Les Maldives: attention, fragile!

Ciel, ce cyan, autour de Niyama Private Islands !
Photo: Niyama Ciel, ce cyan, autour de Niyama Private Islands !

Je vous écris d’une carte postale… de laquelle je rapporterai mes ordures.

Fantasme vacancier de plusieurs d’entre nous, le plus petit État d’Asie remplit ses promesses de luxe sur fond de sable blanc, de mer cyan et de rares initiatives environnementales qui tombent pourtant sous le sens.

Du haut des airs, tels les « yeux » de la robe d’un paon, le vert Scope des atolls contraste vivement avec le marine de la mer des Laquedives. C’est du plus bel effet. Même par cette mocheté de temps gris.

Nous venons de survoler Malé, l’île-capitale des Maldives et l’une des villes les plus densément peuplées de la planète avec 23 000 personnes au kilomètre carré. Y vivent le tiers des 390 000 habitants du pays, à l’ombre de Thilafushi, l’île-dépotoir où un incinérateur brûle jour et nuit les déchets des Maldiviens comme du million de touristes qui séjournent annuellement dans ce paradis.

Photo: Carolyne Parent Curry de poisson servi sur la plage à l’hôtel Six Senses Laamu

Les Maldives, ce sont 1200 cailloux coralliens ancrés au sud de l’Inde et du Sri Lanka, dont le point le plus élevé est la butte du 8e trou du parcours de golf de Villingili. Elle fait 3,5 mètres de haut.

De ces îles, 200 sont habitées et quelque 120 autres sont louées au « Who’s Who » de l’industrie hôtelière de prestige. Anantara, Cheval Blanc, Conrad, Niyama, Six Senses : ils y sont tous. Ce sont les fameuses îles-hôtels et, il n’y a pas si longtemps encore, les seuls territoires où les touristes avaient le droit de séjourner.

En vacances dans une marque

Bon à savoir : l’ex-sultanat a l’islam pour religion d’État et applique la charia à la lettre. Ici, la possession d’alcool hors des îles-hôtels est passible d’emprisonnement. Maldiviens et belles en bikini évoluent donc dans des sas bien distincts.

Quand une destination se résume à ses hôtels, on séjourne avant tout dans des marques hôtelières. Celles-ci rivalisent d’ailleurs d’extravagances pour séduire le client. Soneva Jani, le p’tit nouveau du bout du banc de sable, propose notamment des villas à toit rétractable pour observer les étoiles !

Figurant cette année en quatrième place du palmarès Condé Nast Traveler des 50 meilleurs centres de villégiature au monde, Niyama Private Islands, où je loge, n’est pas mal non plus… Sa trouvaille à lui, c’est Subsix, un époustouflant restaurant aquarium ancré six mètres sous la mer.

Situé dans l’atoll de Dhaalu, Niyama consiste en deux îlots. Côté calme, il y a Chill, réservé aux couples, aux bungalows à talons hauts en surplomb du lagon et au spa avec vue sur les flots. Versant adrénaline, il y a Play, nouvellement aménagé et dont les maisonnettes en bord de mer et les infrastructures sont pour les familles, les surfeurs et les plongeurs. L’établissement compte en tout 134 villas extrêmement luxueuses, certaines avec piscine privée et… guitare électrique.

Une pensée pour Ti-Mé

L’hôtel affecte un thakuru (majordome) au service de chacun de ses hôtes pour la durée du séjour, a des nounous s’exprimant dans toutes les langues de ses clients, français y compris, et dispose d’une école de plongée sous-marine pourvue d’un bassin hors terre à deux niveaux pour un apprentissage en douceur. Et c’est sans parler de ses plages immaculées baignées d’eaux vertes de jalousie.

Bref, voilà de quoi oublier l’extrême vulnérabilité d’un pays qui fera « plouf » autour de 2100 si le réchauffement climatique et la hausse du niveau des mers qu’il entraîne se poursuivent.

Niyama, comme la plupart des hôtels des Maldives, a donc sa propre usine de dessalement de l’eau de mer. L’établissement limite au minimum son utilisation du plastique et invite ses hôtes à ne pas faire changer inutilement serviettes et literie.

Par l’intermédiaire de son projet « Adopt a Coral », il contribue à la régénération du récif, abîmé en l’année El Niño que fut 1998. Les clients enfilent masque et palmes pour visiter un vivier de corail à transplanter et choisissent leur « bébé ». « Nos hôtes adorent ça, car on leur envoie des photos de leurs protégés afin qu’ils voient leurs progrès ! » explique Deveekaa Nijhawan, porte-parole de Niyama.

Dans l’atoll de Laamu, l’hôtel Six Senses Laamu a aussi une bonne fibre éco-responsable. Déjà, au moment de la réservation, une note me priait de ne laisser aucun sac, bouteille ou autre tube de plastique dans l’île à la fin de mon séjour, le recyclage en étant à ses balbutiements au pays. J’allais donc voyager avec mes vidanges. J’eus une pensée pour Ti-Mé.

