De la forêt au client

SÉRIE / Une forêt à connaître !
Photo: Enviro Foto
Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : « Une forêt à connaître ». Mais que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres ? Des innovations visant à optimiser la ressource ? De la contribution du milieu forestier à la lutte contre les changements climatiques ? Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec..

Johanne Fournier
Collaboration spéciale

 


RIMOUSKI —  Comment minimiser les impacts des opérations forestières sur les écosystèmes, que ce soit lors des travaux de récolte, de voirie ou de transport ? Voilà la principale question qui anime le consortium de recherche FORAC, né en 2002 d’un partenariat entre l’Université Laval, des entreprises et les gouvernements. FORAC (de la forêt au client) a développé une expertise mondialement reconnue dans la gestion et l’optimisation des chaînes d’approvisionnement forestières.
 

L’approvisionnement des usines de transformation représente donc le premier secteur du domaine d’expertise du consortium de recherche. Pour minimiser les impacts sur les écosystèmes, il suffit de prendre les bonnes mesures ainsi que de déployer les bonnes technologies et les bons systèmes pour faire une récolte toujours à meilleur coût. « Ce n’est plus juste une question de minimiser, c’est d’éviter certains impacts, souligne le directeur du consortium de recherche, Luc Lebel. On ne veut pas minimiser la sédimentation dans les ruisseaux, on veut qu’il n’y ait pas de sédiments dans les ruisseaux. On ne veut pas minimiser les blessures aux arbres résiduels dans le peuplement, on veut qu’il n’y ait pas de blessures aux arbres. »
 

La dimension humaine est au cœur des préoccupations du consortium de recherche. « Ce que j’aime des opérations forestières, c’est l’aspect humain de la foresterie, continue le directeur de FORAC. On travaille beaucoup plus avec des gens qu’avec des arbres ! » À cette enseigne, la réduction des risques en santé et sécurité des travailleurs est l’un des grands succès de la dernière décennie dans le secteur forestier. « C’est phénoménal les réductions qui ont été observées en matière d’accidents et de blessures dans les opérations forestières, se réjouit M. Lebel, qui est également professeur au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. C’est un environnement naturel dangereux, avec des arbres et des machineries lourdes. Il y a eu une baisse importante qui vient notamment de la révision de nos façons d’intervenir et de la formation qui est offerte aux entrepreneurs, aux travailleurs, aux contremaîtres. » 
 

Pour Luc Lebel, le Québec doit devenir un chef de file mondial en matière d’accessibilité au territoire permettant de réaliser l’aménagement forestier. « Ça concerne les techniques de voirie forestière ainsi que les méthodes de construction et d’entretien des chemins, décrit l’ingénieur forestier. On doit aussi mettre en place des techniques pour faire le transport de manière compétitive et sécuritaire. »


Tordeuse des bourgeons de l’épinette : la lutte se poursuit

RIMOUSKI — Le Québec est frappé par une épidémie de tordeuses du bourgeon de l’épinette depuis une dizaine d’années. L’insecte ravageur s’attaque principalement à l’est de la province. Afin de protéger les forêts publiques, le gouvernement du Québec confie le mandat à la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM) de réaliser des pulvérisations aériennes.

« On est dans une période forte », signale le directeur de la foresterie et de l’environnement de la SOPFIM, Alain Dupont. Mais l’épidémie n’a rien de comparable à la précédente, qui était apparue vers 1975. L’étendue ravagée à l’époque était évaluée à 32 millions d’hectares, tandis qu’actuellement, l’infestation s’étend sur quelque 7 millions d’hectares. « La forêt a changé, explique M. Dupont. Les aménagements ont porté leurs fruits. On n’a pas une épidémie qui s’est développée de façon synchrone dans toutes les régions, comme c’était le cas lors de l’épidémie précédente. Là, elle est principalement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord, dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

