Ce qu’il ne fallait pas manquer cette semaine

Le régime d'Assad a encerclé Alep jeudi, parachevant l’étranglement des quartiers rebelles de la métropole où environ 250 000 habitants se retrouvent pris au piège.
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse Le régime d'Assad a encerclé Alep jeudi, parachevant l’étranglement des quartiers rebelles de la métropole où environ 250 000 habitants se retrouvent pris au piège.

Récusation des commissaires de l’Office national de l’énergie (ONE), entente de Québec avec la multinationale Uber, mise en doute de l’éthique du Parti libéral du Québec, Trump et Clinton au coude à coude dans les sondages : l’actualité, cette semaine, a été politique. Voici ce qu’il ne fallait pas manquer.

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
 

D'abord, un bref rappel : la semaine dernière, l’ONE avait éludé des accusations de partialité visant deux de ses commissaires chargés d’étudier le pipeline Énergie Est, ceux-ci ayant rencontré Jean Charest alors qu’il était consultant pour TransCanada. Quelques jours plus tard, l’ONE suspendait ses audiences après une manifestation houleuse à Montréal, dans l’attente d’une décision sur le sort de Jacques Gauthier et Lyne Mercier.

Cette semaine a vu se dénouer l’affaire. Mardi, Le Devoir révélait que les commissaires susnommés avaient connu des parcours professionnels étroitement liés à l’industrie pétrolière et gazière avant d’être nommés à l’ONE. Mercredi, un professeur affirmait que l’« improvisation » avec laquelle le projet Énergie Est était mené risquait de miner la confiance du public envers l’ONE. Jeudi, enfin, on apprenait que M. Gauthier avait déjà été reconnu coupable d’un délit d’initié, en 2008, pour lequel il a dû payer une amende de 9000$ en 2014.

Vendredi après-midi, l’ONE a finalement annoncé la récusation des trois membres du comité d’audience du projet Énergie Est « compte tenu des allégations de partialité », mettant ainsi sur pause un processus devenu de jour en jour plus controversé. Le comité d’audience est ainsi dissous et ses audiences « levées » jusqu’à la constitution d’un nouveau comité.

 
Photo: David Afriat Le Devoir
 

Il était littéralement minuit moins une, mercredi, quand Québec et Uber ont finalement conclu, après de longues négociations, une entente visant à encadrer les opérations de la mutinationale au Québec. Cette entente, qui prend la forme d’un projet-pilote d’un an, est « une entente équitable qui assure un terrain de compétition favorable », a soutenu le premier ministre, Philippe Couillard.

Cette décision a déclenché la colère des chauffeurs de taxis, qui ont manifesté jeudi à Québec et à Montréal. « On ne le prend pas, ça, c’est clair. On ne le prendra jamais », a lancé le représentant du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, Guy Chevrette, qui voyait déjà d’un très mauvais oeil la négociation entre les deux parties.

Rendues publiques vendredi après-midi, les modalités du projet-pilote prévoient la disponibilité pour Uber de 300 permis de propriétaire de taxi déclinés en nombre d’heures par semaine, soit 50 000. Uber devra verser une redevance de 90 ¢ par course et, si l’entreprise devait dépasser le plafond d’heures autorisées, ces redevances iront s’accroissant au fur et à mesure que le nombre d’heures croîtra lui aussi.

Ces redevances alimenteront un Fonds de modernisation qui servira à financer des projets issus de l’industrie. L’impact du projet-pilote sera, à terme, évalué.

 
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne
 

Sur la scène politique québécoise, la semaine a été difficile pour le Parti libéral du Québec. Jeudi, l’éthique du parti a été mise à mal quand la ministre Dominique Anglade et le premier ministre Philippe Couillard, après avoir défendu l’embauche d’un transfuge caquiste ayant emporté avec lui des documents confidentiels de son ancien parti, ont brusquement fait volte-face une heure plus tard. À la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière de justice a souligné « le manque de jugement » de Philippe Couillard.

Au caucus présessionnel de son parti, le lendemain, le premier ministre a refusé de faire son mea culpa relativement à l’affaire. « J’ai répété l’information que j’avais et qui n’a pas changé, d’ailleurs », a-t-il dit. Il a néanmoins dû défendre son ministre des Transports, Laurent Lessard, soupçonné d’avoir favorisé l’entrepreneur Yvon Nadeau, un de ses anciens collaborateurs, dans le cadre d’une subvention accordée par le gouvernement à l’entreprise de ce dernier en juin 2016.

Du côté du Parti québécois, la course à la direction du parti a connu mardi son premier débat officiel. Alexandre Cloutier, qui domine la course avec 39 % des intentions de vote chez les sympathisants péquistes, a dû subir les tirs croisés de Jean-François Lisée, Paul St-Pierre Plamondon et Martine Ouellet, qui ont remis en question son appui à l'exploration pétrolière sur Anticosti et exigé qu’il clarifie sa position sur l’indépendance.

Étant donné le retrait de Véronique Hivon de la course pour des raisons de santé, trois des députés qui l’appuyaient — Carole Poirier, Mathieu Traversy et André Villeneuve — ont fait savoir, mercredi, qu’ils étaient maintenant dans le camp de Jean-François Lisée. Alain Therrien, resté neutre jusqu’à présent, s’est aussi rallié au candidat, qui récolte ainsi ses premiers appuis dans la course à la chefferie. Martine Ouellet (18 % des intentions de vote) et Paul St-Pierre Plamondon (1 %) n’ont à ce jour aucun appui au sein des élus du Parti québécois.

