Abordabilité du logement : les maires et mairesses se prononcent

Les élections provinciales se profilant à l’horizon, les principaux partis politiques doivent faire connaître sans tarder leur position concernant les enjeux de l’habitation et du logement. Les grands acteurs du milieu municipal nous expliquent pourquoi il y a urgence d’agir dans le contexte socio-économique actuel.

La hausse des prix du marché locatif, la pénurie de logements décents et la surenchère immobilière, notamment, creusent les inégalités sociales et touchent tous les Québécois, qu’ils habitent dans les grands centres urbains ou en région. Or, l’accès à une habitation convenable à prix abordable est indissociable de la qualité de vie, car il favorise la cohésion sociale du Québec en permettant aux citoyens de s’intégrer à leur communauté et d’y contribuer.
À cet égard, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) se mobilise pour mettre la question du logement à l’ordre du jour des décideurs afin que ceux-ci passent en mode solutions et résolutions. Sa Déclaration municipale sur l’habitation soutient, entre autres, que les municipalités ne peuvent agir seules pour offrir un logement de qualité à tous les citoyens et qu’elles doivent aussi être davantage outillées pour faire face aux défis actuels, notamment par l’élargissement du droit de préemption et la modernisation de la loi sur l’expropriation.
Rappelons que l’UMQ représente plus de 85 % de la population et du territoire du Québec et 95 % des budgets municipaux, ce qui en fait un interlocuteur de premier plan pour les instances gouvernementales. Le message de ses membres est unanime : il faut simplifier les programmes pour s’adapter le plus possible à la réalité du terrain, et il est impératif d’assurer le financement pérenne des programmes en habitation. Comme le précise la Déclaration, « il est urgent que le gouvernement du Québec se dote d’une vision à long terme en habitation et mette en œuvre plusieurs actions stratégiques en la matière, et ce, en synergie avec le Plan d’action gouvernemental en habitation et la Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire ».
L’UMQ souligne en parallèle que le développement durable dans un contexte de transition écologique fait partie intégrante de la solution. Ainsi, toutes les actions entreprises par le gouvernement en matière d’habitation doivent non seulement contribuer à créer des milieux de vie décents, mais aussi favoriser la densification en tenant compte des particularités locales, des déplacements actifs, du transport en commun, du développement communautaire et de la protection des milieux naturels et agricoles.
Analyse de la situation avec les maires et mairesses de quatre municipalités.

