Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine

La candidate à la direction du Parti québécois Martine Ouellet
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La candidate à la direction du Parti québécois Martine Ouellet

Rentrée parlementaire à Québec et à Ottawa, tiraillements au Parti québécois, impasse diplomatique en Syrie, controverse autour de la Commission sur les soins de fin de vie, désaveu de Snowden par le Washington Post : voici ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine.

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne  


Deux dossiers sur des questions éthiques ont attiré des critiques au gouvernement Couillard en cette semaine de rentrée parlementaire.

L’opposition a d’abord tiré à boulets rouges sur le ministre des Transports, Laurent Lessard, à qui elle reproche d’avoir manqué de jugement en embauchant comme conseiller son ami Yvon Nadeau. Pour les trois partis d’opposition, il apparaît que M. Nadeau a pu tirer profit de sa proximité avec le ministre. Et il apparaît aussi que le ministre ne peut demeurer en poste le temps que la lumière soit faite sur les deux affaires. Le premier ministre Philippe Couillard a toutefois réitéré sa confiance en son ministre, tout en avouant ne pas connaître les faits entourant ces histoires.

M. Couillard a par ailleurs aussi défendu son employé Yan Plante, avant de finalement accepter la démission de celui-ci plus tard dans la semaine. M. Plante, qui était directeur de cabinet adjoint du chef caquiste François Legault quand il est passé chez les libéraux l’été dernier, se serait approprié par courriel une série de documents stratégiques avant de quitter ses fonctions, ce que la CAQ associe à un vol. Le parti a d’ailleurs envoyé une mise en demeure aux libéraux pour savoir ce qu’il est advenu des documents.

    
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne  


Alors qu’il revenait lui-même tout juste d’un séjour officiel en Chine, le premier ministre Justin Trudeau a accueilli cette semaine son homologue chinois Li Keqiang sur la colline parlementaire. Cette visite, beaucoup plus détendue qu’à l’époque où régnait le gouvernement conservateur de Stephen Harper, s’est articulée autour de deux sujets principaux : les droits de la personne et le libre-échange.

En point de presse, jeudi, le premier ministre chinois s’est fait demander quelles garanties la Chine pouvait offrir au Canada que les ressortissants chinois renvoyés ne seraient pas maltraités si un traité d’extradition entre les deux pays était conclu. Li Keqiang a dû expliquer ce qu'implique le maintien de la peine de mort en Chine et comment sont traités les prisonniers dans son pays.

Alors qu’avaient été dévoilées jeudi des discussions préliminaires en vue d’un éventuel accord de libre-échange entre le Canada et la Chine, la démarche s’est concrétisée vendredi : Li Keqiang a affirmé, devant un parterre de gens d’affaires canadiens et chinois, que le Canada et la Chine n’avaient « aucune excuse » pour ne pas s’entendre sur un traité de libre-échange bilatéral. « Nous amorçons une nouvelle ère dans les relations entre la Chine et le Canada », a pour sa part lancé Justin Trudeau. Les deux pays veulent doubler leurs échanges commerciaux dans les 10 prochaines années.

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne  


Bien qu’Alexandre Cloutier n’aie pas reçu, dimanche dernier, les excuses qu’il réclamait de Jean-François Lisée pour ses propos l’ayant lié à l’imam Adil Charkaoui, les candidats à la direction du Parti québécois (PQ) ont lancé un appel à l’unité.

Lors d’un débat tenu au Cégep de Jonquière, où le ton fut plus modéré que lors des précédents bras de fer, Alexandre Cloutier a rappelé que l’objectif ultime du PQ était l’indépendance du Québec et que « la seule force pour y arriver, c’est l’unité, c’est le rassemblement ». Jean-François Lisée a finalement reconnu durant la semaine, bien que du bout des lèvres, qu’il avait eu tort.

Après avoir reproché à ses collègues de l'avoir mise de côté, la semaine dernière, Martine Ouellet a vu l'attention revenir vers elle mardi. Un tweet malheureux apparu sur son compte Twitter (« Je suis Option nationale ») a relancé les rumeurs selon lesquelles la candidate s’exilerait vers Option nationale, ou encore le Bloc québécois, si elle essuyait un revers le 7 octobre. Martine Ouellet avait déjà reproché à l’état-major du PQ, en matinée, de l’avoir écartée d’une vidéo promotionnelle.

