'échange a dû porter sur la tension entre la Russie et la Géorgie, dont le président pro-occidental, Mikheil Saakachvili, est soutenu par Washington.
    D'où provient donc cette tension indirecte entre Moscou et Washington? La Géorgie est un petit pays de 4,5 millions d'habitants, qui occupe une position stratégique au bord de la mer Noire, entre la Fédération de Russie, la Turquie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Longtemps inféodée au pouvoir russe, à partir des années 1800, la Géorgie proclame son indépendance en 1918, à la suite de la révolution bolchevique.

    Mais en 1921, l'armée rouge envahit le pays qui devient en 1936 la République socialiste soviétique de Géorgie, dont le plus célèbre représentant est un certain Joseph Staline. Le 9 avril 1991, peu avant l'effondrement de l'URSS, la Géorgie déclare à nouveau son indépendance. Mais l'Adjarie et l'Abkhazie, qui avaient le statut de républiques autonomes, et l'Ossétie du Sud, celui de région autonome, incluses dans la République socialiste soviétique de Géorgie souhaitent leur indépendance et la proclameront par la suite.

    Et c'est de là que vont découler les problèmes entre Tbilissi, capitale de la Géorgie, Moscou et Washington. D'un côté, la Russie a pratiquement toujours exercé un solide contrôle sur la Géorgie. Dans son édition du 30 octobre 1999, le journal « La République » de Géorgie publiait des propos de Mikhaïl Souslov (1902-1982), l'idéologue du parti bolchevique de Russie et du parti communiste d'URSS: «Nous devons tenir compte du fait que les Géorgiens se différencient fortement de nous, et que tôt ou tard, ils poseront la question de l'indépendance et de la liberté. Nous devons commencer à les affronter en Abkhazie. En profitant de l'Abkhazie, nous accorderons l'indépendance à la Mingrélie, la Svanéthie et l'Adjarie. Nous raviverons ainsi les sentiments provinciaux et nationaux entre eux. Nous devons dresser la Géorgie occidentale contre la Géorgie orientale et jouer le rôle de conciliateurs. Nous devons simultanément persuader scientifiquement les Géorgiens qu'ils sont issus de pays divers et qu'ils sont les représentants de diverses nations, ce qui nous donnera la possibilité de les chasser définitivement du territoire géorgien.»

    Que subsiste encore l'esprit de tels propos dans les sphères du Kremlin et qu'il inspire l'action de Poutine n'a rien de surprenant. Moscou, qui soutenait en sous-main les régions qui ont proclamé leur autonomie et sont en conflit avec Tbilissi, y maintenait des bases militaires. Il vient de renforcer cette présence et d'équiper les indépendantistes d'armes antiaériennes pour abattre les drones géorgiens, en s'en chargeant probablement directement.

    Par ailleurs, la «Révolution des roses» de l'automne 2003 a contraint à la démission le président, Edouard Chevardnadzé, ancien ministre géorgien des affaires étrangères de l'URSS, remplacé par M. Saakachvili, président du Mouvement national démocrate et pro-occidental. Les États-Unis, qui ont favorisé la Révolution des roses, appuient ce nouveau gouvernement et l'adhésion du pays à l'OTAN, dont il n'est pour l'instant que partenaire. Mais, cette avancée proaméricaine à la frontière sud de la Fédération de Russie n'est pas pour plaire à Moscou, d'autant plus qu'il a perdu le contrôle rigide qu'il exerçait sur toute la mer Caspienne, à l'exception de la côte iranienne, et sur son pétrole. L'alliance des États-Unis, de la Turquie, de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan a permis la création d'un oléoduc qui va de Bakou à Ceyhan (Turquie) et contourne la Russie.

