Le temps des Fêtes à Taïwan

Le gratte-ciel iconique Taipei 101 accueille le Nouvel An avec un spectacle pyrotechnique.
Photo: Bureau de tourisme de Taïwan Le gratte-ciel iconique Taipei 101 accueille le Nouvel An avec un spectacle pyrotechnique.

Pour trouver du dépaysement dans le familier, de l’exotisme dans la tradition et s’initier en douceur à l’Asie entre deux feux d’artifice, direction l’Ilha Formosa !

Ils ont choisi avec soin la couleur de leur lanterne de papier, achetée sur place, dans une boutique du hameau. Le rouge correspond à la santé et à la paix ; l’orange, à l’amour et au mariage ; le jaune, au fric ; le vert, au succès… Certains, ne laissant rien au hasard, ont choisi la leur quadricolore.

Ils ont aussi bien pesé les mots qu’ils y ont tracés à l’encre de Chine. Après tout, ils doivent être sans équivoque afin que les esprits des ancêtres comprennent bien le message qui leur est envoyé. « Fat paycheck, fat bonus », a écrit un jeune homme sur son ex-voto volant. Sa requête est des plus claires.

Installés sur la voie ferrée qui scinde littéralement le village en deux, couples, parents ou amis soulèvent ensemble leur lanterne tandis qu’un préposé allume la bougie qui la propulsera dans le ciel.

Ça y est, on peut maintenant la laisser s’envoler… d’autant plus qu’un train arrive !

Shifen est situé dans la vallée de Pingxi, à une heure et demie de route de Taipei, la capitale. Le village a connu son heure de gloire au début du XXe siècle, au temps de l’occupation japonaise et du transport ferroviaire du charbon.

De nos jours, ce sont les prières sur papier qui font sa fortune, car des touristes en provenance de Hong-Kong, du Japon, de la Corée et d’ailleurs dans l’île sollicitent la bienveillance des esprits au quotidien, du matin au soir.

Merry romance !

Photo: Carolyne Parent Lâcher de lanternes célestes, à Shifen, non loin de Taipei

« Les premières lanternes ont été inventées à l’époque des Trois Royaumes de Chine [220-265] et servaient à des fins militaires, explique la guide Lin Ling-hue. Leur apparition soudaine dans le ciel pouvait par exemple signaler que l’ennemi avait battu en retraite. »

À Taïwan, dans les années 1800, on lâchait des lanternes à l’occasion des premières semailles. Puis, on en est venu à associer cette tradition au désir d’avoir des fils pour travailler aux champs, d’où les premières inscriptions manuscrites sur ces mini-montgolfières.

Quoi qu’il en soit, l’événement est féerique, et pour le voyageur occidental de passage à Shifen, quelle jolie façon de célébrer Noël ou le jour de l’An !

Dans l’ancienne Formose, le 25 décembre est le jour de la Constitution, qui marque depuis 70 ans cette année la naissance de la République de Chine.

« Mais il n’y a bien que les politiciens pour célébrer ça ! dit Ellie Chou, directrice des communications à l’hôtel Le Méridien, à Taipei. Pour nous, Noël est une fête pour les couples et non les familles. Les amoureux s’offrent un dîner romantique au restaurant et vont admirer ensemble les arbres de Noël très élaborés qui décorent les lieux publics, les magasins et le hall des d’hôtels. Au Méridien, le père Noël distribuera des bonbons à tous nos hôtes ! »

Évidemment, quand la venue au monde du petit Jésus ne concerne que 4,5 % d’une population majoritairement bouddhiste, confucianiste et taoïste, il n’est pas étonnant que Noël ne soit que prétexte à des illuminations à l’occidentale.

Ainsi, à New Taipei City, Christmasland se veut un gigantesque marché de Noël. Dans la capitale même, le gratte-ciel iconique Taipei 101 accueille le Nouvel An avec un spectacle combinant feux d’artifice et jeux de lumière.

Mais les vrais romantiques, eux, auront déjà filé sur la côte est de l’île et le rivage de Sanxiantai, dans le comté de Taitung, pour assister au premier lever de soleil de l’année sur la planète.

