La forêt, la meilleure arme de lutte contre les changements climatiques

<strong>Évelyne Thiffault </strong>entourée de ses étudiants de l’Université Laval<br />
lors du cours « Excursion en écologie forestière »
Photo: Marine Duperat Évelyne Thiffault entourée de ses étudiants de l’Université Laval
lors du cours « Excursion en écologie forestière »

Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : « Une forêt à connaître ». Mais que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres ? Des innovations visant à optimiser la ressource ? De la contribution du milieu forestier à la lutte contre les changements climatiques ? Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec.

Johanne Fournier
Collaboration spéciale

 


MATANE — L’arme la plus efficace pour lutter contre les changements climatiques, c’est la forêt. Par conséquent, la foresterie est un puissant outil d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. C’est ce que soutient la professeure adjointe à l’Université Laval et ingénieure forestière Évelyne Thiffault.

Dans son rapport publié en 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organisme relevant du Programme des Nations unies pour l’environnement et de l’Organisation météorologique mondiale, a reconnu les pratiques de foresterie comme étant des outils de lutte contre les changements climatiques. Parmi les actions, le GIEC préconise le boisement. « Si on prend des terres qui sont non forestières et qu’on les transforme en forêts, elles vont se mettre à séquestrer du carbone », explique Mme Thiffault, qui est également directrice scientifique et d’aménagement de la forêt Montmorency à Québec.

L’aménagement des forêts actuelles fait partie des mesures reconnues par le GIEC. « Les faire pousser plus et mieux, résume la professeure adjointe du Département des sciences du bois et de la forêt. On fait plus d’éducation de peuplements et de sylviculture pour augmenter la croissance des forêts et la qualité du bois. » Comme autre prérogative de lutte contre les changements climatiques, le GIEC reconnaît l’utilisation des produits du bois de longue durée, comme les produits du sciage utilisés en construction. « Si on utilise du bois au lieu d’utiliser du béton ou du métal, non seulement on stocke du carbone dans le bois, mais on substitue d’autres produits dont la production est très émettrice de CO2 », souligne Évelyne Thiffault, qui est membre du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables. Aussi, la biomasse forestière peut remplacer les énergies fossiles.

Pour le Québec, le Forum Innovation Bois, tenu en 2016, a déterminé une contribution potentielle à l’atténuation des changements climatiques par le secteur forestier s’élevant à 8 mégatonnes de CO2 équivalents par année en 2030, soit environ le tiers de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre à laquelle le Québec s’est engagé.
 

La construction en bois réduit les gaz à effet de serre

MATANE — Depuis une dizaine d’années, le bois réapparaît de plus en plus dans la construction industrielle, commerciale, institutionnelle et multifamiliale. Si le bois fait un retour marqué dans ce secteur de la construction, c’est notamment parce que ce matériau, contrairement à l’acier et au béton, contribue à la lutte contre les changements climatiques.

Selon le directeur du Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois), Gérald Beaulieu, si un bâtiment en bois a une espérance de vie de cent ans, le matériau réduira l’empreinte carbone pendant tout ce temps grâce au carbone que le bois aura séquestré.

M. Beaulieu estime que le Québec fait de plus en plus sa marque dans ce courant mondial de la construction en bois. Selon une étude réalisée par son organisation, le Québec est passé de 15 % des parts de marché dans la construction non résidentielle en 2007 à 28 % en 2016. Une autre étude menée par le centre de recherche FPInnovations a démontré que 80 % des bâtiments québécois pourraient utiliser le bois comme matériau, tout en respectant le Code de construction du Québec. « Imaginez le chemin qu’on a à parcourir, lance le directeur de Cecobois. Il y a énormément de potentiel pour ce matériau-là ! C’est un matériau performant sur le plan structural, mais aussi sécuritaire pour l’occupant. On vient aussi ajouter une dernière dimension, qui est le bien-être et le confort de l’occupant. »
 
Construit en bois, le bâtiment de Tanguay à Trois-Rivières a reçu le prix d’excellence Cecobois 2017 dans la catégorie « Bâtiment commercial de plus de 1000 mètres carrés ». Crédit : Photo Stéphane Groleau
Dans l’utilisation d’ossatures légères, le Code de construction limitait la construction en bois à quatre étages. Maintenant, avec les nouveaux produits, il est permis d’aller jusqu’à six étages. Aussi, la Charte du bois, reconnue comme un engagement gouvernemental en 2015, encourage tout promoteur bénéficiant d’argent public dans la construction d’un bâtiment ou d’une infrastructure à considérer l’utilisation du bois.

La forêt, une immense source d’énergies renouvelables

MATANE — La forêt joue un triple rôle dans la lutte contre les changements climatiques. En plus d’être un formidable puits de carbone, elle s’intègre dans la valorisation énergétique, notamment par la bioénergie dans le secteur du chauffage et par la production de biocarburants provenant de la biomasse résiduelle.
 
Jean-François Samray, P.-d.g. de l’AQPER. Crédit : Photo L’AQPER
« La gestion de la forêt fait partie des solutions de lutte contre les changements climatiques, croit le président-directeur général de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable [AQPER], Jean-François Samray. Ça séquestre le carbone. Construire avec du bois, c’est aussi nettement moins intensif en carbone. C’est bon pour le bilan. » Rappelons que le Québec possède 13 % des forêts certifiées de la planète.

Pour se chauffer, les Québécois utilisaient, jadis, des poêles à bois. Certains de ceux-ci ont ensuite été remplacés par des systèmes au mazout. Puis, pour la plupart, le mazout a été remplacé par l’électricité. « On s’aperçoit qu’on a des enjeux de gestion de pointe, observe le p.-d.g. de l’AQPER. Donc, le chauffage à la bioénergie vient jouer un rôle. L’utilisation de granules de bûches agglomérées dans les villes, c’est une solution. » Il est aussi possible de se chauffer à partir de biocarburants.
 
L’entreprise Granules LG de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, est le principal producteur de granules au Québec.Crédit : Photo Stéphane Groleau
L’utilisation des résidus forestiers peut aussi servir à fabriquer du biodiesel et du biokérosène pour faire voler des avions. « La nouvelle chimie verte ouvre d’innombrables possibilités », estime M. Samray. À titre d’exemple, il cite le cas de Lappeenranta, une ville forestière de la Finlande qui, selon lui, ressemble à plusieurs villes industrielles du Québec. Après des recherches pour tenter de valoriser la liqueur noire produite par ses usines de pâtes et papiers, l’entreprise forestière UPM a réussi à produire du biodiesel. « La production de biodiesel est devenue le premier poste de revenus de l’entreprise, indique Jean-François Samray. Ça vient déplacer les importations de produits pétroliers et ça réduit significativement les émissions de gaz à effet de serre. »

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l’annonceur. L’équipe éditoriale du Devoir n’a joué aucun rôle dans la production de ce contenu.