Musée d’art contemporain de Montréal Acheter local pour soutenir les artistes du Québec

Richard Ibghy & Marilou Lemmens, <em>The Prophets</em>, 2013-2015 (détail).<br />
Bambou, acétate, ficelle, fil de métal, plastique, encre, papier, papier d'aluminium, verre et bois, 412 éléments.<br />
Dimensions variables.<br />Achat, avec l'aide du programme de Subventions d'acquisition du Conseil des arts du Canada.
Photo: Richard-Max Tremblay Richard Ibghy & Marilou Lemmens, The Prophets, 2013-2015 (détail).
Bambou, acétate, ficelle, fil de métal, plastique, encre, papier, papier d'aluminium, verre et bois, 412 éléments.
Dimensions variables.
Achat, avec l'aide du programme de Subventions d'acquisition du Conseil des arts du Canada.
Par Maude Dumas
Collaboration spéciale

Bonne nouvelle pour le milieu des arts visuels durement touché par la pandémie : le Musée d’art contemporain de Montréal va consacrer la totalité son budget d’acquisitions 2020 – qui sera bonifié par une grande campagne de financement – à l’achat d’œuvres locales. Entretien avec John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC.

Bien public, héritage culturel de tous les Québécois depuis 1964, le MAC a pour mission de soutenir et de mettre en valeur les artistes visuels actifs du Québec. John Zeppetelli, qui a lui-même été artiste avant de prendre la direction du MAC en 2013, est bien placé pour comprendre la précarité de la situation actuelle pour cette communauté. « C’était déjà difficile avant la pandémie, car peu d’artistes, même très talentueux, réussissent à percer dans ce métier qui demande énormément de discipline et de courage, et qui compte parmi les moins bien payés au pays. Quant à ceux qui réussissent, ils doivent faire face à la critique et subir très souvent le rejet des acheteurs ou des institutions. Car malgré sa vocation, il est mathématiquement impossible pour le MAC d’encourager tous les artistes de valeur du Québec, même avec plusieurs expositions annuelles. »

Les artistes sont touchés directement, bien sûr, mais pas seulement en ce qui a trait aux expositions et aux acquisitions : ils sont nombreux à ne plus avoir accès à leurs ateliers, ce qui les empêche de mener leurs projets à terme. Les circonstances économiques frappent également de plein fouet les galeristes, de même que toute la chaîne des fournisseurs. C’est donc la communauté des arts visuels en entier qui est touchée.


John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC.
Photo : George Fok

Agir sans attendre Comment soutenir le fragile écosystème des arts visuels? La question a été posée lors d’une réunion du CA du Musée, présidé par Alexandre Taillefer, où siègent notamment John Zeppetelli et l’artiste Geneviève Cadieux. F C’est la directrice générale de la Fondation du MAC, Anne-Marie Barnard, qui a lancé l’idée de consacrer la totalité du budget d’acquisitions annuel du musée, de l’ordre de 300 000 $, à l’achat d’œuvres d’artistes du Québec. Et, par le biais d’une campagne ciblée de la Fondation, de doubler ce montant en faisant appel à la générosité des institutions, des mécènes et du grand public.

« Ce geste, nous le posons en toute humilité dans un souci de solidarité, commente John Zeppetelli. Notre motivation, en tant que plus grand musée voué exclusivement à l’art contemporain au Canada, est de donner de l’espoir à la communauté des arts visuels. Notre budget de départ n’est pas énorme, mais, avec la campagne de financement, le montant total sera significatif pour un marché comme celui du Québec. »

Photo: Richard-Max Tremblay Jacynthe Carrier, 02 (de la série « Rites »), 2011. Impression jet d'encre, 1/3. 75 x 100 cm.
Don de la Collection LotoQuébec, dans le cadre d’un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal.
Collection Musée d'art contemporain de Montréal.

Une quarantaine d’artistes québécois ou ayant choisi de vivre au Québec – la nuance est importante pour le directeur du Musée d’origine montréalaise, qui a travaillé à Édimbourg, Londres et New York avant de revenir s’installer ici avec sa famille – pourront donc bénéficier de cette initiative. « Nous espérons même en soutenir un plus grand nombre, ajoute-t-il. Tout dépendra du type d’œuvres que nous allons acquérir. Mais une chose est certaine : nous allons privilégier les artistes émergents, dont certains ne sont pas encore représentés par des galeries, et une attention toute particulière sera portée à une représentation équitable des genres, des communautés culturelles et des régions. »

Un tableau vivant de la production artistique actuelle La collection du MAC compte de « courageuses acquisitions », comme le dit si bien John Zeppetelli, et elle accueille des formes d’expression aussi diverses que des œuvres vidéographiques 3D, des expérimentations picturales immersives et des performances immatérielles. Au total, quelque 8 000 œuvres, majoritairement mais pas exclusivement locales. « Nous voulons que les artistes d’ici se mesurent aux artistes internationaux, car ces rencontres sont enrichissantes et stimulantes, tant pour les participants que pour le public. Mais l’année 2020 sera celle des Québécois, particulièrement ceux qui n’ont jamais exposé chez nous. »