La SOPFIM pulvérise un insecticide biologique : le Bacillus thuringiensis, communément appelé Btk. Celui-ci permet de protéger les forêts en ciblant les insectes de l’ordre des lépidoptères, dont fait partie la tordeuse du bourgeon de l’épinette. « Les abeilles et tous les autres types d’insectes pollinisateurs ne sont pas touchés par cet insecticide », assure le porte-parole de la SOPFIM.
Crédit : Photo fournie par Enviro Foto
L’an dernier, moins de 450 000 hectares de forêt ont été traités. « On y va avec les sommes qui sont disponibles, et quand la forêt a vraiment besoin d’un coup de pouce pour survivre », indique Alain Dupont.

 Quelques chiffres: Tordeuse du bourgeon de l’épinette au Québec  
7 millions d'hectares
Superficie infectée en 2018
32 millions d'hectares
Superficie infectée en 1975
450 000 hectares
Superficie traitée en 2018
1.5 litre par hectare
Pulvérisation
 

Mieux connaître les insectes ravageurs pour protéger les forêts

RIMOUSKI — Les spécialistes du Centre de foresterie des Laurentides (CFL), qui est l’un des établissements de recherche du Service canadien de la forêt situé à Québec, étudient l’environnement forestier pour mieux le comprendre et le connaître. Pour protéger nos forêts, ils développent notamment des procédés de lutte contre les insectes ravageurs et de résistance aux maladies.
 
Caroline Rochon Directrice des écosystèmes forestiers du Centre de foresterie des LaurentidesCrédit : Photos fournies par Parcs Canada
« Il y a plusieurs insectes ravageurs au Québec, souligne la directrice des écosystèmes forestiers du CFL, Caroline Rochon. La tordeuse des bourgeons de l’épinette et l’agrile du frêne sont des insectes qu’on essaie d’étudier pour mieux les contrôler et pour nous assurer qu’ils détruisent moins nos forêts. »

Pour y arriver, les chercheurs doivent étudier les génomes des insectes forestiers. « La génomique, c’est une façon d’étudier les organismes, explique Michel Cusson, chercheur scientifique en génomique des insectes ravageurs forestiers au CFL. On s’aperçoit qu’il y a plusieurs individus qui sont, en apparence, identiques. Mais lorsqu’on étudie leurs génomes, on s’aperçoit que ce sont des espèces différentes. Cette connaissance-là peut nous permettre de mieux cibler les interventions qu’on fait en matière de lutte biologique. »

Les biotechnologies ouvrent la porte à l’utilisation de diverses méthodes visant à mettre au point de nouvelles approches de protection des forêts contre les ravageurs. L’une de ces biotechnologies est de transformer génétiquement les plantes pour les rendre résistantes à des insectes ou à des maladies. Mais cette approche rencontre des problèmes d’acceptabilité sociale.


Pour son collègue Christian Hébert, il ne faut pas perdre de vue que la mission du Centre de foresterie est avant tout orientée vers le développement durable. « On tente, à travers nos recherches, de mieux concilier des volets économiques et environnementaux dans l’utilisation des ressources naturelles, avance le chercheur scientifique en écologie et diversité des insectes. Le développement durable, c’est de permettre la récolte d’arbres pour faire des produits forestiers, tout en nous assurant qu’on n’a pas d’impact à long terme sur les écosystèmes. Nous, on le fait par l’étude de la biodiversité. Comme entomologiste, j’utilise les insectes comme baromètres de l’état des milieux. »

Depuis plusieurs années, la tordeuse des bourgeons de l’épinette gruge donc l’attention des scientifiques. « Quand on protège les sapins et les épinettes contre la tordeuse, on préserve la forêt qui rend des services écologiques, soutient Michel Cusson. C’est aussi parce qu’on veut permettre à l’industrie forestière de continuer à vivre, à fonctionner, à avoir du matériel à récolter. La génomique et les biotechnologies assurent cet équilibre-là. »

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