Le respect de la nature en héritage

Le souhait de Sylviane Beaudry : léguer une ferme en santé aux prochaines générations.
Photo: Le souhait de Sylviane Beaudry : léguer une ferme en santé aux prochaines générations.
Après avoir étudié en orthopédagogie et enseigné pendant douze ans au Québec puis en Alberta, Sylviane Beaudry décide de reprendre la ferme familiale à l’âge de 35 ans, et ce, sans avoir jamais trait une vache. Rencontre avec une productrice au parcours atypique, qui a du front tout le tour de la tête et qui est branchée en direct sur le développement durable.

« En 2005, j’ai décidé de revenir au Québec pour reprendre la ferme de mes parents, qui est dans notre famille depuis 1840. J’avais envie de revenir à mes racines, à mon patrimoine, de me connecter à la nature et aux animaux, d’élever mes enfants à la campagne et de leur léguer ce que mes ancêtres avaient commencé. Mon frère, qui devait prendre la relève, avait décidé de s’orienter dans un autre métier, je ne voulais pas que la ferme soit vendue, et j’étais mûre pour un changement de vie. » Sylviane Beaudry ne savait pas dans quoi elle s’embarquait. Mais elle savait qu’elle était prête à relever le ou plutôt les défis. « Mes parents n’ont jamais exercé de pression pour qu’on prenne la relève. L’éducation, c’était très important pour eux, et ils souhaitaient nous donner le libre choix de vie.

Alors j’ai dû apprendre sur le tas en revenant. » Elle a visité de nombreuses fermes, échangé avec des producteurs, suivi des formations, assisté à des conférences où, de son propre aveu, elle ne comprenait pas grand-chose au début. Et, surtout, elle a su bien s’entourer. Mère de trois enfants – elle était enceinte au moment de son retour au Québec – elle a dû très vite jongler avec la conciliation ferme-famille. « Lorsque mon père m’a passé les rênes, il m’a fait confiance. Il m’a laissée faire des essais et des erreurs, et il m’a guidée quand j’en avais besoin. Mais il n’a jamais eu à faire face aux défis organisationnels auxquels est confrontée une mère de famille. »

Son secret : une planification rodée au quart de tour, parce que le métier de productrice laitière est exigeant et demande une grande polyvalence. « On touche à tout : la gestion de personnel, la mécanique, la technologie, la comptabilité, la santé, la bio­logie. Le travail est routinier, mais les journées ne se ressemblent pas. Il faut faire face aux imprévus et pouvoir être disponible 365 jours par année. »

Un engagement pour l’environnement qui ne date pas d’hier

Au fil des ans, les six générations qui se sont succédé à la ferme Clerjoye ont toutes contribué à l’évolution et à l’amélioration des pratiques agricoles dans le respect de la nature. « Si je veux assurer la continuité de l’entreprise au bénéfice de ma famille, ça passe nécessairement par une considération environnementale. C’est très important pour moi, comme ça l’a été pour mes parents et ceux qui les ont précédés. Les producteurs laitiers ne veulent pas polluer, ils veulent léguer à leurs descendants une ferme en santé – ce qui signifie des vaches, des sols et aussi des finances en bonne santé. Mes parents, qui étaient parmi les membres fondateurs du club en agroenvironnement local, ont installé une haie brise-vent il y a plus de vingt ans en plus de participer à de nombreuses initiatives. Ils ont été des pionniers en développement durable. »

« Si je veux assurer la continuité de l’entreprise pour le bienfait de ma famille, ça passe nécessairement par une considération environnementale. C’est très important pour moi, comme ça l’a été pour mes parents et ceux qui les ont précédés. »
 


Sylviane Beaudry, dans un esprit de continuité, travaille toujours avec le Groupe ProConseil, qui rassemble notamment des spécialistes en agroenvironnement et en gestion agricole. Elle a planté au fil des ans une bande riveraine et une haie brise-vent qui comptent aujourd’hui 1700 arbres et arbustes. Ce projet majeur, visant à favoriser la biodiversité et à prévenir les pertes de sol et de nutriments vers les cours d’eau, a demandé un investissement important en temps et en argent, malgré l’octroi de subventions substantielles. « Nous posons tous les gestes nécessaires et nous prenons toutes les actions pour améliorer notre bilan environnemental, précise-t-elle. Mais on fait ça à la mesure de nos moyens parce que nous vivons de notre terre, il ne faut pas l’oublier. »

Le confort animal, c’est bon pour la planète

Le plus important projet entrepris à la ferme Clerjoye – et le plus coûteux – a été la réfection complète de l’étable, qui a nécessité une longue réflexion de la part de la productrice, qui en a visité une soixantaine avant de passer à l’action. « L’aménagement du bâtiment devait assurer le confort des vaches, qui est en soi une mesure environnementale, car cela leur permet de vivre mieux et plus longtemps. Je voulais aussi augmenter la qualité de vie des personnes qui y travaillent. Et enfin, je voulais que mon étable soit solide et durable et qu’elle me plaise encore dans 20 ans. »

Depuis 2016, les vaches de Sylviane Beaudry vivent en toute liberté dans un « champ intérieur », soit un bel espace lumineux et bien aéré, où elles peuvent s’allonger confortablement. Et la productrice aime bien y passer du temps en leur compagnie !