La rareté des logements locatifs abordables Depuis des années, dans les grands centres urbains comme partout dans la province, l’offre locative diminue et les logements abordables sont de plus en plus rares. Le taux d’inoccupation des appartements était de 2,5 % à peine à l’échelle du Québec en 2021, avec des statistiques encore plus parlantes dans certaines régions, où le taux était sous la barre du 1 %. Une situation qui contraint les personnes les plus vulnérables à se loger dans des appartements inadéquats ou ne convenant pas à leur budget. Sans compter les ménages qui doivent s’éloigner de leur communauté pour trouver à se loger. Autre problème qui apparaît lorsque les locataires sont en situation de désavantage par rapport à l’offre : la discrimination, qui touche les personnes issues de la diversité, les immigrants, les familles nombreuses et les personnes sans emploi.
« Depuis plusieurs années, le marché montréalais de la construction résidentielle enregistre des records en matière de mises en chantier et d’ajouts d’unités, et ce, même en contexte de pandémie. Or, les prix des propriétés et des loyers montent aussi en flèche. Cela a un impact majeur sur la capacité des ménages, même ceux de classe moyenne, à trouver un logement adéquat. Les municipalités et les gouvernements ont la responsabilité d’encourager le développement d’une offre résidentielle réellement abordable et pérenne. C’est ce que nous avons fait à Montréal, avec nos règlements et programmes novateurs, et c’est ce que nous allons continuer de faire, en partenariat avec les différents acteurs de la société civile. L’habitation est au cœur du bien-être de nos collectivités. Plus fondamentalement, il s’agit d’un droit qui doit être défendu. »
– Valérie Plante, présidente du Caucus des grandes villes de l’UMQ et mairesse de Montréal
La difficulté à se loger pour les personnes vulnérables La flambée du marché immobilier incite certains propriétaires à évincer des locataires pour effectuer des rénovations majeures en vue d’une revente rapide ou d’une hausse importante de loyer. Or, lorsque les travaux ne peuvent être justifiés par un agrandissement substantiel, une nouvelle subdivision ou un changement d’affectation, il est illégal d’évincer un locataire de façon définitive. Certains propriétaires, bien au fait de la réglementation, font preuve de mauvaise foi ou exercent une pression sur des locataires mal informés, qui se retrouvent à la rue et peinent à trouver un logement convenant à leurs besoins, leur style de vie et leur budget. Une situation qui entraîne des coûts sociaux importants, et qui touche particulièrement les personnes à faible revenu, les personnes âgées, les familles avec jeunes enfants et les familles monoparentales.
« Contrer les rénovictions suppose des actions concertées, qu’il s’agisse du contrôle de l’entretien régulier des bâtiments, de l’encadrement de la conversion de logements en copropriété et de révisions aux règlements relatifs aux subdivisions et réductions de logements et aux changements d’usage. Les comités logement, œuvrant pour le droit au maintien des locataires dans les lieux, et les OBNL en habitation pouvant acquérir des bâtiments en garantissant à long terme leur abordabilité, sont des partenaires fiables. À plus long terme, le resserrement des exigences en matière de démolitions et l’obtention du droit de préemption changeront la donne. Une concertation entre villes voisines est aussi indispensable. »
– Catherine Fournier, mairesse de Longueuil
La pénurie de logements dans les régions Comment attirer de la main-d’œuvre qualifiée en région s’il est difficile, voire impossible de s’y loger ? Le problème est d’autant plus préoccupant qu’il freine le développement économique local, ce qui affecte les entrepreneurs comme l’ensemble de la population. Comme le démontre un rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, avec un taux d’inoccupation sous la barre du 1 %, des municipalités comme Rimouski et Drummondville (0,2 %), Granby (0,1 %), Joliette (0,5 %), Victoriaville (0,8 %), Sherbrooke et Trois-Rivières (0,9 %) sont particulièrement affectées. Il faut dire que la pandémie n’a pas aidé les choses, avec la migration de citadins délaissant les grands centres pour s’établir en banlieue ou en région, et avec l’achat de résidences secondaires ou la transformation d’habitations en résidences touristiques dans certains des plus beaux coins du Québec.
« C’est mathématique, pour un emploi en région, il faut souvent un logement. La pénurie actuelle fait en sorte que nos employeurs, du plus petit au plus grand, peinent à recruter de nouveaux travailleurs. Cela peut occasionner le retard ou l’annulation de projets d’expansion compte tenu de la capacité d’accueil limitée, surtout en région excentrée. C’est la vitalité d’un milieu qui en paye le prix. Par son caractère essentiel, un toit n’est pas un bien comme un autre et ne peut être considéré comme tel. Le nerf de la guerre, c’est le rehaussement du financement des programmes en habitation, particulièrement dans un contexte où les coûts de construction ont explosé. »
– Daniel Côté, président de l’UMQ et maire de Gaspé
La délocalisation des personnes âgées Déjà éprouvées par la pandémie, des centaines de résidences privées pour aînés (RPA) du Québec ont mis la clé sous la porte en raison du manque de main-d’œuvre, de ressources et de moyens. Une situation qui touche particulièrement les régions, et qui entraîne des conséquences dramatiques pour les résidents qui doivent parfois déménager dans une autre municipalité. Quitter un endroit familier où l’on a vécu toute sa vie, s’éloigner de ses proches, perdre ses repères : à un âge avancé, de tels bouleversements contribuent à exacerber le sentiment d’isolement, à accélérer le vieillissement et à affecter l’état de santé général.
« Les municipalités réclament des outils pour régler le manque criant de logements destinés à maintenir les personnes âgées dans leur milieu. Il faut innover, trouver des formules adaptées à la réalité de chacune de nos régions et surtout répondre aux besoins des résidents. Souvent habitués à vivre en contact avec la nature et à proximité de leur famille, ces hommes et ces femmes souhaitent ardemment vieillir sans quitter leur communauté. Je crois qu’il est grand temps de se questionner sur la qualité de vie que nous souhaitons offrir à ceux et celles qui ont bâti et développé nos villages. »
– Joé Deslauriers, président du Caucus des municipalités locales de l’UMQ et maire de Saint-Donat

Depuis plus de 100 ans, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) rassemble les gouvernements de proximité de toutes les régions du Québec. Sa mission est d’exercer un leadership fort pour des gouvernements de proximité autonomes et efficaces. Elle mobilise l’expertise municipale, accompagne ses membres dans l’exercice de leurs compétences et valorise la démocratie municipale. Ses membres, qui représentent plus de 85 % de la population et du territoire du Québec, sont regroupés en caucus d’affinité : municipalités locales, municipalités de centralité, cités régionales, grandes villes et municipalités de la métropole.

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