Jeux vidéo : quatre studios montréalais à la conquête du monde

Plaque tournante du jeu vidéo, la ville de Montréal est l’un des plus grands centres de production de la planète. À l’heure de la mondialisation, quand les géants de l’industrie s’affrontent sur l’échiquier international, qu’est-ce qui distingue nos entreprises émergentes ? Leur créativité et leur approche unique – parfois disruptive – pour réinventer une plateforme qui rejoint près de trois milliards d’utilisateurs.

Avec ses quelque 200 studios de création qui emploient plus de 15 000 travailleurs spécialisés, pas étonnant que Montréal soit l’un des plus grands pôles de production de jeux vidéo au monde. Un succès qui s’explique en partie par le pouvoir d’attraction qu’exerce la ville auprès des grandes bannières internationales comme Ubisoft, Electronics Arts, Warner Games ou Behaviour Interactif, mais qui repose de plus en plus sur la créativité, l’audace et l’esprit novateur d’entreprises émergentes. Oublions les stéréotypes tels que la violence gratuite, le manque de représentation des minorités et l’isolement de joueurs happés dans un univers parallèle. Le plus grand médium au monde est en pleine transformation, et ses récentes incarnations, plus sociales, plus collaboratives, plus authentiques et plus inclusives, sont le fruit de l’impulsion de créateurs locaux. Les bonnes idées – et les idées franchement géniales – ne manquent pas, mais comment aider ces visionnaires à se déployer sur une scène internationale ultra concurrentielle ? C’est là qu’intervient le Cabinet Créatif, une initiative de la Ville de Montréal propulsée par Air Canada et soutenue par le gouvernement du Québec, qui accompagne les jeunes pousses montréalaises des secteurs de la culture et de la créativité dans le développement de nouveaux marchés hors frontières. Parmi celles-ci, quatre studios qui se démarquent et qui réinventent, chacun à sa manière, le gaming de demain.
Photo: Cabinet Créatif

LOWBIRTH GAMES

La diversité au programme
Cofondatrice et PDG : Chloé Lussier

Ce studio indépendant s’inspire des trames narratives de la littérature et du cinéma pour mettre en scène des histoires inédites et des personnages atypiques. Un tout premier projet qui est sur le point d’être complété, This Bed We Made, plonge ainsi les utilisateurs dans l’univers d’une femme de chambre qui tente de résoudre un mystère en fouillant dans les possessions des résidents d’un hôtel. « Après trois ans de préparation, nous avons hâte de recevoir les premiers retours du public ! », souligne Chloé Lussier.

Un parti pris pour la diversité

L’arme secrète de Lowbirth Games ? Un maillage de jeunes recrues ambitieuses et de vétérans de l’industrie, où la diversité occupe une place de choix. « Notre équipe de vingt développeurs et développeuses est composée principalement de femmes, de personnes queers et d’allié.e.s de talent, qui conçoivent des jeux vidéo pour un public trop souvent négligé qui leur ressemble, explique Chloé Lussier. Ensemble, nous créons des jeux narratifs qui font appel à la logique et à l’intelligence émotionnelle plutôt qu’à l’expertise en jeux vidéo. Nous permettons ainsi aux joueurs et joueuses historiquement sous-desservi.e.s de s’approprier davantage ce loisir, et nous espérons que cela les encouragera à s’exprimer en développant leurs propres jeux, qui pourront à leur tour avoir un impact sur les générations futures. »

Une approche bienveillante

À titre de leader, la cofondatrice de Lowbirth Games s’est donné pour mission de veiller au bien-être de son public – et de son équipe. À cet égard, elle s’est inspirée du regroupement de sociétés de jeux vidéo Indie Asylum, un acteur influent de l’industrie locale, pour réduire les semaines de travail de ses employés à quatre jours afin de leur permettre de concilier vie professionnelle et vie personnelle. « La nature bienveillante de ces studios montréalais contribue à la création de jeux acclamés par la critique. Montréal est une ville fantastique pour développer des jeux en raison de sa communauté dynamique de développeurs et développeuses qui s’entraident et se soutiennent. Les produits qui émergent de notre ville défient le statu quo, ce qui nous permet de briller à l’échelle mondiale. »