La technologie au service des producteurs

Au cœur du projet de réfection de l’étable, l’acquisition de robots de traite et de robots d’alimentation a permis de voir à la santé, à la longévité et à la productivité du troupeau. « La lecture des données fournies par ces robots nous donne énormément d’informations sur l’état des animaux. Certains indicateurs peuvent signaler qu’une vache est sur le point d’être malade, et nous pouvons intervenir rapidement. Cela nous permet aussi d’agir de façon préventive, ce qui minimise l’utilisation d’antibiotiques. C’est clair que nos vaches sont plus en santé que jamais. »

L’interprétation des données ne s’improvise évidemment pas. Pour développer son expertise, la productrice, qui fait partie du groupe d’analyse de données du Groupe agroenvironne­mental ProConseil, a suivi des formations, écouté des balados et, surtout, échangé avec d’autres producteurs. « Ces rencontres sont très riches, elles nous permettent de parler de nos problèmes et de nos réussites. Les producteurs qui ne sortent pas de chez eux n’auront pas la chance d’avancer et de changer leurs façons de faire. »
Photo: André Daniel

Un legs pour les générations futures

Sylviane Beaudry est une passionnée, qui aime vivre à la ferme et pratiquer ce métier qu’elle a découvert un peu sur le tard. « Mon parcours a été atypique, j’ai vécu plein d’expériences, j’ai beaucoup voyagé, et j’ai dû aussi fait plein de compromis. Les enfants sont fiers de ce que nous faisons, je le sens quand ils font visiter la ferme à leurs amis. Mais comme mes parents l’ont voulu pour moi, je souhaite qu’ils vivent autre chose. Je travaille quand même fort pour que l’entreprise soit en santé, qu’elle soit attrayante pour eux ! J’aimerais beaucoup que la ferme perdure, et que certains de mes enfants ou ceux de mon conjoint, qui en a aussi trois, forment la septième génération à prendre les rênes de la ferme Clerjoye. Et s’ils ne sont pas intéressés, on trouvera une relève non apparentée ! »

Développement durable : moins, c’est toujours mieux !


À la ferme Clerjoye, le respect de l’environnement s’exprime aussi par des pratiques de consommation responsable. Voici quelques exemples.

Réduction du gaspillage de nourriture
Les robots d’alimentation permettent de répondre précisément aux besoins nutritionnels des animaux en fonction de leur état physiologique et de leur niveau de production laitière. Ils offrent l’avantage de servir les bonnes quantités d’aliments aux vaches, sans gaspiller ni les suralimenter ou les sous-alimenter.

Consommation stratégique
Comme beaucoup de producteurs agricoles, Sylviane Beaudry est allergique à la surconsommation et s’oppose aux dépenses inutiles. « À la ferme, on répare, on récupère, on achète des biens usagés, et on se pose des questions avant de faire une acquisition ou de construire quelque chose. S’informer, se renseigner, trouver des méthodes alternatives, ça fait partie de la solution environnementale. »

Compostage du fumier
Dans l’étable, on mélange à la herse le fumier des vaches avec du bran de scie, ce qui entraîne une réaction calorique antibactérienne minimisant les émissions de GES. Le compost qui en résulte est par la suite étendu dans les champs, où il fertilisera les cultures. Un bel exemple de récupération !

Minimiser l’achat d’équipement
Depuis deux ans, la ferme Clerjoye loue la majorité de ses terres à des voisins agriculteurs et utilise leur travail à forfait pour s’occuper de celles qui sont destinées à nourrir le troupeau. C’est ce qui permet à Sylviane Beaudry de bénéficier de leur machinerie de pointe et de leur expertise pour mettre en pratique des techniques durables permettant de limiter la compaction des sols. « Nous avons bien choisi nos partenaires. Cette entente fait en sorte que nous n’avons pas à acheter de l’équipement destiné à un usage limité qui pourrait devenir rapidement désuet. Nous pouvons garder nos vieux tracteurs, ce qui est bon pour le porte-monnaie, et bon pour l’environnement ! »


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