Musique, cinéma, frissons!

Photo: Ludovic Rolland Marcotte
La musique d’un film — comme les deux notes entêtantes (et mordantes !) signalant l’arrivée imminente d’un célèbre requin — peut provoquer des réactions physiologiques remarquables chez l’humain. Analyse d’un phénomène fascinant avec le scientifique Martin Carli et le chef d’orchestre Nicolas Ellis, qui présentent en tandem la série de concerts La musique au cinéma : Génial! de l’Orchestre Métropolitain.
 
Impossible d’imaginer des films comme Les dents de la mer, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Psycho, La liste de Schindler ou Star Wars sans leurs inoubliables trames narratives. « La musique joue un rôle de premier plan au cinéma, explique Nicolas Ellis. Sans le thème du compositeur John Williams, il n’y aurait pas de requin dans Les dents de la mer, car c’est la musique qui fait peur, pas le monstre mécanique ! » Le jeune chef d’orchestre admire aussi la musique créée par John Williams pour Star Wars. « Comme à l’opéra, il a attribué un thème musical à chaque personnage. Dans une scène du 3e épisode où Anakin Skywalker se transforme peu à peu en Darth Vader, il s’amuse à mêler leurs thèmes de façon subtile. La musique au cinéma nous en dit beaucoup sur la psychologie des personnages. »
Martin Carli est pour sa part un grand adepte de la musique de films d’horreur. « Ça me stimule, ça m’allume et ça crée chez moi un sentiment d’urgence qui me plonge dans un grand état de productivité. J’ai écrit tous les textes de Génial! en écoutant des vinyles de Halloween, L’exorciste, Twin Peaks ou The Shining, où on retrouve, notamment, du Bartók ! Dans cette catégorie de films, la musique est cruciale, car c’est souvent par son entremise qu’on crée le suspense et qu’on transmet la peur. »

Musique et émotions : la chaîne de réaction Pourquoi Martin Carli est-il stimulé par la musique de films d’horreur ? Pourquoi Nicolas Ellis est-il inspiré par la musique de Star Wars ? Parce que ces trames sonores influencent une région de leur cerveau, le noyau accumbens, qui agit sur la mécanique du plaisir. Les explications du scientifique, qui est titulaire d’un doctorat en sciences neurologiques : « Des recherches ont confirmé le lien direct entre le cortex auditif, qui traite les informations provenant de l’ouïe, et le noyau accumbens, qui joue un rôle crucial dans notre système de récompense lié à l’alimentation, au désir sexuel, mais aussi à des choses plus négatives comme la dépendance au jeu ou aux drogues. »

En ayant recours à de l’imagerie médicale, on a pu observer, chez des cobayes en train d’écouter de la musique qui leur plaisait, une augmentation de l’activité cérébrale dans le noyau accumbens. Par contre, lorsqu’ils écoutaient une musique qui ne leur plaisait pas, l’activité cérébrale diminuait. Simple ? Oui et non. « Si on comprend parfaitement que le besoin de se nourrir et de se reproduire est essentiel à la survie de notre espèce, on comprend mal pourquoi la musique vient stimuler notre système de récompense, commente Martin Carli. Récemment, l’équipe de l’Institut de neurologie a démontré qu’un stimulus musical positif, qui est un phénomène abstrait, pouvait avoir un effet biochimique concret en libérant de la dopamine dans l’organisme. Ce n’est pas logique, car la nature fait rarement les choses pour rien. Cela dit, il y a beaucoup de choses qu’on ne comprend pas à propos du cerveau humain ! »

Le fameux frisson musical En nous faisant vivre de grandes émotions, la musique peut exercer un effet physique mesurable sur notre organisme en modifiant notre rythme cardiaque, notre rythme respiratoire et notre température corporelle. « Elle peut même stimuler notre réflexe de pilo-érection en actionnant les petits muscles qui permettent à nos poils de se dresser, ce qui cause un frisson musical », ajoute Martin Carli. Les chercheurs de la Eastern Washington University avancent que les deux tiers de la population peuvent ressentir ce frisson. Cette aptitude serait liée à une forme de « réceptivité à l’expérience », qui se traduit par un sens de l’esthétique, le fait d’être proche de ses émotions et la capacité de s’immerger complètement dans l’écoute de la musique. Qu’en est-il de ceux qui ne réagissent pas et qui manifestent une anhédonie musicale ? Des tests ont démontré que leur noyau accumbens est tout à fait fonctionnel, ce qui prouve que la sensibilité à la musique est une chose qui s’acquiert.