Photo: avec l’aimable permission de l’artiste Karen Tam, Tchou's Sheenwahzree's Booth, 2017. Matériaux mixtes, 72 éléments. 289,7 x 305 x 183 cm. Achat, grâce au legs de madame Paule Poirier.
Collection Musée d'art contemporain de Montréal

Bien avant que la COVID-19 ne vienne bouleverser notre paysage culturel, une exposition d’envergure mettant de l’avant une trentaine d’artistes québécois – La machine qui enseignait des airs aux oiseaux – était déjà prévue au MAC pour l’été 2020. Elle est retardée jusqu’à nouvel ordre, tout comme les travaux d’agrandissement et de transformation des lieux, un grand chantier qui permettra au Musée de déployer encore mieux sa vocation culturelle et sociale.

« En attendant les consignes gouvernementales nous permettant d’accueillir à nouveau le public, nous préparons notre virage numérique et nous travaillons à la relance de nos activités avec nos collègues du réseau muséal de Montréal et de Québec, explique John Zeppetelli. Nous réfléchissons ensemble à une réouverture progressive, à des équipements à mettre en place, à de nouveaux parcours et, bien sûr, à des façons d’assurer la sécurité de tous. Évidemment, tout cela comportera son lot de défis, car l’achalandage sera diminué ; or, nous comptons beaucoup sur les revenus de la billetterie. Cela dit, nous avons constaté que la distanciation peut, après tout, s’intégrer assez bien à l’expérience d’un muséer. Le visiteur peut gagner à se retrouver seul face à une œuvre. »

La crise que nous traversons frappe l’imaginaire collectif, et c’est avec beaucoup d’intérêt que le directeur du MAC anticipe ses répercussions sur le processus créatif des artistes visuels. « Je suppose que les thèmes de l’isolement et du confinement, sans aller jusqu’à l’illustration directe, seront présents, et j’ai très hâte de voir ce que ça va donner, dit-il. Mais certains artistes résisteront et poursuivront leurs recherches formelles, sociologiques ou scientifiques, souvent très poussées, qui sont déjà entamées. »
Photo: Richard-Max Tremblay Gabor Szilasi, Leonard Cohen Montreal 1966, 2017. Épreuve à la gélatine argentique.
35,5 x 27,7 cm.
Collection Musée d'art contemporain de Montréal

L’art est essentiel, même en temps de crise La campagne de financement visant à bonifier le budget d’acquisitions du MAC s’adresse aux mécènes, aux collectionneurs, aux partenaires et au grand public. « Je suis conscient que c’est un moment très délicat pour solliciter les gens, souligne John Zeppetelli. Je suis très ému par la situation actuelle – et je me demande d’ailleurs pourquoi on n’applaudit pas tous les soirs les préposés aux bénéficiaires, les infirmières, les infirmiers et les médecins qui font un travail extraordinaire, parce que ce sont nos héros du moment. Nous vivons dans une situation d’urgence, mais il ne faut pas oublier que l’art est une forme de réconfort dans ces moments difficiles. »

En fait, le directeur du MAC souhaite que les musées soient considérés comme des services essentiels de notre société. « Il est très important de pouvoir avoir accès à des endroits inspirants, des lieux où l’on peut se recueillir et vivre des moments contemplatifs et spirituels, qui ont le pouvoir de nous élever et de nous transformer. »

Donner pour aider le milieu de l’art québécois

Depuis 35 ans, la Fondation du MAC appuie, grâce à la générosité de ses mécènes et de ses donateurs, la mission de conservation, de diffusion et d’éducation du Musée d’art contemporain de Montréal. « En ces temps de grande précarité, il était urgent pour nous de développer un projet philanthropique pertinent et cohérent, explique Anne-Marie Barnard, directrice générale de la Fondation. En recueillant des fonds pour bonifier le budget d’acquisitions du musée, nous posons un geste concret pour soutenir les artistes et les galeristes d’ici. Nous nous sommes donné pour objectif de rallier des partenaires financiers à notre cause, et nous faisons aussi appel à la générosité de nos visiteurs, de nos membres et de tous les amateurs d’art. La totalité des dons recueillis sera utilisée pour l’achat d’œuvres locales, et chaque geste compte ! »

Pour faire un don, rendez-vous au macm.org


Le Musée d’art contemporain de Montréal présente depuis plus de cinquante ans des expositions temporaires consacrées à des artistes locaux et internationaux, de même que des expositions d’œuvres puisées dans sa riche collection. Ici, toutes les formes d’expression sont possibles : œuvres numériques et sonores, installations, peintures, sculptures, œuvres immatérielles, et autres. Offrant un éventail d’activités éducatives qui familiarisent le grand public avec l’art contemporain, le MAC est aussi l’instigateur de performances artistiques uniques et d’événements festifs. macm.org

Toutes les œuvres présentées dans ce reportage sont de récentes acquisitions qui font partie de la collection du Musée d'art contemporain de Montréal.

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l’annonceur. L’équipe éditoriale du Devoir n’a joué aucun rôle dans la production de ce contenu.

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