Un lancement imminent

Après une gestation qui s’est principalement déroulée en temps de pandémie, Lowbirth Games est sur le point de mettre au monde son premier jeu, This Bed We Made, qui sera lancé simultanément ici et hors frontières. « Nous allons nous déplacer à l’international pour participer à des évènements consacrés aux jeux vidéo, ainsi qu’à des congrès multimédias et à des festivals de cinéma qui nous permettront de rejoindre un public moins familier avec le milieu du gaming », dit Chloé Lussier, qui projette en outre de conclure des alliances avec des éditeurs et d’autres studios qui partagent la vision de son entreprise. « Nous nous réjouissons de partir à la rencontre de partenaires – et de nos futur.e.s joueurs et joueuses – aux quatre coins du monde. Cela dit, notre objectif est d’atteindre des communautés plutôt que des cibles purement géographiques. »

Se préparer avant de s’engager sur la voie du succès

« Le soutien du Cabinet Créatif nous a permis, entre autres choses, d’optimiser notre recrutement et de développer notre stratégie de marketing et de relations publiques. Cette aide est arrivée à un moment critique de notre développement, ce qui nous a permis de franchir de nouveaux jalons », conclut Chloé Lussier.

TREBUCHET

Quand la réalité virtuelle entre en jeu
Philippe Brunelle, chef de studio

Le studio indépendant Trebuchet a fait de la réalité virtuelle (RV) son fer de lance, et son équipe de développeurs démontre noir sur blanc que l’innovation technologique peut soutenir une démarche artistique bien assumée. Un exemple éloquent : le jeu contemplatif Winds & Leaves, qui rend hommage à L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back. Ludique et poétique, il met en scène un jardinier solitaire qui doit, à lui seul, verdir un monde désertique. À découvrir aussi : Listening to the walls, le petit dernier de Trebuchet Atelier, une division dédiée aux expériences interactives en réalité virtuelle. Créé en partenariat avec la saxophoniste Ida Toninato, ce jeu inédit recrée une expérience immersive portant sur le phénomène de la réverbération dans la reproduction virtuelle d’un bunker de la Seconde Guerre mondiale. « Nous considérons le jeu vidéo comme une échappatoire, commente Philippe Brunelle. Il permet, comme un jeu de société, un livre, un film ou un spectacle, de vivre une expérience différente de la réalité. »

La qualité avant tout

Dès sa fondation en 2017, Trebuchet a investi ses efforts dans la technologie RV. « Nous avons développé des approches innovantes dans les mécaniques de jeux qui enrichissent l’expérience du joueur, lance Philippe Brunelle. Nous ne sommes pas intéressés à reproduire les pratiques de certains grands studios qui misent sur les microtransactions et un design addictif pour générer du revenu, et nous mettons l’emphase sur la qualité du jeu plutôt que sur son potentiel commercial. » Ce qui n’empêche pas l’entreprise de réussir, bien au contraire ! Prison Boss VR, produit par Trebuchet à ses débuts, est très populaire sur des plateformes comme Oculus Quest (aujourd’hui Meta Quest), la plus importante sur le marché de la réalité virtuelle.
Le hub montréalaisD’après le chef de studio, c’est le crédit d’impôt accordé au secteur du jeu vidéo en 1997 – année où le géant français Ubisoft s’est installé dans le Mile-End – qui a été l’élément déclencheur pour la ville de Montréal. « Cet incitatif, qui a attiré chez nous des joueurs internationaux, a créé au fil des ans tout un écosystème d’employeurs, de développeurs et de programmes d’études qui permettent aujourd’hui à Montréal de se démarquer sur le marché. » Il ajoute que le fait que Montréal soit une ville francophone constitue en soi un important facteur d’attraction pour les talents venus de France, qui est un leader mondial du jeu vidéo.

La clé de la réussite

« Dans notre secteur, les voyages d’affaires jouent un rôle clé pour nous aider à atteindre le succès commercial, soutient Philippe Brunet. Les acteurs majeurs de la distribution de jeux vidéo sont basés en Californie, en Angleterre et au Japon. Quant aux salons et congrès internationaux, ils nous offrent une vitrine exceptionnelle et nous permettent de rencontrer des distributeurs, des médias et des joueurs. Ces contacts directs nous permettent de nous démarquer dans l’univers ultra compétitif du jeu vidéo. » Il ajoute que l’accompagnement et le mentorat du Cabinet Créatif ont permis à son entreprise de se présenter de façon optimale à l’international : « Cela nous a aidés à développer la portée de notre branche immersive et expérimentale en nous ouvrant les portes d’évènements spécialisés tels que South by Southwest. »

