Vers l’élargissement du rôle du pharmacien

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« Il faut réunir les conditions gagnantes », estiment les pharmaciens communautaires.


 De spécialiste du médicament à intervenant en santé de première ligne, le rôle des pharmaciens québécois a beaucoup évolué au cours des dernières années. Avec le projet de loi 31, ce rôle est encore appelé à s’élargir. Si les pharmaciens accueillent favorablement cette transformation, ils insistent sur la nécessité de réunir les conditions gagnantes pour assurer le succès de sa mise en œuvre.

 Déposé le 13 juin dernier à l’Assemblée nationale par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme Danielle McCann, le projet de loi 31 porte sur l’ajout de nouveaux actes pouvant être exécutés par les pharmaciens. Ce projet prévoit notamment l’ajout d’activités comme la vaccination — un geste clinique déjà posé par les pharmaciens dans les autres provinces canadiennes et ailleurs dans le monde —, la prescription de médicaments en cas d’urgence et l’évaluation des patients afin d’ajuster la médication. L’objectif poursuivi est clair : améliorer l’accès des Québécois aux soins de première ligne.

Si le projet de loi est adopté, ce sera la seconde fois en moins de cinq ans que les pharmaciens se verront confier des activités professionnelles supplémentaires. Entrée en vigueur en juin 2015, la Loi 41 leur permet depuis de prescrire un médicament pour des conditions dont le diagnostic et le traitement sont connus, ou encore lorsqu’aucun diagnostic n’est requis. Cette loi les autorise aussi à prolonger des ordonnances rédigées par un médecin, à ajuster la dose d’une ordonnance, à prescrire et à interpréter des analyses de laboratoires aux fins de suivi, à substituer un médicament en cas de rupture d’approvisionnement et à administrer un médicament à des fins de démonstration (ex.  : inhalation, sous-cutanée ou intramusculaire).

Réunir les conditions gagnantes Désireux de faciliter l’accès au système de santé et d’améliorer les soins de première ligne, les pharmaciens se réjouissent de l’élargissement de leur rôle. Ils expriment cependant certaines craintes. « Ce qui nous préoccupe, c’est qu’on rajoute des tâches aux pharmaciens, mais dans un modèle économique qui doit être grandement réformé », relève M. Jean Thiffault, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP). « La rémunération du pharmacien est encore basée sur la distribution de médicaments, mais dans les faits, le pharmacien fait beaucoup plus que ça, poursuit-il. Ça fait des années qu’il passe la grande majorité de son temps à conseiller et à répondre à des questions de santé de ses patients. »

Quelques chiffres

  • Les 7000 pharmaciens communautaires sont présents dans près de 2000 points de services sur tout le territoire québécois.
  • Un Québécois consulte son pharmacien en moyenne 9,6 fois par an.
  • Les pharmaciens gèrent 280 millions de prescriptions par année.
  • Chaque jour, le pharmacien gère plus de 400 prescriptions, 40 consultations personnalisées, 10 appels à des médecins.
  • Une visite à l’urgence coûte au moins dix fois plus cher qu’une visite en pharmacie.
           *Source : AQPP

Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, les actes inscrits à la Loi 41 se trouvent sous l’égide du régime public d’assurance médicaments plutôt que sous celle de l’assurance maladie. Ainsi, les patients assurés au public qui bénéficient des services de santé en pharmacie communautaire doivent payer au gouvernement une franchise et une coassurance, d’après les règles de l’assurance médicaments. Quant à ceux assurés au privé, ils doivent eux aussi doivent payer une franchise et une coassurance, selon les modalités prévues à leur régime. Or, lorsqu’ils se rendent en clinique ou à l’hôpital pour obtenir les mêmes services, les patients n’ont aucuns frais à payer. Pourtant, ces services coûtent plus cher à administrer à l'hôpital qu’en pharmacie. Les pharmaciens déplorent cette situation et espèrent qu’à l’entrée en vigueur de la loi 31, cette barrière sera éliminée. Leur souhait est que soit établi un nouveau mode de rémunération basé sur la complexité des conseils et services donnés par le pharmacien plutôt que sur la distribution de médicaments.

La réorganisation des opérations et le recrutement de ressources supplémentaires que nécessitera la mise en œuvre des nouvelles activités prévues au projet de loi 31 préoccupent également les pharmaciens. Déjà hautement sollicités depuis l’adoption de la Loi 41, ceux-ci appréhendent la lourdeur des modalités d’application dudit projet. « Le fardeau administratif du pharmacien a augmenté de façon significative au cours des dernières années, indique M. Jean Bourcier, vice-président exécutif et directeur général de l’AQPP. La gestion des différents programmes d’assurances, des médicaments d’exception et des médicaments de spécialité est de plus en plus complexe. Si on veut optimiser le rôle professionnel du pharmacien, il va falloir trouver des moyens efficaces d’abolir les barrières administratives. » « Et si on demande au pharmacien d’en faire plus sur le plan clinique, il va falloir le libérer de certaines activités qui requièrent moins son jugement professionnel, renchérit M. Thiffault. Pour ça, il va falloir optimiser le rôle des assistants techniques, mais en ce moment, on est en situation de pénurie de cette main d’œuvre et le gouvernement tarde à autoriser des programmes de formation. C’est un problème qui traîne depuis plusieurs années et qui est criant. » 
 

À ces préoccupations s’ajoutent les enjeux liés au problème de rupture de stock de certains médicaments. Cette pénurie cause régulièrement des maux de tête aux pharmaciens, qui doivent trouver des solutions de rechange pour pallier les manques. « On reçoit quotidiennement des avis à propos de médicaments en rupture de stock, signale M. Bourcier. Ça fait quelques années que cette situation persiste et ça ne semble pas vouloir s’améliorer. » 

Sur la bonne voie Malgré ces quelques réserves, l’AQPP estime que le projet de loi 31 représente une occasion unique de maximiser l’expertise des pharmaciens, d’assurer une prise en charge optimale des patients et de générer des économies pour le système de santé.
 
L’association participe actuellement à des discussions avec le gouvernement pour préparer la suite. Le projet de loi 31 n’en étant cependant qu’à ses balbutiements, il faudra attendre encore quelques semaines avant d’obtenir de quelconques certitudes. Une fois que sera dévoilé l’ensemble des règlements qui l’accompagneront, il sera alors possible d’évaluer l’ampleur de son incidence sur l’amélioration des soins de première ligne.  

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