Un jeune averti en vaut deux

Cybersécurité
Les enfants ont de plus en plus accès aux divers outils électroniques, et ce, de plus en plus jeunes. Ils apprennent ainsi très tôt à apprivoiser une technologie qui leur servira tout au long leur vie… mais cela n’est pas pour autant sans danger. Car si très peu de jeunes subissent de la cyberintimidation ou vivent des situations de cyberviolence, les conséquences pour les victimes peuvent s’avérer très graves.

ÉCRIT Par L’équipe Bis LeDevoir
Marie-Claude Boudreau est professeure en sixième année à l’école de l’Estran à Rimouski. La moitié de ses élèves possède un téléphone cellulaire. Une proportion qui est en pleine explosion, remarque-t-elle, alors que ni eux ni le personnel enseignant ne possèdent les outils nécessaires pour leur permettre de naviguer sans danger dans les méandres du cyberespace. Cette année, elle a décidé de recevoir dans sa classe un atelier de TELUS Averti sur la cyberintimidation.

« Au primaire, les jeunes sont encore ouverts à écouter ce que les adultes ont à dire, justifie-t-elle. Au secondaire, ils voudront vivre leurs expériences à l’abri de nos regards, mais ils se rappelleront quand même ce qui leur a été dit. »

Durant ces ateliers, les élèves sont amenés à parler de leur vécu sur le Web. Ils évoquent des situations personnelles et soulèvent des problèmes. L’une a été exclue d’un groupe de discussion et le vit mal, d’autres ont été heurtés par certains commentaires, d’autres encore ont ouvert un compte Facebook en mentant sur leur âge — Facebook n’étant accessible qu’aux 14 ans et plus — et y partagent des photos suggestives, etc.

« Ils n’ont pas conscience de la trace qu’ils laissent sur les réseaux sociaux, indique Mme Boudreau. Ils pensent notamment qu’avec l’application Snapchat, les fichiers s’effacent. C’est vrai, sauf qu’il y a toujours la possibilité de faire des captures d’écran. Dans le cours d’éthique et de culture religieuse, l’intimidation est au programme, mais il n’est pas obligatoire de parler de cyberintimidation. Or, c’est une problématique qu’il faut absolument aborder avec eux très tôt, avant même qu’il y ait des problèmes. »
 
 
1,2 %
 
des élèves québécois du primaire reçoivent régulièrement des menaces et des insultes par texto et 5,4 % exceptionnellement. Ils sont 1,4 % au secondaire sur une base régulière et 7,1 % de manière exceptionnelle.

Perte de contrôle
Heureusement, les problèmes restent l’exception beaucoup plus que la norme. Bien qu’ils aient de plus en plus accès aux ordinateurs, tablettes et autres cellulaires, les jeunes sont très peu nombreux à subir de la cyberintimidation et de la violence en ligne. Les chiffres ont même tendance à baisser au Québec ces dernières années (voir encadré). Cela ne signifie pas qu’il faille minorer le phénomène pour autant, car lorsqu’il est subi, il peut faire des dégâts colossaux.

Selon Claire Beaumont, professeure au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval et détentrice de la Chaire de recherche Bien-être à l’école et prévention de la violence, il est tout aussi dangereux de surfer sur Internet ou d’utiliser un cellulaire sans prendre de précautions que de traverser la rue sans regarder des deux côtés. «Il faut être conscient des dangers afin de les éviter, prévient-elle. Si je partage une image dégradante de quelqu’un ou que je lance des propos humiliants, ceux-ci vont pouvoir être transférés encore et encore, et il y a alors une perte de contrôle. On multiplie les témoins et, pour la victime, la blessure est d’autant plus grande. »

Pire, elle ne sait même pas qui a vu la publication ni qui en est l’initiateur. Elle peut finir par se méfier de tout le monde. En face à face, dans la cour de récréation, il est plus facile de jauger l’agresseur, fait valoir Mme Beaumont, qui insiste sur l’importance de trouver le moyen de réparer la dignité de la personne qui a été bafouée.
 
 
0,9 %
 
des élèves du primaire sont régulièrement victimes de fausses rumeurs ou font l’objet de messages humiliants sur Internet et 3,5 % exceptionnellement. Ils sont 1,3 % au secondaire sur une base régulière et 6,2 % de manière exceptionnelle.


Cyberprédateurs
Les comportements problématiques les plus fréquents dans le cyberespace demeurent l’envoi d’injures ou de messages offensants ou menaçants. Les jeunes peuvent par ailleurs propager des propos humiliants concernant d’autres personnes, voire des photos et des vidéos. Certains se font usurper leur identité en ligne et voler leurs données personnelles, d’autres se voient exclus délibérément de certaines expériences ou conversations sociales, ou se font harceler dans le cadre de jeux en ligne ou au sein de cybercommunautés.