D’où l’importance d’exposer les enfants à la musique dès leur plus jeune âge, qui a motivé la démarche de l’Orchestre Métropolitain avec les concerts jeunesse. « Les pièces choisies, comme “L’apprenti sorcier” (Fantasia), “Gabriel’s Oboe” (Mission) et le thème principal de La liste de Schindler, nous permettent de couvrir toute la charte des émotions et de présenter une variété de textures sonores tout en mettant en valeur le talent des musiciens, explique le chef Nicolas Ellis. Notre objectif est de capter l’attention des jeunes et d’éveiller leur curiosité pour la musique symphonique afin qu’elle puisse les accompagner toute leur vie. » Des études l’ont documenté à maintes reprises, la pratique et l’apprentissage de la musique ont un effet bénéfique sur le développement du cerveau. Et l’exposition à un jeune âge à la musique peut mener à toute une vie d’appréciation — et de frissons!

Pas de musique sans science Pour Martin Carli, pas de doute, musique et science sont indissociables. « Si les humains ont sûrement découvert les principes musicaux de façon fortuite — en soufflant dans un os, en tapant sur un bout de bois —, il est certain que la science a toujours joué un rôle clé dans la création des instruments de musique, dans le raffinement des sonorités et dans le choix des matériaux. Ainsi, les métaux utilisés pour la fabrication des cuivres peuvent changer la façon dont l’instrument va vibrer et influencer les sons qu’il produit. Et le choix des essences de bois dans une salle de concert aura un effet important sur son acoustique. Un bel exemple ? La Maison symphonique de Montréal, où tout a été pensé pour favoriser la réverbération et la propagation optimale du son. La salle a été construite comme une boîte dans une boîte et déposée sur d’immenses amortisseurs de caoutchouc pour bloquer tous les sons, sauf ceux qui sont produits à l’intérieur, qui sont plutôt amplifiés. C’est pourquoi on peut y entendre parfaitement un soliste sans micro et, malheureusement, la personne qui tousse au dernier rang! »

Pour l’Orchestre Métropolitain, les jeunes, ça compte ! Avec son volet éducation, « L’OM pour les écoles » et « L’OM pour la relève », l’Orchestre Métropolitain partage avec les jeunes de la grande région de Montréal sa passion pour la musique symphonique. Le concert La musique au cinéma : Génial! est la deuxième collaboration de l’Orchestre Métropolitain avec Génial!, l’émission scientifique destinée aux jeunes et aux familles qui est diffusée à Télé-Québec. Une troisième collaboration est déjà annoncée pour 2020. Ce concert s’inscrit dans la série Airs de jeunesse, qui en est à sa 10e édition. Un concert grand public pour toute la famille, sous la direction du chef Nicolas Ellis et présenté par Télé-Québec et l’Association minière du Québec, aura lieu à la Maison symphonique de Montréal le 6 avril 2019, à 15 h.

Des matinées scolaires, toujours sous la direction de Nicolas Ellis, seront présentées au théâtre Outremont.  
 
Photo: Ludovic Rolland Marcotte
Le chef invité Nicolas Ellis est collaborateur artistique de l’Orchestre Métropolitain pour la deuxième année consécutive.

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Guidé par sa quête constante d’excellence, l’Orchestre Métropolitain s’engage à faire vivre la musique symphonique par l’entremise de ses concerts et ses enregistrements, de façon innovante, créative et sans compromis. Partageant sa passion pour la musique classique avec tous les milieux, l’OM se démarque par la vitalité de son volet éducation qui multiplie les initiatives avec les jeunes.



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