RECYC-QUÉBEC : levier de transition de l’économie circulaire

L’économie linéaire – extraire, utiliser, jeter – doit de toute urgence faire place à l’économie circulaire, qui nous invite à repenser nos façons de faire et réintègre les matières premières dans le circuit de la consommation. Au coeur de cette transformation, RECYC-QUÉBEC joue un rôle plus proactif que jamais, notamment avec la tenue prochaine de la deuxième édition des Assises québécoises de l’économie circulaire et la diffusion du premier Rapport sur l’indice de circularité de l’économie du Québec. Nous en discutons avec Sonia Gagné, présidente-directrice générale de la société d’État.

Sonia Gagné démontre noir sur blanc que la force tranquille peut déplacer des montagnes. Parce qu’en matière d’environnement ou d’économie circulaire, la volonté ne suffit pas. Comme le dit si bien la PDG, il faut s’armer de patience et faire montre de persévérance pour pouvoir effectuer, avec une équipe agile de 80 employés dévoués, les changements en profondeur nécessaires à la transition du Québec vers la circularité.

Quel est le principe fondamental de l’économie circulaire ?
L’économie circulaire, c’est bien plus que le recyclage : c’est un ensemble de stratégies portant sur la gestion de la matière et des ressources. Elle implique que l’on repense notre façon de produire et de concevoir, que l’on intensifie l’usage des produits et des services avec des initiatives comme la location ou le partage, et que l’on allonge la durée de vie des produits en les reconditionnant ou en les réparant. Le recyclage, le compostage et la valorisation des matières font bien sûr partie intégrante de ces stratégies. Tout comme la symbiose industrielle, dont on parle beaucoup au Québec depuis quelques années, et qui vise à faire en sorte que les déchets de l’un deviennent la matière première de l’autre.

Comment le mandat de RECYC-QUÉBEC a-t-il évolué depuis sa fondation ?
La société d’État a été créée en 1990. À l’époque, la gestion des déchets était davantage une question d’hygiène publique. Au fil des ans, elle est devenue un moteur dynamique de la gestion des ressources et un véritable secteur d’activité économique. Notre perception du déchet, qui est devenu une ressource, est complètement différente. Cette transformation s’est effectuée en plusieurs étapes, notamment au cours des dernières années. En 2015, la notion d’économie circulaire s’est ajoutée à notre mission, et elle fait maintenant partie de notre ADN. En 2018, la Loi sur la qualité de l’environnement a confié à RECYC-QUÉBEC de nouvelles responsabilités. L’une d’elles était de coordonner l’élaboration et la mise en oeuvre du Plan d’action 2019-2024 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles du Québec, qui est aujourd’hui bien déployé. Cette responsabilité a fait en sorte qu’on a pu amorcer, avec tous les éléments en main, les grandes transformations de notre secteur d’activité. Parmi les chantiers, on compte la modernisation de la collecte sélective, l’élargissement de la consigne et la Stratégie de valorisation de la matière organique, trois piliers extrêmement importants et solides pour passer à la suite des choses, qui est d’explorer des stratégies d’économie circulaire.

Quel rôle jouent les Assises québécoises de l’économie circulaire dans l’accélération de la transition vers une économie verte et durable ?
Le but des Assises est d’inspirer, d’informer et de dire que oui, c’est possible. Cet évènement, que nous avons organisé pour la première fois en 2018, réunit des experts d’ici et d’ailleurs et offre une tribune exceptionnelle aux entrepreneurs qui ont lancé des projets de circularité. Ces derniers nous font part de ce qui a fonctionné, ainsi que des problèmes rencontrés. On est dans le concret ! Les Assises sont un rendez-vous mobilisant qui permet à tous de venir s’inspirer et de découvrir les meilleures pratiques dans différents secteurs d’activité.
Sonia Gagné, présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC.

Le soutien financier, c’est le nerf de la guerre de la transition en matière de circularité. Quel rôle joue RECYC-QUÉBEC à cet égard ?
Nos programmes de financement nous permettent de soutenir cette transition. En 2017, nous avons subventionné des projets de symbiose industrielle reproductibles. Dans une deuxième édition de ce même programme d’aide, nous avons augmenté le niveau d’exigences en matière de financement et demandé qu’une ou deux stratégies de plus, comme l’écoconception ou l’économie collaborative, soient intégrées aux projets. Notre programme de transition vers l’économie circulaire a ainsi octroyé 2,3 millions de dollars pour la première vague de projets, et il en octroie 3,3 millions pour la deuxième. Ces sommes servent souvent à financer ce qu’on appelle un « animateur de symbiose ». Parce qu’on ne peut pas implanter l’économie circulaire s’il n’y a pas quelqu’un qui joue ce rôle fédérateur en faisant découvrir des ressources réutilisables et en favorisant les échanges.