La bonne nouvelle, selon la professeure de Rimouski, c’est qu’en informant les jeunes, leurs comportements changent. Elle-même a fait l’expérience de retourner sur leurs comptes Facebook après la tenue de l’atelier et elle a remarqué que plusieurs avaient fait le ménage dans leurs photos et leurs publications.

 

Un cybertemps des Fêtes sous le signe de la sérénité



Cette année encore, il y a de grandes chances que le père Noël place sous le sapin des outils technologiques par milliers. Comment faire en sorte que les enfants et adolescents ne passent pas toutes leurs vacances en ligne, et à la merci des cyberprédateurs ? Voici quelques conseils pour bien gérer le temps d’écran durant les Fêtes… et par la suite.

 
1 Être des cybermodèles
Avant de se questionner sur les usages que font les jeunes de l’Internet, il faudrait commencer par prendre conscience de nos propres comportements. Sommes-nous des modèles ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes trop dépendants de notre cellulaire ? Faisons-nous assez attention à ce que nous publions ? Les experts s’entendent par exemple sur une chose : aucune photo ne devrait être partagée sans le consentement des personnes qui y figurent. Ce qui signifie que l’on devrait toujours demander le consentement de notre enfant avant de publier une image de lui. N’oublions pas que ce qui se passe sur le Web reste sur le Web… et que l’empreinte numérique est indélébile.

2 Avoir une discussion sur les bons usages du numérique
N’attendez pas que la situation s’envenime avant d’avoir une conversation avec votre enfant. Mieux vaut l’avoir dès qu’ils ont leur premier outil techno entre les mains, et continuer ensuite de manière récurrente. Mais alors, quoi leur dire ? D’abord qu’Internet est utile et distrayant, mais que surfer vient avec des responsabilités. Celle de bien se comporter en demeurant poli, en respectant les mêmes valeurs que dans le monde réel, et en ne cherchant pas à ridiculiser quiconque. Et celle de se protéger en se méfiant des étrangers. Rappelez à vos enfants qu’ils doivent vous avertir s’ils se sentent mal à l’aise ou menacés et que, bien entendu, il n’est jamais approprié d’envoyer des sextos, même à son petit ami.

 3 Ne pas réagir de manière excessive
Le Web fait partie de nos vies et de celles de nos enfants. Si votre jeune vient vous raconter que sa copine Sophie a été victime de cyberintimidation sur tel réseau social ou tel jeu en ligne, inutile de surréagir. La première réaction serait en effet de prendre peur et de couper la connexion ou l’accès au programme en question. Sauf que l’enfant prendra cela comme une punition… et il est peu probable que, la prochaine fois, il vienne vous en parler. Mieux vaut avoir une discussion constructive afin de demeurer la personne de confiance vers laquelle il va se tourner s’il a le moindre doute.

4 Établir des moments hors connexion
Le temps des Fêtes est un moment de partage en famille. L’emploi du temps de chacun est ralenti et les occasions sont plus nombreuses de se retrouver avec ses proches pour discuter, non plus derrière son écran. Et si on en profitait pour en faire des moments hors connexion? Le temps de regarder un petit film en famille, de se mettre tous autour d’une table avec un jeu de société. Aussi, bien sûr, les tablettes et autres cellulaires pourraient être rangés à l’abri des regards durant les repas pour nous éviter des sonneries intempestives. Des règles qui pourraient être reconduites ensuite tout au long de l’année.

5 Signer un contrat
Il peut être opportun d’établir un contrat entre enfants et parents sur le bon usage des outils connectés. Les premiers peuvent s’engager à ne jamais partager leurs mots de passe, à ne pas participer à de la cyberintimidation et à rapporter tout acte dont ils seraient les témoins, à ne pas partager de photos sans consentement, à ne pas désactiver les contrôles parentaux ni surfer sur des sites que désapprouveraient leurs parents, et à demander la permission avant de partager quelque information personnelle que ce soit avec des étrangers. Les seconds s’engagent quant à eux à être toujours des personnes dignes de confiance et à prendre les dispositions nécessaires pour que leurs enfants adoptent un cybercomportement sain et sécuritaire.

En collaboration avec:
TELUS Averti est un programme éducatif gratuit offert à tous les Canadiens. Centré sur la sécurité dans l’utilisation d’Internet et des téléphones intelligents, il vise à protéger les familles contre les activités criminelles en ligne comme la fraude financière et la cyberintimidation. Le programme a reçu en octobre dernier la Médaille de la paix des YMCA du Québec, se démarquant alors comme étant l'initiative corporative pour la paix de l'année.

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir en collaboration avec l’annonceur. L’équipe éditoriale du Devoir n’a joué aucun rôle dans la production de ce contenu.