Asie 101

Photo: Carolyne Parent Des tomates cerises laquées de sirop

Qui part en vacances à Taïwan ? Poser la question, c’est y répondre ! Pourtant, l’île est si belle… Premiers Européens à y mettre les pieds, des Portugais étaient déjà de cet avis en 1544 puisqu’ils l’avaient surnommée « Ilha Formosa ».

Pour qui rêve d’Asie, Taïwan une première destination parfaite. On y est dépaysé sans perdre tous nos repères. Les traditions locales sont bien vivantes dans la capitale ultramoderne comme dans l’arrière-pays pittoresque. Culture et gastronomie sont riches de leurs emprunts aux Chinois, aux Japonais (ah, les sushis et les bains d’eaux thermales !), aux peuples autochtones et aux Taïwanais de souche.

Autres atouts : le train nous mène aux quatre coins de l’île — en TGV, on ne met d’ailleurs que 90 minutes pour la traverser du nord au sud ! Les amateurs de mer, de montagnes et de temples mystérieux sont comblés. Le coût de la vie est abordable. Et en prime, on y est en sécurité.

Au palmarès 2017 des Safe Cities du magazine The Economist, Taipei, ville de 2,6 millions d’habitants, figure au 22e rang sur 60, devant Washington, Paris et Milan.

Et je ne vous ai même pas parlé du formidable sens de l’hospitalité made in Taïwan… Vivement Noël chez Confucius !

Carolyne Parent était l’invitée du Bureau de tourisme de Taïwan.

*Renseignements : taiwantourisme.com


Bon appétit !

La gastronomie taïwanaise puise dans les traditions culinaires des autochtones comme des immigrants venus du Fujian et d’ailleurs en Chine continentale, des Japonais et des Coréens. L’offre culinaire est donc extrêmement diversifiée. Elle est aussi bon marché. « Pour cette raison, nous cuisinons très peu à la maison, ça n’en vaut pas la peine ! » lance la guide Lin Ling-hue.

Ainsi, pour 200 dollars taïwanais (8,50 $), on se régale dans un resto sans prétention ou dans un marché de nuit. À la spécialité locale qu’est le « tofu puant » — du tofu bien fermenté —, on préférera sans doute les xiaolongbao (raviolis vapeur) au porc et les dumplings (raviolis bouillis) aux crevettes de Din Tai Fung, à Taipei. Cette vénérable enseigne est une chaîne, mais à la succursale originale, où vont les puristes, on fait encore la queue la fin de semaine, presque 60 ans après son inauguration (no 192, Sec. 2, dans Xinyi).

Sortir à Taipei

Pas de danger qu’on s’ennuie dans la capitale taïwanaise… Le Musée du palais national abrite à lui seul la bagatelle de 600 000 oeuvres d’art chinoises provenant entre autres du palais de la Cité interdite, à Pékin. Tchang Kaï-chek, premier président de la République de Chine, a rapatrié ces trésors dans l’île lorsque la guerre civile faisait rage sur le continent. Le monument commémoratif consacré au héros-dictateur est par ailleurs une oeuvre à voir aussi. Quant aux sentiers de randonnée traversant boisés et plantations de thé du district de Maokong, sur les hauteurs de la ville, ils font le bonheur des amateurs de plein air.

Et les « locaux », eux, où vont-ils ? Spud Chang, le concierge de l’étonnant hôtel-boutique Proverbs, un monolithe noir à résille d’acier situé dans le quartier émergent d’Eastern District, partage ses bonnes adresses.

1. La rue Dihua
« Cette rue commerçante du secteur de Dadaocheng existait déjà dans les années 1850. Au port adjacent arrivaient de Chine des marchandises qui étaient échangées contre des produits d’ici, comme le thé. Un programme municipal de revitalisation lui a donné un second souffle, et on y trouve aujourd’hui de petites boutiques de créateurs et des étals de rue qui sortent de l’ordinaire. »

2. Le marché de nuit de la rue Raohe
« C’est l’un des plus vieux et des plus traditionnels marchés nocturnes de Taipei. Dans le district Songshan, il s’étale sur 600 mètres et déborde d’étals de marchandises et de nourriture de toutes sortes. »

3. Le parc Da’an
« C’est notre Central Park à nous… avec une bambouseraie, et on y va pour se détendre comme pour courir. »