Kebec : notre histoire, comme si on y était

<p>Noémi Mercier, animatrice et curieuse en chef de <em>Kebec</em></p>
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Noémi Mercier, animatrice et curieuse en chef de Kebec

par Maude Dumas
Collaboration spéciale

Plate, l’histoire du Québec ? Pas avec la docusérie Kebec, et surtout pas avec Noémi Mercier aux commandes ! L’animatrice plonge dans nos archives et s’entretient avec des historiens et des historiennes allumés – et des personnages fascinants – pour nous faire découvrir des moments inoubliables de notre passé collectif. Voici un avant-goût de la troisième saison, qui démarre tout juste à Télé-Québec.

En douze épisodes enlevants, la troisième mouture de l’excellente série documentaire Kebec n’a rien de linéaire ni de convenu : elle nous fait vivre d’incroyables allers-retours dans le temps, qui projettent des moments oubliés de notre histoire dans la réalité du présent. Le tout avec des reconstitutions historiques amusantes, des graphiques percutants et des échanges fascinants avec des historiens et historiennes qu’on aurait rêvé d’avoir comme profs au secondaire.

Un portrait vivant de notre passé

À travers le prisme d’une vingtaine de thématiques associées d’étonnante façon – on se demande si le crime a été jumelé exprès avec le thème des taxes et des impôts ! – Kebec aborde des sujets aussi variés que l’homosexualité, les arts visuels, la rivalité Montréal-Québec et la santé mentale. En filigrane, un pont est créé avec l’histoire des Premières Nations dans tous les épisodes, sans exception, et chaque thème est associé à une œuvre majeure qui a marqué notre histoire, qu’il s’agisse de cinéma, de littérature ou de musique. Et ce n’est pas tout : des invités très, très spéciaux sont présents au cœur de chaque épisode pour éclairer nos lanternes. Citons notamment Manon Massé, Sarahmée, Robert Lepage et France Castel. Envie d’en savoir plus ? Tour d’horizon de quelques sujets qui ont capté notre attention.

Janette Bertrand

Vieillir, hier et aujourd’hui

Dans cette émission, on apprend qu’en Nouvelle-France, la vie n’était ni facile ni longue, car à peine 6 % de la population dépassait le cap des 60 ans. Que l’espérance de vie en 1850, qui était de 41 ans pour les hommes et de 43 ans pour les femmes, a pratiquement doublé depuis. Que dans notre société, les femmes ménopausées étaient considérées comme « finies » il n’y a pas si longtemps, alors que les peuples iroquoiens leur conféraient un statut supérieur. Comme l’explique si bien l’invitée Janette Bertrand, une jeune de 96 ans, la question de l’âge doit aujourd’hui être redéfinie : « La vieillesse, c’est dans les yeux des autres. C’est les autres qui te disent que tu es vieux. » L’œuvre associée à cet épisode : Le crépuscule des vieux, un monologue de Marc Favreau, qui n’a pas pris une ride et qui pose un regard très juste sur la façon dont le Québec traite ses aînés. « Si jeunesse savait, elle ne mettrait pas tous ses vieux dans le même panier » résonne plus que jamais.

La beauté dans la Belle Province
Peut-on établir un lien de parenté entre l’Université McGill et la déferlante de chirurgie plastique qui sévit actuellement sur nos écrans ? La réponse est oui, mais pas nécessairement pour des raisons liées à la vanité ! Pionnière de la chirurgie esthétique après la Première Guerre mondiale, l’institution montréalaise a développé des techniques de reconstruction faciale pour réparer les « gueules cassées », ces soldats défigurés qui auraient autrement été condamnés à vivre en marge de la société. Par la suite, Montréal est devenue une véritable plaque tournante de la chirurgie mammaire – mais pas toujours avec des résultats heureux, puisque les premiers implants pouvaient contenir des métaux, du plastique, de la mousse et des alliages qui ont mis à risque les premières patientes.