    Et voilà qu'en juillet dernier, le Parlement géorgien a demandé le retrait immédiat des soldats russes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, où ils étaient intervenus pour rétablir la paix dans le conflit avec le gouvernement central de Géorgie. M. Saakachvili, qui a promis de reprendre le contrôle des deux régions, a accusé la Russie de tenter d'annexer une partie du territoire géorgien, car ses habitants se voient attribuer des passeports russes. Pour Moscou, la demande du Parlement géorgien est une provocation. Pour Washington, la Géorgie doit récupérer l'ensemble de son territoire. Le regain de tensions en Géorgie oppose donc, indirectement, Russes et Américains. De plus, l'implantation de bases militaires de l'OTAN en Bulgarie et en Roumanie, particulièrement la base aérienne de Mihaïl-Kogalniceanu, proche de la mer Noire, utilisée par les États-Unis lors de leur intervention en Irak.
    Et la Russie voit d'un mauvais oeil la promesse de Bruxelles d'admettre l'Ukraine et la Géorgie dans l'OTAN, même si rien de définitif ne s'est fait lors de la réunion de Bucarest, les Européens s'opposant aux États-Unis pour ne pas vexer la Russie. Précaution inutile, semble-t-il. Comme l'avait déclaré le ministre russe de la Défense: «Si cela a lieu, la Russie sera contrainte de revoir ses rapports avec l'OTAN et de prendre des mesures supplémentaires en vue de défendre ses intérêts nationaux». Sous une apparente façade de bonne coopération avec l'OTAN, des problèmes de fond subsistent donc, dans lesquels se retrouvent des pays de la mer Noire.
    Car, charnière entre l'Europe, l'Asie et le Moyen-Orient, la mer Noire occupe un espace stratégique où se concentrent de nombreux enjeux d'importance mondiale. Mer continentale presque fermée, la mer Noire ne communique avec la Méditerranée que par les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Elle est entourée par l'Ukraine, la Russie, la Géorgie, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie. Son nom viendrait de l'attribution asiatique de couleurs aux points cardinaux: noir pour le Nord, blanc pour l'Ouest, rouge pour le Sud et vert pour l'Est. Cette mer au nord de la Turquie a reçu le nom de mer Noire, comme la Méditerrané est la mer Blanche en turc.

    Déjà du temps des tsars, l'accès à cette mer «chaude» revêtait une grande importance. Pierre le Grand (1682-1725), qui rêvait de relier la mer Caspienne à la mer Noire par un canal, s'empare de la mer d'Azov en 1696 et l'impératrice Catherine II poursuit son oeuvre en conquérant la Crimée et en battant les armées turques. C'était la fin de l'isolement russe. Avec le régime soviétique et la guerre froide, c'était un «lac soviétique», puisque seule la Turquie faisait exception. Une importante flotte était basée en Crimée. Mais les bouleversements entraînés par la chute du mur de Berlin, la disparition de l'URSS (1991), les «révolutions» en Géorgie (2003) et en Ukraine (2004), ont profondément changé la donne. Pour la Russie, qui ne contrôle qu'une étroite bande côtière, il s'agit d'un recul géopolitique important, source sinon de conflit ouvert, du moins de frictions et de tensions.
    Et pour ce qui concerne plus spécifiquement la Géorgie, il faut ajouter que les États-Unis entretiennent des liens privilégiés avec elle. En mars 2005, le parlement géorgien a ratifié un accord de coopération militaire qui offre de nombreux avantages à l'armée américaine. Sa ratification a suscité de vives mises en garde à la Géorgie de la part de Moscou. De plus, en juin dernier, les membres du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) se sont réunis à Bakou pour discuter du projet de livraison de pétrole d'Azerbaïdjan via la Géorgie par la mer Noire vers un oléoduc ukrainien Odessa-Brody, qui passe près de la frontière polonaise, et de la création d'une force conjointe de maintien de la paix des pays membres du GUAM, qui pourrait être utilisée pour régler des conflits régionaux sous le mandat du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

    Ces conflits latents traduisent, comme l'indiquent les analystes, que la région de la mer Noire est devenue une zone de confrontation entre deux conceptions opposées, l'une «euro-atlantique» et l'autre «euro-asiatique» ou prorusse. Et l'un des enjeux de cet affrontement, c'est l'énergie, abondante dans le bassin de la Caspienne, en pétrole et en gaz. L'Europe cherche à s'assurer des approvisionnements ne provenant pas de la Russie. Les États-Unis ont contribué à la construction de l'oléoduc Bakou-Tiblissi-Ceyhan, qui assure l'exportation du pétrole de la Caspienne vers la Turquie sans passer par la Russie, et le gazoduc Bakou-Erzerum (Turquie). Un autre projet est le gazoduc Nabucco reliant l'Azerbaïdjan à la Hongrie, en évitant la Russie. En juin 2006, les Européens approuvaient le projet, en concurrence directe avec la société russe Gazprom.

