Plein air sur fond militaire

On peut pratiquer la raquette et le ski de montagne sur les pentes du «mont Radar». Mais c’est la luge autrichienne qui vole véritablement la vedette.
Photo: Domaine du Radar On peut pratiquer la raquette et le ski de montagne sur les pentes du «mont Radar». Mais c’est la luge autrichienne qui vole véritablement la vedette.

On se rend au Domaine du Radar pour y jouer dehors ; on en revient mû par l’histoire du lieu, au coeur de Chaudière-Appalaches. C’est qu’avant d’être un centre de plein air quatre saisons, le site a servi de base militaire à l’Aviation royale canadienne entre 1954 et 1964, en pleine guerre froide.

Par crainte d’une invasion aérienne de l’Union soviétique, la Défense nationale — pressée par les États-Unis — construit un « bouclier » de 33 stations radars : la ligne Pinetree. Le mont Sainte-Marguerite à Saint-Sylvestre de Lotbinière, où se situe le Domaine, est choisi à cause de son altitude relativement élevée (environ 700 mètres).

Rapidement, l’avènement des satellites rend toutefois désuet son radar. Résultat : la « station no 13 », pourtant construite à grands frais, est désaffectée en 1964. Du jour au lendemain, cela sonne la mort du véritable petit village qui s’y était formé — on y retrouvait alors un hôpital, un gymnase, une épicerie et même des courts de tennis ! Il aura fallu près de 50 ans avant que la base militaire de Saint-Sylvestre renaisse de ses cendres, en 2010. Et encore : il aura fallu beaucoup de travail ! « Tous les anciens bâtiments militaires étaient délabrés quand j’ai pris possession des lieux », se souvient le propriétaire, Richard Saint-Laurent.

Aujourd’hui, plus de 50 000 personnes se présentent chaque année à la guérite du Domaine du Radar, qui a retrouvé un cachet militaire à l’issue de sa restauration. Six anciennesbâtisses ont par exemple été reconverties en chalets, dont les noms évoquent le passé de l’endroit : le Général, le Caporal, etc.

L’accueil, aménagé dans l’ancien amphithéâtre de la base, a quant à lui été peint en vert armé. Même les employés du Domaine revêtent un habit rappelant la tenue militaire de combat ! Seul problème : la couleur officielle de l’Aviation royale canadienne est… le bleu. « Je le sais bien. Mais le vert entretien plus facilement l’illusion », explique l’homme de 53 ans.

Apprentis lugeurs à l’oeuvre

Photo: Domaine du Radar Il aura fallu près de 50 ans avant que la base militaire de Saint-Sylvestre renaisse de ses cendres, en 2010.

Si l’histoire attire son lot de curieux, c’est véritablement le plein air qui attire les foules au Domaine du Radar. Durant la saison froide, on peut notamment pratiquer la raquette et le ski de montagne sur les pentes du « mont Radar ». Mais c’est la luge autrichienne qui vole véritablement la vedette, affirme Richard Saint-Laurent. « Nous en sommes à notre quatrième hiver et ça ne dérougit pas. De trois luges au départ, je suis maintenant rendu à 70, et je pense à en acheter de nouvelles », dit-il. Les deux ou trois départs offerts chaque jour sont d’ailleurs souvent complets.

Il faut dire que la formule a tout pour séduire. Après un petit cours de prise en charge de l’engin construit par la compagnie québécoise AlpenRodel, les apprentis lugeurs prennent place à l’intérieur d’un autobus scolaire — couleur armée, bien sûr — avec leur luge. Direction : le sommet du mont Sainte-Marguerite, d’où partent deux pistes de luge de 2,3 km à l’ombre du bunker aménagé jadis par l’armée. On en profite pour se rincer l’oeil avec la superbe vue qu’on trouve là-haut. La ville de Québec, les chutes Montmorency, la vallée du Saint-Laurent : un paysage digne d’une carte postale s’offre à nous.

Après la contemplation, l’action. La descente d’initiation sur la Familiale, composée de longues courbes prévisibles en forêt, est de loin la plus marrante. Oubliez la glissade passive en crazy carpet : la luge autrichienne nécessite d’être pilotée avec tout le corps. « Si tu veux virer à droite, il faut que tu te penches vers la gauche. En fait, c’est le contraire de la moto ou du vélo », prévient Richard Saint-Laurent. La débarque est un passage quasi obligé lors de cette première tentative. Des surveillants disséminés sur le parcours s’assurent que tout se déroule sans danger jusqu’en bas, où une finale dans les prés dégagés nous attend.

Et après ? On se réchauffe dans une cabane aménagée à cet effet en attendant les autres. Puis, on remonte pour trois autres descentes, dont deux sur la piste de l’autre versant de la montagne : la Kamikaze. Durée totale de l’activité : deux heures — de pur plaisir, faut-il mentionner.


Lumens Militar

Un spectacle multimédia « dans le genre de ce qu’on retrouve à Coaticook avec Foresta Lumina » pourrait bientôt voir le jour au Domaine du Radar, avance le propriétaire Richard Saint-Laurent en entrevue au Devoir. Ce spectacle, dont le nom de code est Lumens Militar, utilisera le bunker sis au sommet du mont Sainte-Marguerite comme toile de fond pour des éclairages et des projections sur le thème de la guerre froide. La firme Dufour Maison de création a réalisé une étude de faisabilité dans les derniers mois. Une demande de subvention auprès de Tourisme Québec a été déposée avant les Fêtes.

Le tarif est de 35 $ par adulte, de 27 $ pour les 10 à 12 ans et de 3 $ pour les 5 à 9 ans. Gratuit pour les moins de 5 ans. Les enfants de 9 ans et moins doivent être accompagnés. Le casque est obligatoire et peut être loué sur place. La réservation est hautement suggérée, tout comme les lunettes de ski.