Harmonisation et partage du territoire, pour une forêt accessible à tous

SÉRIE / Une forêt à connaître !
Les gens de la forêt, ce sont aussi ceux qui y pratiquent des activités récréotouristiques. 
Photo: photo fournie par Nancy Gélinas Les gens de la forêt, ce sont aussi ceux qui y pratiquent des activités récréotouristiques. 
Les forêts représentent presque la moitié de la superficie totale du Québec. Toutefois, cette ressource majeure de l’économie est mal connue. Quel est l’état des lieux aujourd’hui? Comment fait-on l’exploitation raisonnable et contrôlée, l’aménagement, le reboisement, la protection de la forêt? Comment fait-on le point sur la question actuelle de la main-d’œuvre, sans oublier les efforts investis dans la recherche et l’innovation? Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde ces questions.

Johanne Fournier
Collaboration spéciale


MATANE – Au Québec, 90 % de la forêt est publique. Par conséquent, elle est accessible à tous. Il y a donc de multiples utilisateurs qui, en soi, peuvent être en compétition par les activités qu'ils pratiquent en forêt. Pourtant, tous ces gens arrivent à vivre en harmonie.

Les utilisateurs de la forêt québécoise sont nombreux. Il y a les industriels forestiers qui récoltent le bois et le transportent. Il y a les communautés autochtones qui utilisent le territoire pour différentes activités liées à leur culture, à la récolte de produits forestiers non ligneux ou à la chasse et à la pêche. Il y a aussi les chasseurs, les pêcheurs et les villégiateurs. Plusieurs de ces usages ne sont pas compatibles. Par exemple, on ne peut pas concilier la récolte forestière avec la chasse au cerf de Virginie.

L'harmonisation, c'est une façon d'essayer de limiter le plus possible les impacts pour tout un chacun. Les mesures d'harmonisation, ce sont des ententes qui sont faites entre les différents utilisateurs, dont principalement le gouvernement, les industriels et les autres utilisateurs. Donc, ça peut être de déplacer un site de coupe ou de suspendre les activités de récolte pour ne pas que ça nuise aux chasseurs ou aux cueilleurs de champignons.

Selon Pierre Corbeil de l'Union des municipalités du Québec et Stéphane Forget de la Fédération des chambres de commerce du Québec, le plus bel exemple d'harmonisation est la création du Collectif pour une forêt durable, qui réunit une soixantaine de partenaires qui ont à cœur le développement durable des forêts québécoises. « C'est quelque chose qui est continu, croit M. Corbeil, qui est maire de Val-d'Or. C'est un processus qui est dynamique. À travers les tables de gestion intégrée des ressources et du territoire (GIRT), c'est systématisé. C'est une bonne chose que les gens se parlent et qu'ils partagent leurs préoccupations dans l'objectif de toujours poser des actions responsables, de travailler avec les grands paramètres du développement durable. »

La certification forestière

Une assurance qualité

MATANE – Les populations du monde entier réalisent de plus en plus que leurs habitudes de consommation ont des incidences sur la façon dont les ressources naturelles seront exploitées. Le Québec n'y échappe pas. Par conséquent, tant les intellectuels, les dirigeants d'entreprises que les élus comprennent l'importance de promouvoir la certification forestière.

C'est une assurance qualité. La qualité est associée à l'aménagement durable des forêts,  Le client a l'assurance de savoir que le produit qu'il achète provient d'une forêt qui est bien aménagée.

Pour les élus, le concept est acquis. Les municipalités ne craignent pas le principe de certification forestière. C'est du moins ce qu'en pense le président du comité sur la forêt de l'Union des municipalités du Québec. « Les entreprises forestières et Québec ont investi beaucoup d'énergie et d'effort pour assurer une reconnaissance de nos façons responsables d'utiliser les ressources en milieu forestier », signale Pierre Corbeil.