Un défi de croissance

« La cohésion de l’équipe est sans doute l’élément qu’on surveille de plus près, commente Philippe Brunelle. Notre petit studio, qui a démarré avec trois cofondateurs, est rapidement passé à une vingtaine d’employés. En tenant compte du télétravail, des employés qui ont déménagé à l’extérieur de Montréal pendant la pandémie et des nouveaux collègues qui se joignent à nous parce que nous sommes présentement en croissance, nous nous assurons de préserver la camaraderie qui a toujours existé chez nous. »

AFFORDANCE STUDIO

Changer le monde avec le jeu
Pascal Nataf, cofondateur d’Affordance Studio et fondateur associé d’Indie Asylum

Comment mener de front un studio visionnaire qui se spécialise dans les jeux éducatifs à grande portée (Affordance) et un regroupement d’entreprises gravitant autour de l’industrie montréalaise du jeu vidéo (Indie Asylum) ? Avec un sens aigu des affaires et une préoccupation authentique pour le bien commun. La réponse de Pascal Nataf lorsqu’on lui demande de se définir comme leader est la suivante : « Je fais de mon mieux pour mettre en application les valeurs qui caractérisent Indie Asylum, le hub collaboratif dont Affordance fait partie, soit la bienveillance, la solidarité, l’appréciation de la diversité, la qualité et la créativité. »

Une nouvelle plateforme d’apprentissage

Affordance est l’un des tout premiers studios dédiés au « jeu sérieux » au Canada. « Nous avons identifié le potentiel énorme des jeux vidéo comme outils d’apprentissage, précise Pascal Nataf. Plutôt que de les associer, comme le font souvent les médias, à la violence et à une forme d’abrutissement de la jeunesse, nous les utilisons plutôt comme un moyen d’inciter les jeunes à apprendre tout en s’amusant, et ce, en les rejoignant sur leur propre terrain. L’apprentissage par la voie ludique a fait ses preuves, non seulement auprès des jeunes, mais également auprès des personnes plus âgées, des étudiants adultes, et même des professionnels. »

Un jeu phare

Pascal Nataf est particulièrement fier de l’apport positif de ses jeux dans la résolution d’enjeux bien québécois, notamment en faisant la promotion du français dans l’industrie du jeu vidéo. « Notre plateforme Mots de jeux, réalisée avec l’apport financier de l’Office québécois de la langue française, aide les employés et les cadres à apprendre la terminologie française pour concevoir, programmer et commercialiser des jeux vidéo. » Mentionnons que ce jeu a permis à Affordance de gagner le prix d’excellence en français des Mercuriades 2021, et son chef de projet, Avery Rueb, a été nommé Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres pour son travail de promotion du français au Québec et à l’international.

Le facteur Québec

Comme Philippe Brunelle, Pascal Nataf reconnaît que Bernard Landry a joué un rôle décisif dans l’implantation de grandes sociétés de jeux vidéo à Montréal. « Forts de leur expérience, des vétérans à l’emploi de ces géants de l’industrie ont décidé de faire le saut en entrepreneuriat et de fonder leurs studios pour mener à bien leur propre vision créative. Et c’est là qu’intervient ce que j’appelle le facteur Québec : plutôt que de se refermer sur leurs projets et de rivaliser, nos studios indépendants québécois partagent leur expertise, leurs contacts et même parfois leur main-d’œuvre. »

Élargir les horizons

Pour Pascal Nataf, les voyages d’affaires offrent l’occasion de briser la routine, de se dépasser, d’aller à la rencontre de nouveaux clients et partenaires et, surtout, de mettre en valeur l’expertise québécoise en matière de jeux vidéo. « Affordance compte déjà quelques clients hors frontières, aux États-Unis notamment, et nous travaillons à l’ouverture prochaine d’une filiale dans le sud-ouest de la France, qui nous permettra de recruter de nouveaux talents et d’élargir notre bassin de clients », conclut-il.