    «L'importance stratégique de la mer Noire, lieu de passage du gaz et du pétrole de la mer Caspienne et moyen d'accès à la Méditerranée par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, n'est plus à démontrer. Elle explique les convoitises dont cette zone est l'objet depuis longtemps», écrivait Thomas Ferenczi dans son Voyage autour de la mer Noire, des convoitises qui risquent de se prolonger encore longtemps. Ainsi, derrière les tensions actuelles, qui concernent directement la Géorgie, se manifeste non seulement un problème géopolitique, Moscou voulant éviter un « encerclement » qu'il dénonce, mais aussi une question énergétique capitale, celle des approvisionnements occidentaux en gaz naturel et en pétrole.

  • Gerry Pagé - Inscrit 5 mai 2008 08 h 12

    L'art de réinventer le diable et les feux de l'enfer.

    Si on résumait l'activité politique et le comportement de tous les hébétés du grand zoo terrestre, comme vous le faites, avec tous les avantages et les inconvénients de vos oublis opportunistes dont le texte d'aujourd'hui est soumis à vos seules ponctuations, ce qui est votre privilège, c'est à se demander où se trouverait la queue d'un rat sorti des labos de votre poutine journalistique, même si la chose, à toute fin pratique, ne serait d'aucun intérêt.

    Si les USA, la Russie, la Chine, Cuba et combien d'autres États de l'Afrique et d'ailleurs, sont gouvernés par des démons et diaboliques créatures de la désincarnation du troisième millénaire, Monsieur Truffaut, dites-nous donc où sont les anges et leurs paradis terrestres, tels que vous les imaginez, afin que nous puissions arrêter le choix de nos prochaines vacances.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

  • Serge Charbonneau - Inscrit 5 mai 2008 10 h 09

    Le diable

    Ah! Ces méchants Russes!
    On n'en sortira jamais. Ils violent l'espace aérien avec des drones!
    C'est bien eux, ça!
    Jamais on n'oserait ici ou aux États-Unis survoler un espace illégalement. On évite même de regarder les photos satellites que l'on prend des territoires "ennemis".

    Mais les Russes... et ce vicieux de Poutine... un ancien du KGB... c'est tout dire!
    Il faut le surveiller le dictateur.
    Merci, mon bon Serge Truffaut, de nous mettre sur nos gardes.
    Les agissements russes sont vraiment contre la démocratie et les droits humains.
    Je devine tous ces Irakiens et ces Afghans qui se mobilisent pour que l'on surveille de près ces méthodes russes antidémocratiques.

    «Le forcep de Poutine» baigne dans la sauce dictatoriale.
    Il faut y voir, mes amis!
    L'OTAN doit permettre au plus vite les installations du bouclier à missiles démocratiques pour sauver les droits humains.

    «voilà que les autorités russes viennent d'ordonner une augmentation du contingent militaire que Moscou a déployé en Abkhazie»

    En effet, Poutine a demandé 70 milliards supplémentaires pour ses opérations militaires antidémocratiques
    http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=464

    http://argent.canoe.com/lca/infos/etatsunis/archiv

    http://www.cyberpresse.ca/article/20080502/CPMONDE


    Ce Poutine! C'est incroyable, demander 70 milliards, c'est-à-dire, 70 000 millions de dollars pour la guerre alors que le PAM demande un maigre 755 millions pour nourrir les affamés qui ne peuvent plus se payer la nourriture qui moisit sur les tablettes!

    «En recourant aux muscles, le Kremlin cherche...»
    On le voit bien, les Russes cherchent le trouble! C'est clair!
    Avec leur faramineux budget militaire, ils veulent envahir le monde et nous faire parler russe!
    Il est temps de se réveiller!
    «Détaillons.»

    La Russie s'emploie avec constance et obstination à déstabiliser la Bolivie (lire la chronique de François Brousseau).
    «Plus précisément, le Kremlin tenterait de diviser le pays avec l'espoir que...»
    «Et ce, afin de mettre à terme la main sur la... »

    «Et puisque le diable se cache dans les détails,» soulignons que c'est à Manta, en Équateur évidemment, qu'est stationnée la puissance russe selon les termes d'un bail se terminant en 2009.

    «En toile de fond de cette histoire ou plutôt de ces histoires, il y a tous ces jeux, toutes ces manoeuvres conçues, pesées, exécutées par Poutine. De quoi s'agit-il? Depuis plusieurs semaines maintenant, celui qui remettra les clés du Kremlin à Dmitri Medvedev après-demain s'applique à réduire à trois fois rien les pouvoirs dévolus au président de la Russie. En un mot, Poutine a transféré l'essentiel de ces pouvoirs à la Maison-Blanche...»