Environ 10 % des forêts du monde sont certifiées. Le Canada compte 43 % des forêts certifiées de la planète. Au Québec, c'est plus de 85 % des forêts publiques qui répondent à une certification et parfois même à plus d'une. « C'est une assurance que nos produits qui sont exportés sont faits dans des conditions qui respectent le développement durable, soutient M. Corbeil, qui a déjà été ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs, puis ministre des Ressources naturelles et de la Faune. Comme la majorité de notre production va sur les marchés internationaux, principalement aux États-Unis, c'est une police d'assurance. »

La Fédération des chambres de commerce du Québec est tout aussi favorable au principe de certification forestière, mais à condition qu'il respecte les trois piliers du développement durable, c'est-à-dire les dimensions environnementale, sociale et économique. « Nos entreprises ont une grande responsabilité envers la ressource et elles en sont conscientes, estime le président-directeur général de l'organisme, Stéphane Forget. Elles jouent un rôle capital dans le développement économique du Québec et dans les régions. Les produits forestiers sont l'un des premiers secteurs d'exportation au Québec. »
La certification forestière représente une assurance qualité pour les consommateurs. Crédit : photo fournie par Nancy Gélinas
Les principaux systèmes de certification forestière

Trois types de certification sont principalement répandus au Québec. La FSC (Forest Stewardship Council) est l'une des certifications parmi les plus réputées dans le monde. La CSA (Canadian Standard Association), connue à travers le Canada pour son sceau apparaissant sur une quantité innombrable d'objets, a développé une norme pour les forêts canadiennes. Administrée par une organisation indépendante de l'industrie, la SFI (Sustainable Forestry Initiative) jouit d'une crédibilité accrue.

Pour Nancy Gélinas, la certification s'inscrit au coeur de l'aménagement forestier. « Ça veut dire qu'on a respecté la biodiversité et l'impact sur la ressource, mentionne-t-elle. Ça veut aussi dire qu'on a utilisé une machinerie qui limite les impacts sur l'environnement. »

Pour la conscience sociale
La certification forestière ne signifie pas que le bois est de meilleure qualité. Il n'est pas différent. On touche plutôt ici à la conscience sociale et environnementale du consommateur. « Les gens qui sont sensibilisés à l'environnement, à la diminution des impacts et au développement durable vont avoir tendance à acheter le bois qui est certifié », croit Mme Gélinas.

Qui sont les gens de la forêt?

MATANE - Au Québec, près de 60 000 emplois directs découlent des métiers de la forêt et du bois. En y additionnant les emplois indirects et ceux du domaine récréotouristique, tout comme ceux liés à l'exploitation de produits forestiers non ligneux, ce nombre grimpe à 120 000. Mais, qui sont ces gens de la forêt?

Pour la vice-doyenne aux études de la faculté de foresterie, géographie et géomatique de l'Université Laval, les travailleurs d'usine font eux aussi partie des gens de la forêt, au même titre que ceux qui approvisionnent ces usines. Selon Nancy Gélinas, les communautés autochtones qui vivent dans les zones forestières sont également des gens de la forêt.

Il ne fait pas oublier, selon elle, les gestionnaires de zones d'exploitation contrôlée (ZEC). Parmi les utilisateurs, il y a des chasseurs, des villégiateurs, des ornithologues, des excursionnistes et tous ceux qui développent des activités d'écotourisme ou de cueillette de champignons.
Les industriels forestiers qui récoltent le bois et le transportent pratiquent leurs activités en harmonie avec d'autres utilisateurs de la forêt. Crédit : photo fournie par la Fédération des producteurs forestiers du Québec
Pour le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, les quelque 60 000 personnes qui vivent directement de la forêt et les quelque 220 municipalités qui en dépendent ont un impact sur les grands centres. « Que ce soit à Montréal ou à Québec, il y a plusieurs entreprises qui gravitent autour de l'industrie forestière », stipule Stéphane Forget.

Le président du comité sur la forêt de l'Union des municipalités du Québec, Pierre Corbeil, résume les gens de la forêt et le territoire qu'ils se partagent au trio « terrain de jeu, gagne-pain et garde-manger ».

Quelques chiffres :  
10 %
des forêts du monde sont certifiées
43 %
de ces forêts certifiées sont canadiennes
85 %
des forêts publiques québécoises sont certifiées

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