L’évolution tranquille d’une ferme traditionnelle

Sylvain Laroche et Frédérique, sa fille aînée. Photo prise le 6 septembre dernier, jour du 21e anniversaire de celle-ci et du 26e anniversaire de la ferme. L’image sur leurs T-shirts rend hommage au grand-père du producteur.
Photo: Sylvain Laroche et Frédérique, sa fille aînée. Photo prise le 6 septembre dernier, jour du 21e anniversaire de celle-ci et du 26e anniversaire de la ferme. L’image sur leurs T-shirts rend hommage au grand-père du producteur.
Sylvain Laroche avait déjà eu la piqûre environnementale lorsqu’il s’est lancé dans la production laitière il y a de cela 26 ans. Inspiré par un groupe de visionnaires, il a réduit au fil des ans l’empreinte carbone de sa « fermette du passé ». Lentement mais sûrement, en préparant le terrain pour léguer le résultat de ses apprentissages aux prochaines générations.

« Je suis tombé en amour avec les vaches assez tôt dans la vie, et ce sont elles qui m’ont mené à l’agriculture. Nous avons une connexion : si elles ne vont pas bien, je m’en rends compte rapidement, et je sais aussi quand elles sont heureuses. C’est comme ça avec toutes les bêtes qui mangent du foin : je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai de l’affection pour elles et j’apprécie leur compagnie. Je ne suis pas sauvage, mais j’aime mieux passer mon temps à travailler avec des animaux plutôt qu’avec une équipe d’humains. »

Une ferme à grandeur humaine

Sylvain Laroche tire une grande fierté de sa ferme de première génération, démarrée lorsqu’il n’avait que 21 ans dans une étable de location avant de faire l’acquisition de la ferme voisine quelques années plus tard. « Toute ma vie, j’ai entendu parler de projets agricoles : mes grands-parents et un de mes oncles avaient une ferme laitière, mon autre oncle pratiquait la culture diversifiée, et mon père travaillait pour Financement agricole Canada. » Il gère sa ferme avec l’aide de ce dernier, de son frère, qui a acheté « sur le tard » une petite ferme juste en face, et en comptant sur un seul employé à temps plein, Mathieu, qui est là depuis les tout débuts.

Avec le temps, les initiatives environnementales se sont succédé, mais à la ferme Ruisselet, la traite du petit troupeau se fait encore et toujours sans robotisation. « Encore aujourd’hui, on peut dire que j’opère une fermette du passé. J’ai une cinquantaine de vaches laitières, sans compter leur relève. Je les envoie prendre de l’air aux pâturages et c’est bien comme ça pour moi. »

Un moment charnière pour la transformation du secteur laitier

Pour Sylvain Laroche, le déclic pour le développement durable s’est produit au début des années 1990. Adolescent, il est interpellé par la question environnementale lorsqu’il donne un coup de main à la ferme d’un de ses oncles, qui collabore avec le Centre d’agriculture biologique de Sainte-Élizabeth-de-Warwick. « Ce club-conseil testait déjà de nouvelles techniques, comme la culture intercalaire entre les rangs de maïs pour freiner la pousse des mauvaises herbes ou le semis direct pour protéger les sols. » Rappelons que les clubs-conseils en agroenvironnement (CCAE) regroupent des milliers de producteurs agricoles du Québec soucieux d’adopter des pratiques durables en vue de diminuer leur empreinte carbone. « Depuis des années, ces regroupements, qui font des choses géniales, sont très, très vivants et proactifs. Ils ont stimulé et informé les producteurs. »

Autre source d’inspiration : un professeur de philosophie rencontré lors de ses études à l’ITAQ de Saint-Hyacinthe. « Il accordait une grande importance à la question environnementale et il nous a fait visiter des fermes biologiques où les agriculteurs faisaient les choses différemment. Il est certain que les gens côtoyés tout au début de ma vie agricole, qui portaient déjà une attention particulière à l’environnement, m’ont servi de modèles. »

« Je crois que les humains qui interagissent avec les vaches ont autant d’importance pour leur bien-être, sinon plus, que l’étable qui les abrite.»
 

Travailler sans relâche pour le futur

Au début des années 2000, Sylvain Laroche, avec l’objectif de favoriser l’accumulation de neige et de protéger ses terres de l’érosion éolienne, fait une tentative de plantation de bandes riveraines le long du ruisseau Brandy avec la collaboration du ministère de l’Agriculture et des anciens propriétaires de sa ferme. « Je dis “tentative” parce que ça ne s’est pas avéré un grand succès sur le coup. C’est un chemin de croix, c’est un parcours du combattant de planter des brise-vent, qui servent à accumuler de la neige pour protéger les sols, parce que la végétation et les animaux veulent prendre le dessus. L’hiver, un rongeur vient à bout d’un plant de chêne en deux heures. »

Ce chantier, qui a fini par se concrétiser, a rapidement mené à un autre, sur lequel le producteur travaille depuis des années et qui s’inscrit dans un objectif de culture biologique à long terme. « J’essaie de ceinturer ma terre au complet avec des arbres et des abris afin de bien la délimiter des terres voisines. Je fais ça pour favoriser la biodiversité dès maintenant, mais je fais ça aussi au cas où la personne qui me suivra dans 20, 25, 30 ans, aurait envie de faire la transition vers l’agriculture biologique. » Comme l’explique Sylvain Laroche, la bande tampon formée par la ceinture végétale crée une séparation avec les terres non biologiques adjacentes, et prévient la dérive de pesticides ou d’engrais qui contamineraient sols et végétaux.