    J'avoue que toute cette histoire de méchant est un peu confuse. Mais la chose à retenir, c'est que Poutine, n'est pas un plat qui se déguste à petite bouchée.
    Poutine est un poison que les pays libres doivent se méfier.
    Il veut et peut empêcher de mettre en place un système d'attaque mondiale efficace que l'on appelle "bouclier". Cette manoeuvre est nocive pour le monde libre, la démocratie et les droits humains.

    Poutine contrôle la Russie, il contrôle les Russes et il veut contrôler le monde.
    Poutine, un mal à éliminer au plus vite.
    On cherche un mécène pouvant offrir 5 millions pour l'assassiner?
    La démocratie est en jeu.


    Serge Charbonneau
    Québec


    P.S.: Je vous recommande de lire attentivement la définition de "ironie" dans le dictionnaire.
    Je vous suggère aussi de bien comprendre le terme: diaboliser.
    Le diable est partout où l'on veut empêcher les défenseurs (sic) des droits humains de tout contrôler.

  • Xyz Abc - Inscrit 5 mai 2008 12 h 01

    Qui choisir?

    Poutine ou Bush

  • Sylvain Lavoie - Inscrit 5 mai 2008 14 h 42

    Géopolitique, quand tu nous tiens...

    Ainsi les manoeuvres du machiavélique Poutine ne feraient que confirmer les ambitions «impériales» de la Russie vis à vis de ces pauvres petits états que sont l'Ukraine et la Géorgie. Ces deux états qui veulent adhérer à l'OTAN pour se protéger de cette même Russie qui comme l'ogre de la fable, voudrait les dévorer...Il m'apparaît quelque peu étonnant que personne ne remette en cause le bien fondé de l'appartenance de la Géorgie à l'OTAN au même titre qu'on questionne l'adhésion de la Turquie à l'UE. Vous est-il venu un instant à l'esprit M. Truffaut que l'expansion débridée de l'OTAN puisse être perçue comme une menace pour la Russie? Probablement que non, puisque l'OTAN semble incarner le club des «bons» répandant joyeusement la liberté et la démocratie à tous vents tandis que la Russie elle «paranoie» de son coté. C'est vrai que la propension des USA et des ses vassaux européens et membres du club des démocraties, à répandre la liberté par les armes à de quoi rassurer...

    Vous manier à merveille l'art du sous-entendu: intangibilité des frontières quand il s'agit des «bons» et droit à la sécession quand il s'agit aussi des «bons», bref le «méchant» en prend toujours pour son rhume...Selon votre logique la population d'Ukraine orientale, russophone à 60% de surcroît et rattachée à la Russie depuis le traité de Pereyaslav en 1654, serait manipulée par le Kremlin. Avez-vous déjà envisagé que cette même population puisse s'opposer à un gouvernement ouvertement anti-russe qui a bâti son fond de commerce dans l'Ukraine de l'ouest en cultivant le ressentiment à l'endroit de la Russie. En passant selon plusieur sondages 60% de la population Ukrainienne s'oppose à l'adhésion à l'OTAN, même la passionara orange qu'est Timoshenko a dû reconnaître qu'il devait y avoir référendum sur la question! Démocratie, quand tu nous tiens...

    Dans les cas de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud, ces deux territoires détenait sous l'URSS le statut de «républiques autonomes» lors de la dislocation de l'URSS, personne ne les a consultés relativement à leur volonté d'appartenir à la Géorgie...Un autre bel exemple de démocratie! Les vélléités géorgiennes en matière d'intégrité territoriales sont tout aussi contestables que celles de la Serbie sur le Kosovo! Dans le cas de la Crimée, la population, encore une fois majoritairement russophone s'est prononcée par référendum pour le rattachement à la Russie! Mais comme l'Ukraine et la Géorgie font partie du club des «bons» alors leurs frontières sont intangibles...Et vivant dans des démocraties, les minorités, voire dans certains cas, les majorités russophones d'Ukraine n'ont aucune raisons de s'inquiéter. Quand on regarde le traitement de la minorité russe dans les pays baltes, on est en droit de se poser des questions.