Enfin, à deux semaines du vote, Le Devoir conclut sa série d’entrevues éditoriales avec les quatre candidats. Ce samedi, Paul St-Pierre Plamondon affirme que le fort taux d’analphabétisme de la population québécoise et la piètre éducation civique des Québécois, encouragés par le gouvernement libéral, contrecarrent le projet souverainiste.

  

Photo: Thaer Mohammed Agence France-Presse


Après avoir vacillé dimanche dernier, la trêve amorcée en Syrie par Washington et Moscou a fini par éclater lundi. L’armée syrienne a annoncé la « fin du gel des combats » avant d’enchaîner, deux heures plus tard, avec des raids aériens sur les quartiers rebelles d’Alep, où l’aide humanitaire n’a pu se rendre qu’au compte-goutte durant la courte trêve.

En soirée, un convoi d’aide humanitaire a été touché par un raid aérien à l’ouest de la ville, faisant 12 morts parmi les travailleurs humanitaires du Croissant-Rouge et causant l’émoi sur la scène internationale. Composé de 31 camions contenant notamment de l’aide sanitaire et nutritionnelle de l’UNICEF, le convoi devait permettre de venir en aide à 50 000 personnes. Washington a pointé Moscou, jugeant la Russie responsable de ce bombardement, mais tant le Kremlin que Damas ont démenti cette accusation.

Cette reprise des combats marque le retour de la guerre en Syrie et souligne l’impuissance de la diplomatie à trouver une issue au conflit, qui a fait plus de 300 000 morts. Les États-Unis et la Russie se sont accusés l’un l’autre mardi d’avoir sabordé le fragile cessez-le-feu qui avait été instauré sept jours plus tôt, un face à face qu’ils ont repris devant le Conseil de sécurité, le lendemain, s’affrontant à mots vifs.

   

Déjà ravagée par des raids et des bombardements incessants, manquant de tout, la ville d’Alep a subi une pluie de bombes et de feu vendredi, résultat d’une offensive lancée par le régime d’Assad jeudi soir dans le but de reconquérir le secteur oriental de l’ancienne capitale économique, qui lui échappe depuis 2012. L’annonce de cette offensive militaire a coïncidé avec une réunion internationale à New York visant à rétablir un cessez-le-feu.

 
Photo: iStock  


Déjà polarisé, le débat autour de la Commission sur les soins de fin de vie s’est corsé lundi, l'impartialité du processus ayant été remise en question. Selon des informations obtenues par Le Devoir, des opposants affichés à l’aide à mourir siègeraient à la Commission, une présence qui soulève des questions éthiques étant donné que la loi a comme objectif de valoriser l’autonomie du patient en fin de vie.

Un des membres de la Commission, l’éthicien Pierre Deschamps, continue de conseiller le Réseau de soins palliatifs du Québec, un organisme qui s’est montré farouchement opposé à l’aide à mourir. Quant à la présidente même de la Commission, Mireille Lavoie, elle a déjà soutenu que l’aide à mourir présentait des « risques de dérapage ».

Pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, la présence de commissaires « de différents horizons » est « normale » et ne pose pas de problème quant à l’application de la loi. Néanmoins questionné sur cette apparence de partialité, le ministre a renvoyé la balle aux ordres professionnels qui ont, dit-il, recommandé ces candidats.

Il n’en fallait pas plus pour que le Parti québécois et Québec solidaire réclament, le lendemain, la révocation des membres de la Commission ayant déjà eu des positions critiques sur l’aide à mourir, s’inquiétant de leurs intérêts et de leurs motivations.

À cela, le ministre Barrette a rétorqué: « Existe-t-il des gens totalement neutres sur cette question au Québec ? » Quant à la présidente de la Commission, Mireille Lavoie, elle a plaidé la prudence, assurant que son opinion et celle des dix autres membres n’a aucun impact sur l’application de la loi.

 
Photo: Spencer Platt/Getty Images/Agence France-Presse  


Alors qu’il avait profité, avec une poignée d’autres médias, des révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse aux États-Unis, le Washington Post a désavoué dans un éditorial cinglant, samedi dernier, l’ancien consultant de la National Security Agency (NSA).