Le partage des connaissances comme levier de développement durable

Que fera Sylvain Laroche pour contribuer à l’atteinte de carboneutralité du secteur laitier ? « J’ai effectué cdes recherches pour évaluer ce que je faisais déjà et pour apprendre comment améliorer mes pratiques. J’ai frappé à quelques portes pour trouver des réponses à mes questions, et dans mon cas, je crois que les changements apportés à l’alimentation des vaches – avec l’ajout de lin pour réduire la production de méthane – sont prometteurs. » Il ajoute que la question du développement durable est extrêmement complexe, dans son domaine comme dans tant d’autres, et qu’il est difficile pour un producteur ou un scientifique, même très informé, d’en maîtriser toutes les facettes. « L’éducation, la vulgarisation et le partage des connaissances sont essentiels et permettent de poser des choix judicieux. Parce qu’on apprend tous par l’exemple. »

Des gestes concrets pour assurer l’avenir


Voici quelques-unes des démarches proactives entreprises par Sylvain Laroche pour réduire l’empreinte environnementale de la ferme Ruisselet et en assurer la pérennité.

Non aux néonicotinoïdes
Les semences qui contiennent cette substance défraient depuis un bon moment la chronique, et pour cause, puisqu’elles posent des risques non seulement aux consommateurs, mais aussi aux agriculteurs et aux insectes. « La petite goutte d’eau qui perle sur le plant de maïs qui vient de sortir de terre en contient, et elle contamine les insectes. C’est sûr qu’il y a des insectes qu’on n’aime pas, mais il y en a d’autres qu’on aime beaucoup, comme les abeilles sauvages et domestiques, et chacun a un rôle à jouer. Rapidement, on a demandé à avoir accès à des semences sans néonicotinoïdes, ce qui a été difficile au début parce que le Québec est un très petit marché. Mais aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile, il suffit de demander. »

Oui à la protection de l’eau
Un défi important, auquel le producteur s’est attaqué d’emblée, dès qu’il a démarré sa ferme. « Depuis 25 ans, nous captons les eaux de la laiterie et les liquides provenant des silos d’entreposage de fourrage afin qu’ils ne se retrouvent pas dans la nature, et tout est canalisé vers la fosse. » Une solution simple, qui permet de prévenir le ruissellement vers les terres et les cours d’eau.

Contrer l’érosion avec un couvert végétal permanent
C’est, d’après le producteur, une pratique devenue incontournable. « Le couvert végétal favorise l’accumulation de neige pendant l’hiver, ce qui réduit l’érosion hydrique lors des changements de température, et contre l’érosion éolienne provoquée par le vent glacial. »

Miser sur le foin, champion de la captation de carbone
Le foin des pâturages, que les vaches aiment brouter, est pour Sylvain Laroche un allié performant. « L’érosion dans les champs de foin est pratiquement nulle ; ils sont constitués de différentes plantes vivaces, et la matière organique augmente au fil des années, à l’inverse des cultures annuelles. Un champ de foin, c’est un peu comme un iceberg : son système racinaire est beaucoup plus impressionnant que ce qu’on voit en surface. »

Développer une production maraîchère durable
En plus du foin pour le fourrage, Sylvain Laroche fait pousser en rotation du maïs, du blé et du soja pour nourrir ses vaches. Il y a quatre ans, il s’est également lancé dans une microproduction maraîchère. « Je ne connaissais rien aux légumes, et je me suis dit que tant qu’à apprendre comment les faire pousser, j’allais le faire de la bonne façon. Mon modèle d’agriculture est dirigé par le principe du “pas de”. Comme dans pas de pesticides ou d’engrais chimiques. Ce projet génère 1 % des revenus de la ferme, 3 % des dépenses et 50 % de mon stress. Il implique mes deux filles qui restent encore à la maison et ma blonde, qui prend ses vacances au moment où on ouvre le kiosque de vente. L’été, la cour est pleine ! »


Pour en savoir plus sur les efforts des producteurs de lait du Québec.
Tous nos reportages :

Le secteur laitier voit vert
À ne pas manquer : comment les producteurs laitiers du Québec s’engagent sur la voie de la carboneutralité.

Six actions clés
À ne pas manquer : les six actions clés qui permettent à notre secteur laitier de réduire ses émissions de GES et d’être l’un des plus proactifs sur la planète.

Le bien-être animal, une priorité
À ne pas manquer : une rencontre avec la productrice Sabrina Caron, qui s’est donné pour mission de faire sa petite révolution et qui a fait du confort animal une priorité.

Le respect de la nature en héritage
À ne pas manquer : les gestes environnementaux et les pratiques de consommation responsable mises en œuvre sur la ferme laitière de la productrice Sylviane Beaudry.

Retrouvez notre cahier complet.

Les Producteurs de lait du Québec s’occupent des tâches administratives et politiques reliées à la production laitière. Ainsi, les producteurs peuvent se concentrer sur ce qu’ils aiment le plus et font le mieux : prendre soin de leur ferme et de leurs animaux ! 

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l’annonceur. L’équipe éditoriale du Devoir n’a joué aucun rôle dans la production de ce contenu.

Pour en savoir plus sur Les Producteurs de lait du Québec