    Quand à votre utilisation de la Géopolitique pour étayer votre argumentaire, sachez que cette pseudo-science ne sert qu'à essentialiser des réalités qui au départ sont fortement contestables, la «Géopolitique» n'est pas une science «naturelle» contrairement à la physique !!! Ainsi cette géopolitique des oléoducs est on ne peut plus risible: Une fois le pétrole azéri écoulé et après avoir «puni» la «méchante» Russie en n'achetant pas son pétrole et son gaz, que feront donc les européens? Ce que la Russie ne vendra pas aux européens elle le vendra à la Chine...Alors à quoi bon s'épancher et gaspiller de l'encre sur un sujet qui n'en est pas un...

  • Yvon - Inscrit 5 mai 2008 16 h 21

    Pauvre.

    On en rirait tellement il n'y a aucune mise en perspective subtile et circonstanciée. On pourrait presque croire à du café du commerce à la Foglia.

  • Virginie Lasnier - Inscrite 6 mai 2008 00 h 11

    "Détaillons" un peu plus...

    Il est intéressant de constater, qu'une fois encore au sujet de la Russie, M. Truffaut nous présente une version des faits qui, si elle a le mérite d'une certaine cohérence découlant d'interprétations dominantes, maintient malheureusement des clichés et idées qui remontent à l'époque de la guerre froide. « Détaillons » donc plus en profondeur ce que M. Truffaut soulève dans son éditorial.

    Si généralement, on veut bien aborder positivement l'éventualité que les anciennes républiques de l'URSS rejoignent les rangs de l'OTAN, il est plutôt rare qu'on tente de problématiser cet élargissement qui se poursuis depuis la chute de l'URSS et surtout, ce qu'il peut représenter pour la Russie au sujet de ses intérêts géopolitiques. Il faudrait rappeler qu'à sa création en 1949, l'OTAN avait principalement pour but d'endiguer le communisme en offrant une ceinture de sécurité aux pays de l'Europe occidentale, les protégeant ainsi contre le « rideau de fer » que représentaient les pays membres du Pacte de Varsovie. L'URSS s'étant effondré en 1991, l'OTAN a continué son expansion vers l'Est. Il demeure cependant étonnant que, dans un contexte post-guerre froide, l'on ne questionne presque jamais le rôle de cette organisation. Il ne faudrait pas oublier non plus, que pour une majorité du peuple russe (et non seulement pour Vladimir Poutine), l'OTAN reste un symbole particulièrement fort de cette période révolue et devient par le fait même synonyme de l'hégémonie américaine.

    Qui plus est, comment parler du conflit russo-géorgien en Abkhazie et en Ossétie du Sud, (qui, soit dit en passant, n'est pas né d'hier), sans prendre en considération ce qu'a pu symboliser pour la Russie, la déclaration de l'indépendance universelle du Kosovo en mars dernier, contre laquelle elle s'opposait fermement? Il est d'ailleurs surprenant de voir que tous semblent étonnés de la dégradation de la situation dans ces régions géorgiennes, lorsque les dirigeants du Kremlin avaient depuis longtemps affiché leurs couleurs à ce sujet, soulevant à tort ou à raison la création d'un précédent dangereux au niveau du droit international. En outre, M.Truffaut poursuit son argumentation en abordant la situation de la Crimée ukrainienne et le stationnement militaire russe sur ce territoire en ne présentant, encore une fois, qu'un côté de la médaille.

    Si chacun a bien sûr le droit à son opinion sur autant de sujets qu'ils soient et que l'on ne peut demander à tous et chacun d'être experts, il est tout de même déplorable que le quotidien intellectuel du Québec tourne les coins aussi ronds au sujet de l'analyse des politiques de certains pays. À ce sujet, il serait intéressant de savoir ce que M.Truffaut pense des révolutions dites de couleur, qui se sont déroulées dans l'ancien espace soviétique, notamment en Géorgie (2003) et en Ukraine (2004), en cherchant à savoir comment se porte maintenant la démocratie dans ces pays. Bien sûr, il faudrait mentionner que l'on a rebaptisé la rue principale de Tbilissi, maintenant la « George W. Bush » et que la célèbre pipeline Baku-Tbilissi-Ceyhan a enfin vu le jour. Faut-il rappeler que cette pipeline devait initialement assurer aux Américains une source d'approvisionnement alternative en pétrole, contournant et la Russie, et le Proche-Orient. Après le 11 septembre 2001, voilà qui peut paraître intéressant. Mais vous avez raison, M. Truffaut, « le diable se cache dans les détails »...

    Virginie Lasnier