Vieillir, hier et aujourd’hui

Les découvertes, bonnes et mauvaises

Dans un registre plus sombre, cette émission rappelle la participation du Québec au Projet Manhattan. À l’orée de la Deuxième Guerre mondiale, des scientifiques venus des quatre coins de la planète ont convergé vers l’Université de Montréal pour faire avancer les recherches sur l’eau lourde et le plutonium. Leurs travaux sont tristement passés à l’histoire avec la création des premières bombes atomiques menant à la destruction de Nagasaki et Hiroshima. On apprend aussi qu’un laboratoire top secret sur Grosse-Île a fabriqué des armes bactériologiques et stocké assez d’anthrax pour éradiquer l’humanité tout entière ! Heureusement, Armand Frappier, alias le Louis Pasteur québécois, vient redorer notre blason. En fondant l’Institut de bactériologie et d’hygiène de Montréal au début des années 1980, il a permis au Québec de produire ses propres vaccins et, ainsi, de ne plus dépendre des États-Unis pour inoculer sa population. N. B. : l’historien Laurent Turcot nous apprend que la réserve d’anthrax n’a jamais été retrouvée !

Les catastrophes qui ont forgé notre caractère
Au fil de notre histoire, les catastrophes qui ont frappé le Québec ont souvent été liées à l’eau. Ainsi, les premiers Beaucerons, au 18e siècle, ont dû composer avec les caprices et les débordements de la rivière Chaudière, qui ont marqué leur histoire. Dans les années 1960, ils ont même créé une « loto inondation » pour parier sur la date de la débâcle. Une initiative qui témoigne non seulement de la résilience et du sens de l’humour qui définissent encore et toujours les Beaucerons, mais aussi de leur côté entrepreneur, puisqu’elle servait également de campagne de financement. Si on recule plus loin dans le temps, par contre, on peut constater que la première grande catastrophe enregistrée au Québec n’a rien à voir avec la crue des eaux. Il s’agit du tremblement de terre du 5 février 1663, qui a secoué Charlevoix, provoqué des glissements de terrain, créé des lacs et des rivières, teinté des cours d’eau en jaune et en rouge et blanchi le Saint-Laurent. Le séisme a même provoqué l’effondrement d’une montagne dans le fleuve. Une pointe s’est formée à cet endroit et une municipalitéqui porte bien son nom, Les Éboulements, s’y est installée.

Noémi Mercier et l’historien Laurent Turcot

La flore (et les tubercules), racines de notre terroir

C’est peut-être l’omniprésence de la pomme de terre sur nos grandes tablées familiales qui porte à croire que les premiers colons étaient des mangeurs de patates. Or, la pomme de terre est arrivée au Québec via l’Europe bien après nos fondateurs, contrairement au topinambour, un autre tubercule qui a nourri les Premières Nations pendant des millénaires avant de faire bonne figure dans les assiettes de nos ancêtres. Autre mythe à déboulonner : celui de la précarité de l’alimentation des premiers colons, qui étaient en fait bien mieux nourris que les Européens – dont l’aliment de base était le pain – en raison de la générosité de nos terres, de nos lacs poissonneux et de la faune si abondante de nos forêts. Ce qui ne se retrouvait jamais, au grand jamais, dans leurs assiettes ? Les champignons, dont nos ancêtres se méfiaient tout comme les autochtones, qui étaient pourtant experts en matière de terroir. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que les bolets, chanterelles et autres délices trouvent preneur.

Pour visionner Kebec
C’est un rendez-vous le vendredi à 19 h 30, à compter du 30 avril. La série est également offerte en simultané et en rattrapage sur telequebec.tv et sur l’appli Télé-Québec.

Le saviez-vous ?

Au début de la colonie, les Européens barbus étaient perçus comme des ours par les femmes autochtones. Ils devaient donc se raser pour leur plaire.

Les peuples iroquoiens accordaient un statut social et politique aux femmes ménopausées, qui détenaient alors un pouvoir décisionnel dans les assemblées.

Dès 1732, on peut emprunter le Chemin du Roy, qui suit le fleuve Saint-Laurent pendant 280 km. C’est à l’époque la plus longue route d’Amérique du Nord.

Interdit aux femmes – ou mal vu – jusqu’à la Première Guerre mondiale, le pantalon est adopté lorsque celles-ci participent à l’effort de guerre en travaillant dans les usines.

En 1948, le lys blanc est choisi comme emblème floral du Québec, mais les botanistes protestent parce qu’il ne s’agit pas d’une plante indigène. Le débat perdure jusqu’en 1999, année où le lys est officiellement remplacé par l’iris versicolore.

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