Quelle est la clé de la réussite en symbiose industrielle ?
Les entreprises doivent se parler. Le rôle de l’animateur est de s’occuper d’un territoire pour aider les entreprises à prospecter ce que j’appelle un « gisement » de matières. Prenons l’exemple d’un torréfacteur qui génère des milliers de sacs de jute servant au transport des grains de café et qui doit payer pour leur élimination, alors que, tout près, une pépinière importe de la jute d’Asie pour en faire du paillis. En « maillant » ces deux entreprises, des économies sont réalisées, et on fait en sorte que les matières résiduelles de l’un deviennent la ressource de l’autre. Cette symbiose a une portée très concrète en économie de partage. Lorsqu’elle se produit à l’échelle ultra locale – on parle alors de boucle courte – en dehors des grands centres, elle peut contribuer au développement économique régional.

Quel rôle les grandes entreprises peuvent-elles jouer dans ce « maillage » ?
Les grandes entreprises peuvent prendre des PME ou de jeunes pousses sous leur aile, car leurs résidus peuvent générer des occasions d’affaires importantes. C’est une source de développement économique à ne pas négliger, qui peut entraîner d’importantes réductions de coûts pour les participants. En ce moment, il y a beaucoup de potentiel dormant et de trésors inutilisés, qui peuvent contribuer à augmenter la durée de vie des gisements de ressources naturelles ou matières premières, réduisant par le fait même les quantités éliminées chaque année au Québec.

Pouvez-vous souligner quelques bons coups réalisés par des entreprises québécoises au cours des dernières années ?
Cascades, qui inclut des matériaux recyclés dans ses produits depuis des années, est un pionnier de l’économie circulaire. Kamik, qui réintègre ses bottes en fin de vie dans des modèles neufs. Et Loop Mission, un projet que nous avons financé en 2017, qui recycle fruits et légumes invendus ou en fin de vie pour en faire notamment des jus. Cette entreprise a connu une croissance extraordinaire et cela fait chaud au coeur de constater que notre soutien financier a été, bien humblement, un des facteurs qui lui ont permis de décoller.

En ces temps de crise, jusqu’à quel point une PME québécoise peut-elle concilier les pratiques d’économie circulaire et la réussite financière ?
La pandémie a démontré l’importance de la réduction de notre dépendance aux ressources rares et aux importations. Lorsque les frontières se sont fermées, notre économie s’est rapidement réorganisée, ce qui a mis en valeur l’importance de la dynamisation des territoires et de la réduction de la dépendance aux fournisseurs – et pas seulement en temps de pandémie. L’approvisionnement responsable et local, qui s’appuie sur une boucle plus courte, est d’ailleurs l’une des stratégies de l’économie circulaire.

Comment s’annoncent les années à venir pour votre organisation ?
RECYC-QUÉBEC est appelée à se développer dans des secteurs qu’on n’avait pas imaginés grâce à des collaborations avec d’autres ministères et d’autres organisations. Nous nous apprêtons à prendre un nouveau virage stratégique en 2022, et nous sommes en amont de notre réflexion. Nous travaillons sur différents chantiers qui touchent la politique bioalimentaire, la gestion des matières résiduelles, la conception et la gestion des bâtiments et infrastructures en fin de vie, les matériaux issus de la transition énergétique et l’électrification des transports. Nous travaillons aussi sur l’identification du flux des matières et le développement de stratégies d’économie circulaire dans les territoires nordiques, en collaboration avec la Société du Plan Nord et le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. Il est certain que, pour les années à venir, RECYC-QUÉBEC est appelée à poursuivre son travail de coordination et de cohérence, et à continuer d’accompagner les entreprises, municipalités et organisations dans leurs initiatives en circularité. Nous disposons de tremplins et d’assises solides pour faire des progrès rapides.

Pour information : www.recyc-quebec.gouv.qc.ca

FONDACTION

33 millions de dollars pour l’économie circulaire

Le tout premier fonds d’investissement consacré à l’économie circulaire au Canada, lancé en mars dernier en partenariat avec la Ville de Montréal et RECYC-QUÉBEC, donne un bon coup d’accélérateur à ce volet important de la transition écologique. Ce fonds de 30 millions de dollars, auquel RECYC-QUÉBEC ajoute 3 millions de dollars supplémentaires en subventions tout en proposant un programme complet d’accompagnement, est destiné à soutenir des entreprises en démarrage dont le modèle d’affaires est basé sur des produits, services ou technologies au service de l’économie circulaire.


Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l’annonceur. L’équipe éditoriale du Devoir n’a joué aucun rôle dans la production de ce contenu.

Pour en savoir plus sur Recyc-Québec