« Pas de grâce pour Edward Snowden », assène le titre du texte signé par le comité éditorial du quotidien, qui reprend ainsi la position de la Maison-Blanche. S’il reconnaît que les révélations sur le programme de « métadonnées » a eu un impact positif — en l’occurrence, l’adoption en juin 2015 du « USA Freedom Act » —, le texte adresse des reproches à Snowden et critique, du même coup, le travail de ses propres journalistes.

La prise de position a fait grand bruit, générant un déluge de critiques, y compris de la part de la rédaction du Washington Post. Il faut dire que le quotidien avait remporté en 2014, avec le Guardian, le prix Pulitzer du « service public » pour les révélations qu’ont permises la fuite de documents confidentiels.

Durant la semaine précédant cette sortie éditoriale, Edward Snowden avait demandé une nouvelle fois le pardon présidentiel de Barack Obama, qui doit terminer son mandat en janvier 2017. Une pétition, paraphée par des avocats et nombre de personnalités, a été lancée en ligne sur pardonsnowden.org. La Maison-Blanche a toutefois soutenu que l’ancien employé de la NSA devait rentrer aux États-Unis pour y être jugé.

Cette polémique survient en outre au moment où sort en salles le film Snowden du réalisateur américain Oliver Stone, une fiction romancée qui retrace toute l’affaire.

Tensions en Caroline du Nord

Avec la mort de Keith Lamont Scott, un homme noir de 43 ans abattu mardi par la police, le climat se dégrade de jour en jour à Charlotte, en Caroline du Nord.

Assis dans sa voiture où il attendait supposément son fils, Keith Lamont Scott aurait engagé une discussion avec la police qui recherchait, à ce moment, un suspect dans une autre affaire. La conservation se serait envenimée et les policiers ont affirmé s’être sentis menacés par M. Scott, jusqu’à ouvrir le feu. M. Scott aurait refusé de lâcher son arme de poing, selon la police, mais ses proches affirment qu’il n’avait qu’un livre en main.

De violents heurts entre policiers et manifestants ont émaillé Charlotte mardi, mercredi et jeudi, les citoyens contestant ce qu'ils jugent être une nouvelle bavure policière. « Les vies des Noirs comptent », « Arrêtez de nous tuer », « La résistance est belle » ont proclamé des affiches, soir après soir.

Au terme de la deuxième nuit de protestations, mercredi, l’état d’urgence a été décrété par le gouverneur de l’État. Le lendemain, les militaires de la Garde nationale ont été déployés en renfort pour contenir les manifestants qui défilaient, cette fois plus calmement, mais défiant tout de même le couvre-feu imposé à minuit.

Dans la foulée de ces émeutes raciales, le candidat républicain Donald Trump a proposé d’étendre à l’ensemble des États-Unis une directive de la police de New York permettant aux policiers d’arrêter et de fouiller (la stratégie dite « stop-and-frisk ») toute personne soupçonnée de porter une arme ou de la drogue.

Vendredi, la télévision NBC a diffusé une vidéo filmée par la femme de Keith Lamont Scott, qui montre de façon imprécise le moment de l’homicide. La publication de ce document intervient alors que la police de Charlotte se refuse, de son côté, à rendre publique une autre vidéo montrant l’intervention de ses agents face à la victime.

Dolan aux Oscar

Juste la fin du monde, le film de Xavier Dolan lauréat du Grand Prix du jury à Cannes, a été retenu par le Canada pour représenter le pays dans la course au meilleur film en langue étrangère aux Oscar.

Coproduit avec la France, adaptant la pièce du défunt Jean-Luc Lagarce avec brio, mettant en scène une myriade de stars de l’Hexagone, tourné avec force gros plans, ce huis clos aborde la difficile confrontation d’un jeune artiste avec sa famille après douze ans d’absence.

Tout juste arrivé de France, où il était en tournée promotionnelle pour le film, Xavier Dolan s’est dit ravi, vendredi. « On me confie une responsabilité pour satisfaire les attentes, a-t-il lancé. Ça vient avec autant de bonheur que d’espoir. »

On saura le 26 février prochain si Juste la fin du monde atterrit au nombre des cinq oeuvres en nomination dans cette catégorie. C’est la troisième fois qu’un des films de Dolan est le choix du Canada aux Oscar, après J’ai tué ma mère (2009) et Mommy (2014).