LUCID DREAMS STUDIO

Rêver en grand
Maxime Grégoire, cofondateur et PDG

Fondée en 2017, l’entreprise émergente montréalaise développe des jeux 2D novateurs pour PC et consoles. « Notre mission est de raconter des histoires, de concevoir des univers immersifs et d’offrir une jouabilité accessible à tous », explique le cofondateur. Une approche qui donne des résultats bien concrets : le premier opus de Lucid Dreams Studio, Legends of Ethernal, fait déjà école dans le milieu du jeu vidéo, et un deuxième projet est déjà en préparation.
Place aux femmes et non au crunch Les femmes, on le sait, sont sous-représentées dans le secteur du jeu vidéo. « Dès la fondation du studio, nous avons décidé que la parité serait incontournable, tant du côté des employés que des postes décisionnels, et c’est pourquoi ce facteur fait partie intégrante de notre processus de sélection, explique Maxime Grégoire, qui a également mis en place des mesures préventives pour contrer le surmenage, qui est courant dans son secteur d’activités. Nous offrons aux employés un horaire flexible basé sur une semaine de travail de quatre jours. Nous voulons à tout prix nous éloigner de la mentalité de crunch qui prévaut encore dans certains secteurs de notre industrie. »

Des aventures inspirantes

Legends of Ethernal se démarque par sa trame narrative engageante. « Il raconte l’histoire d’un jeune garçon en situation de grande vulnérabilité qui part à la recherche de ses parents disparus, précise le fondateur. Au fil de ses aventures, il passe par toute une gamme d’émotions et il apprend à se faire confiance lorsque vient le moment de prendre des décisions. Il n’y a pas vraiment de méchants, mais plutôt une perception du bien et du mal qui varie en fonction du point de vue où l’on se situe. » Soulignons que le studio a conclu d’importantes ententes de commercialisation pour ce jeu avec le développeur Natsume pour le marché américain et l’éditeur NA Publishing pour le marché japonais.

L’entraide comme levier de réussite

Maxime Grégoire souligne que le ralliement de la grande majorité des développeurs, créateurs et entrepreneurs sous la bannière de la Guilde du jeu vidéo – plus grand regroupement du genre au monde – joue un rôle déterminant dans le succès de son industrie. « La Guilde témoigne du désir commun de participer à un grand projet, et l’entraide et la cohésion qui unissent les studios québécois sont remarquées à l’étranger. Cet écosystème unique au monde fait réellement l’envie des studios étrangers. » Il exprime d’ailleurs son admiration pour des entreprises locales comme Thunder Lotus Games, Indie Asylum, Totema Studio, Nine Dots Studio et Sabotage : « Notre inspiration, ce sont les studios d’ici ! »

Le futur commence maintenant

D’après le fondateur, le parcours de Lucid Dreams Studio avec le Cabinet Créatif est décisif pour assurer le futur de son entreprise. « Les formations nous ont permis de planifier notre croissance et de bien définir notre image de marque. Cela nous aide à relever notre principal défi, qui est d’augmenter la visibilité de notre entreprise et de nos jeux, ici et hors frontières. De plus, nous avons été mis en contact avec des leaders en commercialisation, comme Pierre Moisan, conseiller principal du Centre d’entreprises et d’innovation de Montréal, qui a agi comme mentor en matière de développement international. » Prochaine étape ? S’envoler vers le succès !

Le Cabinet Créatif, pour exporter le talent montréalais

Initiative de la Ville de Montréal en partenariat avec Air Canada, le Cabinet Créatif accompagne chaque année le développement de vingt jeunes entreprises et organisations culturelles et créatives. L’objectif ? Les soutenir dans leur développement international tout en les aidant à réduire les risques liés à leurs démarches d’exportation. Réservé aux entreprises émergentes et aux OBNL de Montréal, le programme offre aux organismes sélectionnés un service d’accompagnement qui inclut notamment un diagnostic en ressources humaines, un diagnostic d’exportation, des formations et ateliers, une banque d’heures de consultation, des évènements de réseautage et la remise de deux billets d’avion destinés à la réalisation d’une mission commerciale.
Pour information : cabinetcreatif.ca

Air Canada pour entreprise est un programme gratuit conçu pour permettre aux petites et moyennes entreprises de réaliser des économies sur les vols, d’accumuler des récompenses et de profiter d’offres exclusives chaque fois qu’elles voyagent avec Air Canada ou l’un de ses partenaires d’exploitation admissibles. Le programme est actuellement offert aux entreprises au Canada et aux États-Unis ; aucun seuil de dépense minimal ou d’engagement requis.

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