Consultez notre tableau comparatif des principaux engagements des candidats :

Alexandre Cloutier
Jean-François Lisée
Martine Ouellet
Paul St-Pierre Plamondon
 


 
Photo: Justin Sullivan/Getty Images/Agence France-Presse


Si les Canadiens votaient à la présidentielle américaine, Hillary Clinton serait élue présidente. C’est du moins ce qui ressort d’un sondage Léger mené pour Le Devoir et publié mardi. La perspective de l’élection de Donald Trump comme président des États-Unis fait peur aux Canadiens et encore plus aux Québécois, qui le jugent nettement moins apte à gouverner. Près de six électeurs canadiens sur dix (59 %) voteraient ainsi pour Hillary Clinton, et seulement 14 % pour Donald Trump, indique le coup de sonde mené entre le 29 août et le 1er septembre.

Aux États-Unis, un sondage mené cette fois pour CNN a statué mardi que Donald Trump et Hillary Clinton sont maintenant, à neuf semaines du scrutin, au coude à coude. Mme Clinton, toujours plombée par des doutes sur son honnêteté, a perdu son avance sur le milliardaire, qui peine lui à séduire les Noirs et les Hispaniques. Le républicain dépasse même la démocrate de deux points : 45 % des électeurs voteraient pour Trump, 43 % pour Clinton.

En guise de prélude au débat du 26 septembre, le premier à mettre les deux candidats face à face, Donald Trump et Hillary Clinton ont été reçus à tour de rôle sur le plateau de la chaîne américaine NBC, jeudi. Tous deux se sont montrés sur la défensive, Clinton ayant dû se justifier sur l’utilisation de ses courriels tandis que le républicain Donald Trump a tenté de minimiser les inquiétudes sur son tempérament.

   
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse
 

Déjà dans une situation très précaire, la ville d’Alep, en Syrie, a subi mardi le largage de barils d’explosifs par l’aviation du régime. Des cas de suffocation ont été relevés dans un quartier rebelle près de la ville, portant à croire qu’il s’agissait de gaz toxiques. Le régime de Bachar al-Assad avait été blâmé, à la fin août, par des enquêteurs de l’ONU pour avoir mené des attaques chimiques en Syrie en 2014 et en 2015.

Deux jours plus tard, soit jeudi, le régime encerclait Alep, parachevant l’étranglement des quartiers rebelles de la métropole où environ 250 000 habitants se retrouvent pris au piège avec des étals vides, faute d’approvisionnement. La reprise du quartier de Ramoussa a réduit presque à néant les gains réalisés par les insurgés dans cette région depuis un mois.

Enfin, vendredi soir, les chefs de la diplomatie russe et américain, Sergei Lavrov et John Kerry, ont annoncé un plan pour une trêve en Syrie dès la fin de semaine, coopération militaire des deux pays à la clé. Ce plan permettrait « de mettre en place une coordination efficace pour lutter contre le terrorisme, avant tout à Alep, et permet de renforcer le cessez-le-feu ».

Cinéma : une fin, un début

Côté culture, cette semaine a vu se clore la 40e édition du Festival des films du monde (FFM), qui a connu de spectaculaires revirements. Après la démission de la quasi-totalité des employés du festival, l’ouverture in extremis d’une nouvelle salle de diffusion au théâtre Outremont et la colère de jeunes cinéastes envers Serge Losique, le FFM a été secoué par la mort subite d’un des jurés, le cinéaste Donald Ranvaud, dans sa chambre d’hôtel.

Mais le festival a bel et bien couronné un gagnant, André Forcier en l’occurrence, qui était venu présenter son long-métrage Embrasse-moi comme tu m’aimes en ouverture — film qui lui a valu le prix du meilleur film canadien et le prix de l’innovation. Parmi les invités de marque ayant bien fait acte de présence à Montréal pour cette édition, citons Willem Dafoe et Isabelle Adjani, venue présenter le film Carole Matthieu. Une 41e édition doit avoir lieu l’an prochain, des dires de Serge Losique.

Une fin pour un début : le coup d’envoi du Festival international du film de Toronto (TIFF) a été donné jeudi, avec en ouverture le thriller western The Magnificent Seven d’Antoine Fuqua. Hormis un grand nombre de films américains, dont le documentaire Before the Flood de Leonardo DiCaprio sur les changements climatiques, le TIFF présentera aussi des longs métrages québécois dans les deux langues officielles, dont Juste la fin du monde (Xavier Dolan), Arrival (Denis Villeneuve) et Nelly (Anne Émond).

   

Menace sur les océans

Dans une étude exhaustive publiée mardi par l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN), des dizaines de scientifiques originaires de 12 pays mettent en garde contre la dégradation accélérée de la vie marine en raison du réchauffement climatique.

Les scientifiques estiment que l’océan a absorbé 93 % du réchauffement dû à l’émission de gaz à effet de serre générés par les activités humaines depuis 1970, un rôle tampon au coût très élevé pour les écosystèmes marins.

Mais il reste beaucoup à faire pour que les sociétés humaines prennent la mesure du « plus grand défi caché de notre génération », estiment les auteurs du rapport. Au-delà du monde marin, c’est bien la planète tout entière qui va être bouleversée par les changements en cours.