Sur place, l’atmosphère est à la robinsonnade même si l’établissement, qui comprend 96 villas, dont 70 à fleur d’eau, quatre restaurants et jusqu’à un bar à chocolat, est luxueux. « C’est l’un des rares endroits que je connaisse dans le monde où je peux vivre pieds nus pendant toute une semaine ! » dit Monika, une vacancière de Cologne qui en est à son deuxième séjour dans l’île-hôtel.

De bons plans durables

Photo: Carolyne Parent Les notions de luxe et d’écoresponsabilite ne sont pas incompatibles.

On pourrait croire que le développement durable va de soi dans un pays où il est plus que probable que les habitants deviennent des réfugiés climatiques… « Ça va de soi d’où l’on vient, en Europe, aux États-Unis, au Canada, rétorque la Néerlandaise Marteyne van Well, directrice générale de l’hôtel, mais le niveau de sensibilisation n’est pas le même ici. »

À son initiative, Six Senses Laamu a embauché neuf biologistes marins, qui veillent sur les populations de tortues, de dauphins et de raies manta des eaux environnantes, surveillent l’état des herbiers marins et animent des ateliers d’éco-sensibilisation au profit des clients.

La biologiste Jenni Choma raconte notamment que les pêcheurs du coin ont pris l’habitude de pêcher d’énormes mérous destinés aux aquariums des restaurants de Hong Kong. « La pêche de ces trop gros individus menace l’espèce, fait-elle valoir. Alors, quand ces mêmes pêcheurs veulent nous les vendre, nous avons le pouvoir de dire “non, merci”. »

L’équipe s’est aussi donné pour objectif d’éliminer complètement le plastique à usage unique d’ici 2020 sur l’atoll. (Dans l’île, le verre l’a déjà remplacé.) « Pour ce faire, nous donnons à la population locale les moyens de s’en passer grâce à une usine de dessalement. On lui montre aussi à faire des sacs avec de vieux t-shirts », explique la jeune femme.

Ces projets sont financés grâce à un fonds constitué de 0,5 % des revenus de l’hôtel.

Ciel 5 étoiles : luxe et développement durable ne seraient donc pas incompatibles ? « En tout cas, personne ne s’est encore plaint de nos petites bouteilles d’eau en verre ! » dit Marteyne van Well.

Carolyne Parent était l’invitée des hôtels Niyama Private Islands et de Six Senses Laamu.


Les Maldives autrement

En bateau : Voyageurs du monde organise un voyage combinant une croisière privée en dhoni (bateau traditionnel), suivie d’un séjour dans une villa sur pilotis. Cette option offre le meilleur des deux mondes, soit la navigation d’atoll en lagon avec haltes snorkeling sur demande (3 nuitées) et l’expérience d’une île paradisiaque (4 nuitées). 

En maison d’hôtes : jusqu’en 2009, l’Homo touristicus devait absolument s’en tenir aux îles-hôtels. Depuis, le pays s’est ouvert aux étrangers et des Maldiviens ont ouvert des maisons d’hôtes pour les accueillir. Dans l’atoll de Malé Sud, Maafushi est l’île où l’offre d’hébergement pour touristes indépendants est la plus grande.

Combien ça coûte ? La peau des fesses ! Pourquoi ? Parce que le pays importe tout ou presque, sauf le poisson, la pêche étant sa principale industrie après le tourisme. On flambe donc aisément 1000 $ par jour pour se loger et se nourrir dans une île-hôtel, auxquels s’ajoutent les frais de service (10 %), la taxe locale (12 %) et la taxe verte (6 $US par personne par nuitée).

Les bons mois : de janvier à avril

Le bon guide Maldives de Tom Masters (Lonely Planet, 2016). Indispensable pour choisir l’île-hôtel qui correspond à vos attentes et à votre budget. Les bons clics niyama.com et sixsenses.com/resorts/laamu/destination
2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 25 décembre 2017 08 h 20

    Si beau, et si laid!

    Ces îles sont magnifiques, cependant, si on a un peu de morale, il devient difficile de reconnaître leur beauté.

    Les Maldives maltraitent leur peuple à un niveau difficile à imaginer...et cela est possible grâce à l’argent du tourisme. Un enfant de 7 ans peut être condanné à mort et une femme lapidée. C’est l’etat Islamique le plus rigide du monde et les citoyens sont des esclaves.

    Sachant cela, les plages de sable blanc se couvre de sang et de flamme dans mon esprit. Ce n’est pas un endroit qu’il est recommendate moralement d’aller. C’est une question d’humanité.

    C’est laid!

    • Carolyne Parent - Abonnée 25 décembre 2017 12 h 45

      Le boycott des destinations touristique ne pénalise que leurs populations

      Effectivement, c'est laid, je suis bien d'accord avec vous. Mais de mon point de vue de touriste professionnelle, l'argent des voyageurs contribue à améliorer la qualité de vie des travailleurs de l'industrie du tourisme. Aussi, on ne peut pas tenir les populations locales responsables de l'ineptie ou de la barbarie de leurs dirigeants. Pour moi, l'aide directe prime. Et là-dessus, joyeux Noël!